Le traité de Versailles, dit « Conservation de l'isle de Corse à la République de Gênes » est un traité signé à Versailles, le , entre le royaume de France et la république de Gênes.

La France est représentée par Étienne-François de Choiseul, ministre de Louis XV et secrétaire d'État aux affaires étrangères ; la république de Gênes est représentée par Agostino-Paoli-Domenico Sorba.

Selon le traité, la souveraineté partielle sur la Corse est temporairement cédée au roi de France, jusqu'à ce que la Sérénissime en réclame la restitution. La condition sera de rembourser à la France les dépenses faites contre la République corse de Pascal Paoli pour rétablir la domination génoise.

Paoli réunit une « consulte » extraordinaire, le à Corte :

Au moment de la Révolution française, le Gouvernement génois a rétabli ses finances : il se déclare prêt à rembourser sa dette et réclame la restitution de la Corse. En , la République française promulgue un décret stipulant que « tous les traités existants entre la France et Gênes seront fidèlement exécutés ». La rétrocession n'aura jamais lieu.

Contexte vignette|upright=0.8|Carte géographique de la Corse. Depuis 1284, la Corse est sous la domination de la république de Gênes.

À partir des années 1730, les Corses entrent en rébellion quasi permanente contre les Génois, afin d’obtenir l'indépendance de leur île. Napoléon Bonaparte, le grand-oncle du futur empereur, en organisera une qui échouera et lui vaudra l'exil.

La situation se dégrade entre 1736 et 1738. Théodore de Neuhoff, un homme politique et militaire allemand, est élu roi des Corses avec le soutien de la Grande-Bretagne et des Provinces-Unies. Il n'est pas reconnu par les puissances européennes. Une intervention de la France, alliée des Génois, met un terme à son règne.

La Corse a un intérêt stratégique pour contrôler la Méditerranée, notamment pour les deux grandes puissances européennes de l'époque : la France et la Grande-Bretagne. Les deux royaumes se sont opposés souvent au cours des guerres de succession qui ravagent l'Europe des Lumières.

La France a perdu des terres, notamment après le Traité de Paris (1763), qui lui retire l'ensemble de ses possessions nord-américaines et indiennes au profit de la Grande-Bretagne. Ces revers ont excité l'opinion française ; elle condamne la perte de prestige du royaume tant sur le plan européen qu'international. Étienne-François de Choiseul, ministre de Louis XV et secrétaire d'Etat aux affaires étrangères veut circonscrire la Grande-Bretagne en Méditerranée et se penche sur le sort de la Corse.

La république de Gênes doit lutter contre les indépendantistes corses, avec des finances catastrophiques. Le gouvernement génois s'est tourné vers le Saint-Empire romain germanique mais l'aide impériale s'est révélée trop faible. Les Génois se tournent vers la France ; ils donnent l'occasion au duc de Choiseul de rétablir la position du pays sur le plan européen, sans risquer un conflit ouvert.

Près de 20 000 soldats français débarquent sur l'île pour lutter contre les Corses indépendantistes et renforcer les forteresses de l'île. Le duc préfèrera défendre les forts et les ports de l'île plutôt que d'affronter les Corses, se posant en médiateur plutôt qu'en force de répression. La république de Gênes est incapable de financer l'armée française agissant pour son compte.

Le duc de Choiseul veut contraindre Gênes à céder la Corse à la France, en échange des créances que le roi de France détient désormais. La dette s'élève à 30 000 000 livres tournois, pour une aide militaire destinée à réprimer la révolte des Corses mais qui n'a pas abouti.

Le , la république de Gênes et le royaume de France conviennent d'un accord. La république de Gênes cède au royaume de France l’exercice temporaire de la souveraineté sur plusieurs places et ports de Corse. Elle ne renonce pas à leur possession. Une clause stipule que, dès que les finances de la république génoise le permettront, elle pourra demander et obtenir la restitution de l'île. Le poids de la dette est si lourd que personne n'y croit.

Les dépenses génoises pour conserver l'île étaient devenues inutiles : l'île n'était plus rentable, et la population n'aurait jamais accepté de retourner sous le joug ligureAntoine-Marie Graziani, l'histoire de Gênes, Fayard 2009.

La révolte des Corses devient une affaire française. Un an plus tard, l'armée a maté l'agitation sur l’île, le roi est maître de la Corse.

Le traité Il n’est à l’origine qu’un traité de « conservation ». Une rente annuelle, d’environ livres tournois pour une durée de dix ans, vient honorer des engagements précédents : cette clause est tenue secrète pour ne pas donner à l'Angleterre l'impression d' une vente ou d'une cession définitive de l'île. La république de Gênes cède au royaume de France la souveraineté partielle et temporaire de la Corse, dans une perspective de pacification de son territoire, au détriment des revendications nationales insulaires.

Voltaire résume ainsi la transaction :

La France considérait qu'après la période des dix ans de versement de subsides, Gênes accepterait la cession de la souveraineté sur la Corse.

En 1789, les finances de Gênes se sont améliorées. Elle demande au gouvernement français par deux fois la rétrocession de la Corse. Le projet suscite la colère des députés de l'Assemblée constituante. La France demande plus de trente millions de livres tournois en remboursement. La république de Gênes était alors en mesure de la payer.

Un décret du déclare officiellement la Corse partie intégrante de la France. En , la république de Gênes proteste.

En , à la suite de l'acceptation par Louis XVI de la Constitution, la république de Gênes lui rappelle ses droits souverains sur l'île.

En , la République française promulgue un décret stipulant que « tous les traités existants entre la France et Gênes seront fidèlement exécutés ». Il ne sera pas appliqué.

D'une certaine façon, la Corse et Gênes sont à nouveau réunis lors des annexions en Italie de l'Empire français. La question de la rétrocession cessera de se poser lorsque Gênes sera absorbée par le royaume de Sardaigne, et, finalement, par l'Italie, dans le contexte du Risorgimento.

Texte du traité L'original numérisé du traité est accessible en ligne dans la base France Diplomatie du ministère de l'Europe et des Affaires étrangères. Sa transcription provient du Recueil des instructions d'Édouard Driault.

Voir aussi Réunion de la Corse à la France Irrédentisme italien en Corse Royaume de France République de Gênes

Bibliographie Michel Vergé-Franceschi, Histoire de la Corse, 2 volumes, Éditions du Félin, Paris, 1996 André Zysberg, La monarchie des Lumières (1715-1786), Points Seuil, Paris, 2002 Christian Ambroisi, Les deux annexions de la Corse (1768 et 1789). Dans "Annales Historiques de la Révolution française", N°203, 1971

Notes et références

Versailles 1768 Catégorie:Domaine de Versailles dans la politique Catégorie:Formation territoriale de la France Catégorie:Guerres d'indépendance corse Versailles 1768 Catégorie:Traité signé par la république de Gênes 1768 Catégorie:Mai 1768 Catégorie:1768 en France Catégorie:1768 en Italie