Anne-Élisabeth Queriau est née vers 1716 à Paris et morte le dans la même ville, victime d'une forme grave d'ostéomalacie.
Biographie
Anne-Élisabeth Queriau est née vers 1716 dans le quartier parisien de la paroisse de Saint-Roch. Ses parents n'ont pas eu de gros problèmes de santé. Son père est mort à un âge avancé () et sa mère était encore en vie en 1752, alors âgée de . À l'âge de , elle a une pneumonie et une pleurésie. À , elle est atteinte d'une érysipèle de la face, puis d'un rhumatisme général avec douleurs très-aiguës au niveau des hanches.
Anne-Élisabeth se marie vers 1746 à Pierre Supiot, cardeur de laine. Le couple a quatre enfants : , , et en . Les premiers problèmes de santé surviennent six semaines après une fausse couche en . Suite à une chute, Queriau a une enflure douloureuse à une jambe, puis six mois plus tard à l'autre jambe. Sa quatrième couche se passe bien, mais Queriau demeure « impotente des membres inférieures ». Les douleurs s'aggravent courant 1751 et la malade commence à ressentir des contractions involontaires aux muscles, qui recourbent ses jambes et ses cuisses amenant ses pieds à la hauteur de sa tête.
De son vivant, Anne-Élisabeth Queriau consulte plusieurs médecins, dont l'accoucheur M. Levret, les chirurgiens Sauveur-François Morand et Leguernery, le Dran, la Faye, Dupouy, Sue le cadet, Brassant fils. Des saignées au poignet lui ont été prescrites, ainsi que des bains de lessive de cendre de sarment, des cataplasmes, des onctions d'huiles et de baumes, des tisanes, ainsi que des remèdes antiscorbutiques, des grains de sucre métallique de Darius, du sirop de roses séchés, des looch.
La singularité de cette terrible affection médicale amène la presse à relater, du vivant d'Anne-Élisabeth Queriau, ce ramollissement des os qui questionne le corps médical de l'époque. Les premières mentions apparaissent dès le mois d' dans la Gazette :
vignette|Testament fait le chez le notaire François de Langlard, Minutier central des notaires de Paris (MC/ET//77), Archives nationales. Retranscription sur Wikisource.
Les principaux journaux de l'époque rendent compte à de multiples reprises dans les années 1750 de ce cas extraordinaire : Mercure de France, La Gazette, Suite de la Clef, Journal des savants, L'Année littéraire. Morand signale deux cas similaires : Bernarde d'Armaignac morte à Toulouse en 1669 et Pierre Siga mort à Sedan. Cela conduit Anne-Élisabeth Queriau à rédiger son testament le auprès du notaire parisien François de Langlard afin de donner son corps à la scienceTestament d'Elizabeth Queriau fait le 22 août 1752 chez le notaire François de Langlard, Archives nationales, MC/ET//77. :
Elle meurt chez elle, rue d'Argenteuil, le à l'âge de . Son enterrement au cimetière de l'église Saint-Roch est annoncé dans les Annonces affiches et avis de Paris. Il est procédé à son autopsie le en présence des médecins Antoine Ferrein, François David Hérissant, Antoine Petit, Sauveur-François Morand et Jean-François-Clément Morand.
Cette forme grave d'ostéomalacie est mentionnée à de nombreuses reprises dans la littérature médicale des deux siècles ultérieurs : Antoine Le Camus (1772), Percy et Laurent (1819), Jean Lobstein (1833), John Burns (1839), Samuel Cooper (1841), Kuhn (1865), Albert Hénocque (1874), Auguste Saulay (1890), Charles Duval (1902), Odilon Lannelongue (1905), Lucien Mayet (1909), Victor-Henri Hutinel (1914), Georges-Henri Roger (1924), Émile Forgue (1928), Lenormant (1931).
Collections anatomiques
Sauveur-François Morand a réalisé la préparation anatomique du corps d'Anne-Élisabeth Queriau afin que le squelette soit présenté à l'Académie de médecine et déposé au cabinet de l'Académie de médecine. Le corps est ensuite passé à la Faculté de médecine de Paris, pour ensuite intégrer les collections du musée Dupuytren. Il est mentionné dans l'inventaire réalisé par Denonvilliers et Lacroix en 1842 et dans le catalogue de Houel en 1877. Au , cette préparation ostéologique fait partie des collections médicales et d'anatomie pathologique de Sorbonne Université.
Cette préparation anatomique est vernie et incomplète du fait de pièces dérobées durant l'autopsie. Il manque la moitié antérieure de la calotte du crâne, la main droite, le fémur gauche, les trois quarts supérieurs de la jambe gauche, des doigts et des orteils. Jean-Baptiste-Jacques Thillaye indique qu'une extrémité du squelette a été mangé par les rats.
Notes et références
Voir aussi
Bibliographie
Articles connexes Pierre Pouble (1732-1781), victime d'une maladie singulière ramollissant ses os
Liens externes
Notices des collections scientifiques et patrimoniales de Sorbonne Université , par Neil Jeffares
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