Une promesse électorale est un engagement électoral formulé publiquement par un candidat, ou un parti politique, lors d'une campagne électorale. Elle énonce les actions, les réformes ou les orientations qu'un candidat s'engage à mettre en œuvre s'il est élu.
Bien que souvent perçues avec scepticisme par l'opinion publique, les promesses électorales sont l'un des socles des programmes électoraux ; et dans les régimes démocratiques, elles sont un élément essentiel de la préparation, puis de l'évaluation, d'un mandat politique. Des études rétrospectives, montrent que — contrairement à une idée reçue — ces promesses sont souvent tenues (leur taux de réalisation atteint 80 % dans certains cas), mais il arrive aussi que des élus fassent le contraire de ce qu'ils avaient promis. Depuis quelques décennies, un champ émergent des sciences politiques et sociales étudie les mécanismes et les enjeux de ces promesses.
Éléments de définitions Pour dépasser les difficultés liées à l'hétérogénéité des programmes électoraux, et pour distinguer, en leur sein, les véritables engagements de ce qui relève du simple commentaire ou de l'expression de valeurs, un groupe d'une trentaine de chercheurs (CPPG) a proposé une définition de la promesse électorale (pledge dans la littérature anglophone) : Katryn Schermann et Laurenz Ennser-Jedenastik, en 2012, distinguent (2012, p. 8) : les promesses vagues (soft pledges), qui […] les promesses fermes et précises (hard pledges), dont la formulation permet une évaluation objective de la mise en œuvre effective de la proposition ou de l'obtention du résultat promis. Bouillaud (2017) distinguent les promesses portant sur des moyens, de celles qui portent sur des résultats ; constatant que les premières sont bien mieux réalisées (par exemple dans 60 % des cas en France pour le corpus des promesses de Nicolas Sarkozy, contre seulement 28 % des cas pour ses promesses de résultats) ; ce qui peut s'expliquer par la difficulté structurelle à prévoir les effets réels des politiques publiques..
L'« accountability démocratique » est le principe selon lequel les élus et dirigeants doivent répondre de leurs actions devant les citoyens et électeurs, qui peuvent, selon qu'ils aient ou non tenus leurs promesses électorales, les sanctionner ou les récompenser lors des élections suivantes. Les dirigeants, une fois élus et lors de leurs bilans rétrospectifs, seront jugés au vu de leurs priorités budgétaires, et de l'efficacité de leurs initiatives géostratégiques, environnementales, sociales, économiques, telles que traduites dans l'exécution de leurs agendas politiques (locaux, régionaux, nationaux ou supra nationaux ( européens, ONU...). Contrairement à une idée reçue, les études faites dans les pays démocratiques montrent que les partis politiques tiennent un grand nombre de leurs promesses électorales.
Historique du concept vignette|upright=1.5|Les Poires d'Honoré Daumier publié par Le Charivari qui reprochait au roi de n'avoir pas tenu sa promesse de 1830, incluant la liberté de la presse (il « promettait la liberté et nous donne les bâillons »). vignette|upright=1.5|Tract électoral ancien, anglais, pour Jim Simmons (alors candidat du Parti travailliste à Birmingham, vers 1919), en forme de poème intitulé La récompense des héros : 1 Les riches d'Angleterre avaient promis une terre « digne des héros ». Oh là là ! Quelle splendeur ! Des fruits « rares et rafraîchissants » devraient y être offerts, mais les héros constatent maintenant que cette supercherie ne leur convient pas ! Ils ont donné le meilleur d'eux-mêmes pour que leurs foyers soient plus prospères, mais maintenant ils peuvent mourir de faim, tandis que les riches se reposent sur leurs lauriers ! 2 Les riches d'Angleterre chassent le renard, les héros d'Angleterre secouent leurs coffres. Les riches d'Angleterre perçoivent des millions de loyers, les héros d'Angleterre mendient quelques centimes. Ils ont combattu pour « LEUR » pays, animés d'une foi glorieuse, mais maintenant, par milliers, ils demandent de l'aide ! Vous avez déjà été dupés, ne vous faites plus avoir ! Cette fois, pour que justice soit faite, votez pour Simmons, candidat du parti travailliste. vignette|upright=1.5|Texte : Les promesses de l'administration ont été tenues (période 1896-1900). « Le drapeau américain n'a pas été planté en terre étrangère pour acquérir plus de territoire, mais pour le bien de l'humanité » (Mc Kinley, 12 juillet 1900).Cette affiche de campagne électorale présidentielle (républicaine, de 1900) contient les portraits du président William McKinley et de son candidat à la vice-présidence Theodore Roosevelt.À gauche, la mention « Gone Democratic » (Passage aux démocrates) montre les États-Unis en crise économique et Cuba sous domination espagnole ; à droite, la mention « Gone Republican » (Passage aux républicains) montre les États-Unis prospères et Cuba bénéficiant d'une éducation sous tutelle américaine. Nota: Donald Trump s'est comparé au « grand président William McKinley » dont il a fait mettre un portrait dans le bureau ovale, ce dernier ayant été (mais uniquement lors de son premier mandat). particulièrement protectionniste (via les tarifs douaniers) et expansionniste.
L'idée que les gouvernants doivent tenir leurs promesses, puis rendre compte de leurs engagements ou de leur gestion est ancienne.
Ainsi, sans que l'on parle de promesse électorale et d'élection, sous le retour de la monarchie, plusieurs numéros de 1834–1835, du journal Le Charivari publient des caricatures (d'Honoré Daumier (série Les lois de septembre) et des textes accusant le roi d'avoir renié sa promesse de liberté de la presse (de 1830) ; En 1830, Louis-Philippe avait promis une monarchie constitutionnelle « libérale », fondée sur le respect des libertés publiques — notamment la liberté de la presse — et sur un pouvoir royal limité par la Charte révisée après la Révolution de Juillet.
La forme actuelle des promesses de campagne est liée à l'émergence des partis politiques et des programmes politiques écrits, du siècle à nos jours..
Au siècle, la vérification ou la critique de l'application des programmes électoraux, et celle de leur traduction en engagements programmatiques puis en résultats concrets était principalement assurée par des journalistes spécialisés de la presse politique. Cette information était accessible pour le grand public via certains éditoriaux ou articles de la presse généraliste (en fin de mandats en général), mais aussi indirectement via la presse satirique politique qui, à grand renfort de caricatures, pamphlets, humour corrosif et critique sociale, jouait un rôle important dans la formation des opinions politiques de leurs lecteurs. Ces journaux ont notamment été Le Charivari et La Caricature (en France) ; Punch (au Royaume-Uni) ; Puck (aux États-Unis) ou Kladderadatsch (en Allemagne). Ces analyses étaient utilisées dans les débats et interpellations dans les parlements et par certains pamphlétaires ou des associations civiques, qui jouaient un rôle de surveillance de l'action des gouvernants.
Au début du siècle en France, Jacques Bouyssou déplore que « personne ne s'intéresse à la mécanique des promesses électorales ». Par ailleurs, dans un contexte de « volatilité électorale » (où les électeurs changent plus souvent de vote), voire de manipulation des électeurs par de fausses informations construites et diffusées algorithmiquement, à l'aide de l'intelligence artificielle ( plate forme Ripon)... et où les idéologies des partis (qui se déclarent parfois ni de gauche ni de droite ni du centre) peuvent évoluer rapidement, on ne peut plus comprendre l'effet des promesses électorales et des élections sur les décisions publiques, simplement en observant si un gouvernement est de gauche ou de droite... Mais l'apparition du Web 2.0 et de nouveaux outils d'analyse statistique a ensuite permis une multiplication des blogs ou de sites évaluant l'activité des députés ou sénateurs, ainsi que la mise en œuvre des promesses électorales ; période qui s'est accompagnée d'un essor de recherches en sciences politiques sur les liens entre promesses électorales et politiques publiques. Selon Bouillaud (2017), ..
Antiquité gréco-romaine Dans la démocratie athénienne, le concept de programme électoral tel qu'on le connaît aujourd'hui n'existe pas, car de nombreux magistrats sont tirés au sort. Mais, pour certaines fonctions électives (comme celles des stratèges), un contrôle rigoureux passe par : la dokimasie : avant de prendre leurs fonctions, les élus subissent un examen devant le Conseil (la Boulè) ou un tribunal pour vérifier leur aptitude et leur loyauté ; l'euthynai : à la fin de leur mandat, tous les magistrats doivent rendre des comptes financiers et moraux. Tout citoyen peut porter plainte si l'élu n'a pas agi conformément aux intérêts de la cité ou à ses engagements initiaux.
À Rome, la période de la République voit l'apparition de véritables campagnes électorales. Dans le « Petit manuel de campagne électorale » (Commentariolum petitionis, attribué à Quintus Cicéron, et destiné à aider son frère cadet Cicéron dans sa candidature comme consul), l'auteur conseille à son frère de faire des promesses à tout le monde, même s'il sait qu'il ne pourra pas toutes les tenir. Quintus y estime que l'électorat préfère un candidat qui promet quitte à décevoir, plutôt qu'un candidat qui se présente en refusant des choses. Il n'y a à cette époque aucune procédure juridique prévoyant de sanctionner une promesse non tenue, mais la perte de réputation (fama) et le risque de procès pour corruption (ambitus) étaient des régulateurs sociopolitiques.
Du mandat impératif au mandat représentatif Sous l'Ancien Régime en France, les députés étaient souvent liés par un « mandat impératif ». Les électeurs rédigeaient des cahiers de doléances et les représentants avaient l'obligation de défendre ces points précis. S'ils s'en écartaient, leur mandat pouvait être révoqué.
Lors de la Révolution française (1789), ce système est abandonné au profit du mandat représentatif, théorisé notamment par l'abbé Sieyès : le député n'est plus le porte-parole d'une circonscription, mais le représentant de la nation tout entière. Cette transition historique pourrait en partie expliquer pourquoi, dans les démocraties modernes, la promesse électorale n'a pas de valeur juridique contraignante : l'élu doit rester libre d'agir selon l'intérêt général, qui peut évoluer selon le contexte, après l'élection.
Selon la « théorie du mandat démocratique » et la « théorie de la responsabilité démocratique », dans une démocratie (où les citoyens élisent leurs représentants), les électeurs doivent juger, sanctionner (par le vote suivant), leurs dirigeants (et parfois leurs partis) selon qu'ils ont tenu ou non leurs promesses de campagne. Une personnalité politique devrait donc être davantage soutenu si elle respecte ce qu'elle a annoncé. Ceci est supposé encourager les élus à tenir leurs promesses et garantir que les élections influencent vraiment les décisions prises une fois au pouvoir.. La théorie ROV (abréviation de « retrospective pledge voting ») veut que le résultat électoral d'un parti au gouvernement dépend de sa capacité à tenir ses promesses, en articulant une approche prospective fondée sur les préférences des électeurs et une approche rétrospective centrée sur la sanction de la performance gouvernementale..