Le , Alex Pretti, un citoyen américain, infirmier en réanimation, âgé de 37 ans, est abattu par des agents de la police des frontières américaine à Minneapolis dans le Minnesota.
Survenant quelques semaines après la mort de Renée Good, il s'agit du deuxième cas de tirs mortels impliquant des agents fédéraux à Minneapolis depuis le début du mois de janvier, dans un contexte de grandes opérations de lutte contre l'immigration illégale menées par le gouvernement fédéral, et de manifestations d'habitants de Minneapolis contre ces opérations.
La mort d'Alex Pretti est l'occasion d'un vif débat politique entre Républicains et Démocrates, ainsi que d'opérations de désinformation.
Contexte
Il s'agit du deuxième cas de tirs mortels sur des civils impliquant des agents fédéraux à Minneapolis depuis le début du mois de janvier dans le cadre de l'opération anti-immigration Metro Surge menée essentiellement par le Service de l'immigration et des douanes (Immigration and Customs Enforcement, ICE). Depuis le début de l'année 2026, plus de fédéraux, 2000 du service de l'immigration et des douanes (ICE) et 1000 de la police des frontières américaine (Customs and Border Protection, CBP), sont en effet déployés dans cette ville de tradition démocrate. Le , un agent fédéral abat une citoyenne américaine qui manifestait contre l'ICE, Renée Good. La contradiction entre les vidéos prises par les témoins et l'absence de poursuites contre le tireur déclenchent des manifestations réunissant des milliers de personnes à Minneapolis et dans de nombreuses villes. La semaine suivante, un agent de l'immigration blesse à la jambe un ressortissant vénézuélien en situation irrégulière, Julio Cesar Sosa-Celis..
Depuis , les du CBP et de l'ICE ont provoqué sept morts (cinq pour le CBP et trois pour l’ICE) et dix-neuf blessés (douze pour la CBP et sept pour l’ICE) lors des opérations anti-immigration menées par ces deux agences fédérales. Certaines de ces victimes de tirs, comme Marimar Martinez, touchée de cinq balles le à Chicago lors de l'opération , ont été poursuivies en justice pour terrorisme et attentats contre les agents, mais son procès a abouti à l'abandon total des charges.
Pour s'opposer aux actions des agents fédéraux contre les immigrés, des militants nommés ICE Watchers se sont organisés pour documenter les interventions du Service de l'immigration et des douanes (Immigration and Customs Enforcement, ICE). Ils se coordonnent via les réseaux sociaux, patrouillent dans les rues et utilisent leur téléphone pour filmer les agents, leurs badges, leurs plaques, leurs visages et leurs armes. Ils alertent avec des sifflets lorsqu'il y a une intervention et tentent de ralentir et de médiatiser l'action des forces fédérales. Leur action à Minneapolis est devenue encore plus intense depuis la mort de Renée Good.
Déroulement des faits Le à , Alex Pretti, un infirmier en réanimation à l', est abattu par des agents fédéraux de la police des frontières américaine à l'angle de la rue et de l'avenue Nicollet à Minneapolis..
Selon la presse, qui a authentifié plusieurs vidéos relayées par les réseaux sociaux, on voit Alex Pretti filmant les agents avec son téléphone portable puis se portant au secours d’une femme bousculée par des agents fédéraux, qui s'appuie sur son épaule pour se réfugier sur le trottoir. Pretti est alors pris à partie par des agents qui utilisent contre lui une bombe aérosol au poivre, puis il est plaqué au sol par plusieurs d'entre eux. Alors que l'infirmier est agenouillé au sol, un agent vêtu de gris retire alors une arme placée dans la ceinture d’Alex Pretti au niveau du dos. Puis un coup de feu est tiré. Les agents s’écartent alors et tirent près d'une dizaine de fois sur son corps étendu. On entend un agent dire alors que la victime est inanimée. Peu après, certains agents effectuent des massages cardiaques sur la victime allongée au sol, Pretti est ensuite transporté à l'hôpital, où son décès est constaté.
La victime vignette|Alex Pretti en 2024
Famille et profession La victime est Alex Jeffrey Pretti (né en 1988Uliana Malashenko: Fact Check: Alex Pretti Was NOT Fired From Hospital For Inappropriate Behavior Months Before He Was Killed By Feds -- It's Viet Spam. In: Lead Stories, 28. Januar 2026.), un Américain de 37 ans originaire du sud de Minneapolis, diplômé de l'université du Minnesota et infirmier en réanimation travaillant à l'... Né dans l'Illinois, Pretti était originaire de Green Bay dans le Wisconsin. Durant sa scolarité au lycée Preble High School, il pratique le football américain, le baseball et l'athlétisme. Il est également scout et chante dans la chorale "Green Bay Boy Choir". En 2011, il passe une licence en biologie, société et environnement à l’université du Minnesota avant de travailler comme chercheur. Il reprend ensuite ses études pour devenir infirmier diplômé et travaille comme infirmier en soins intensifs (USI), s'occupant de patients gravement malades. Les parents de Pretti déclarent le , qu'il travaillait dans une unité de soins intensifs pour le département des Anciens Combattants des États-Unis.. Dans une vidéo partagée par la famille de Terrance Lee Randolph, un vétéran décédé dans cet hôpital, Alex Pretti rend un dernier hommage à son patient, le , avec ces mots : .
Détenteur d'arme légal Selon les autorités locales, Pretti était un détenteur d'arme légal et possédait un permis. Un communiqué du DHS affirme que la victime portait deux chargeurs et ne détenait pas de pièce d'identité.. Le New York Times note qu'au Minnesota, un citoyen américain titulaire d'un permis de port d'armes est légalement autorisé à porter ouvertement une arme de poing en public.
Antécédents et activisme Les forces de l'ordre rapportent qu'il n'avait pas d'antécédents judiciaires graves ; les recherches dans son casier judiciaire ne révèlent que des contraventions. Depuis les débuts de l'opération Metro Surge à Minneapolis, il militait avec les activistes ICE Watchers et avait été impliqué dans une altercation avec des agents fédéraux le dans le cadre d'opérations contre l'ICE à la suite de la mort de Renée Good.
Altercation du 13 janvier 2026 Dans une vidéo filmée le par The News Movement, un média britannique, et publiée le , un manifestant identifié ensuite comme étant Alex Pretti s'oppose à des agents fédéraux avec d'autres protestataires. Au moins deux vidéos le montrent s'en prendre verbalement aux agents de l'ICE, puis cracher sur leur véhicule et enfin briser le feu arrière droit par un coup de pied, ce à quoi des agents fédéraux réagissent en le plaquant au sol. La vidéo montre aussi qu'il porte une arme de poing dans sa ceinture. La vidéo ne permet pas de savoir si l'homme a été arrêté à la suite de cet incidentFaris Tanyos, « Video shows Alex Pretti in scuffle with federal agents 11 days before his death », CBS NEWS, 28 janvier 2026, en ligne.. Un proche de l'infirmier confirme au Guardian que c'est bien lui sur la vidéo.
Tireurs Dans une conférence de presse immédiatement après les faits, Gregory Bovino, commandant du Border Patrol (police des frontières) qui supervisait l'opération sous l'autorité directe du DHS, déclare que le premier agent qui a tiré sur Pretti travaille pour le Border Patrol depuis huit ans et a reçu une « formation approfondie ». Il signale que les agents ne seront pas suspendus, mais seulement mutés hors de Minneapolis, pour leur sécurité. Le , la porte-parole du DHS, , annonce que les deux tireurs impliqués dans le meurtre de Alex Pretti sont placés en congé administratif.
Réactions populaires et manifestations
À la suite de la fusillade, la nouvelle de l'événement se diffuse rapidement sur différents réseaux sociaux, notamment des groupes de discussion Signal et plus de cent manifestants se rassemblent sur les lieux où ils crient des slogans hostiles aux agents de l'ICE qu'ils qualifient de nazis. Les agents fédéraux les repoussent avec des gaz lacrymogènes et des grenades assourdissantes. Au moins une personne est aspergée de gaz poivre. Deux manifestants sont arrêtés après avoir tenté de franchir le périmètre de sécurité. Les agents de l'Immigration et des Douanes (ICE) demandent à la police locale d'évacuer les lieux, ce que le chef de la police de Minneapolis refuse. Alors que des manifestants bloquent les rues à proximité de la fusillade, certains restaurants de la rue leur offrent du café et leur ouvrent leurs portes. Plus tard dans la journée, le gouverneur du Minnesota, Tim Walz, mobilise la Garde nationale de l'État.
Réactions de personnalités vignette|Gregory Bovino de l'U.S. Immigration and Customs Enforcement (ICE) et de l'Enforcement and Removal Operations' (ERO) à une conférence de presse à Minneapolis le 25 janvier 2026.
Personnalités politiques Autorités locales
Sur les réseaux sociaux, le gouverneur du Minnesota, Tim Walz, qualifie la fusillade d', affirme que le président Trump et ajoute : . Il indique que les Minnesotiens constituent des afin de poursuivre les agents fédéraux. Walz mobilise en fin de journée la Garde nationale du Minnesota pour épauler la police locale.
Les sénatrices du Minnesota, Amy Klobuchar (démocrate), candidate à la succession de Walz au poste de gouverneur, et Tina Smith (démocrate), condamnent la présence des services de l'immigration et des douanes (ICE) après la fusillade.
Autorités fédérales Quelques heures après les faits, le président Donald Trump, informé de la fusillade, accuse le gouverneur Walz et le maire Jacob Frey d'inciter à l'insurrection en critiquant l'ICE. Il ajoute sur son réseau Truth Social que la . Mais, à la différence de ces déclarations au sujet de la mort de Renée Good, il fait preuve d'une certaine retenue en déclarant au Wall Street Journal, . Il décide d'envoyer sur place son conseiller à l’immigration, Tom Homan, surnommé le Tsar des Frontières et qui passe pour critiquer la gestion de la crise par Kristi Noem et le DHS. Le , Donald Trump, après avoir tenté d’apaiser la situation en renouant le dialogue avec Tim Walz et Jacob Frey et promis un retrait partiel des agents fédéraux de Minneapolis, accuse à nouveau sur sa plateforme Truth Social le maire démocrate de la ville, Jacob Frey, qu’il estime responsable de la mort des manifestants pour avoir déclaré .
Peu après, le département de la Sécurité intérieure (Department of Homeland Security ou DHS) affirme que des agents fédéraux menaient une opération dans le secteur ; d’après leur version, Pretti se serait approché d'agents fédéraux de la Border Patrol en brandissant un pistolet, et un agent a utilisé du gaz poivre avant de tirer en légitime défense après avoir tenté de le désarmer. Cette version des faits est contredite par de multiples vidéos de témoins authentifiées par le New York Times, Reuters, la BBC, The Wall Street Journal et l'Associated Press qui montrent que Pretti tenait un téléphone et non une arme et qu'un agent retire l'arme de Pretti et s'enfuit près d'une seconde avant qu'un autre agent ne lui tire dessus alors qu'il est à terre entouré par six agents.
Lors d’une conférence de presse immédiatement après les faits, le , la secrétaire à la Sécurité intérieure (DHS), Kristi Noem, présente aux journalistes une photographie du pistolet récupéré par des agents fédéraux et affirme que Pretti a des policiers, et qu’il une arme, affirmation reprise par le directeur du FBI, Kash Patel, mais selon la chaine CNN, aucune image disponible ne montre Pretti tenant une arme à la main ; une arme cachée dans la ceinture de la victime au niveau du dos semble avoir été retirée par un agent fédéral quelques instants avant qu’il ne soit abattu.
Le vice-président J. D. Vance reproche aux autorités locales d'avoir ignoré les demandes de l'ICE et relaie sur le réseau social X les allégations de Stephen Miller qualifiant Pretti de .