Svetlana Aleksandrovna Alexievitch (en , en , Sviatlana Aliaksandrawna Alexievitch), née le à Stanislav Littérature russe du ., est une personnalité littéraire et journaliste russophone soviétique puis biélorusseSa mère est ukrainienne et son père un Russe établi ensuite en Biélorussie..
Le , le prix Nobel de littérature lui est attribué pour ., ce qui fait d'elle la première femme de langue russe à recevoir la distinction« Le prix Nobel de littérature attribué à la Biélorusse Svetlana Alexievitch » sur lemonde.fr, 8 octobre 2015.Les précédents russophones lauréats du prix Nobel de littérature sont Ivan Bounine (1933), Boris Pasternak (1958), Mikhaïl Cholokhov (1965), Alexandre Soljenitsyne (1970), Joseph Brodsky (1988)..
Biographie Famille et formation Svetlana Alexievitch naît dans une famille d’enseignants de l'ouest de l'Ukraine, où s'est déroulée une partie de la guerre germano-soviétique. Son père est biélorusse et sa mère ukrainienne. Après la démobilisation de celui-ci en 1950, la famille retourne s'installer en Biélorussie à Mazyr. Sa famille a été fort éprouvée. La mère de son père meurt du typhus alors qu'elle est résistante. Sur trois de ses enfants, deux disparaissent pendant la guerre. Le père de Svetlana revient vivant du front. Le père de sa mère est tué au frontVoir sur alexievich.info.. Elle passe toutefois son enfance, avant la démobilisation de son père, dans un village ukrainien de l'oblast de Vinnytsia. Par la suite, durant de nombreuses périodes de vacances, elle retourne en Ukraine, chez sa grand-mèreInterview par Anne Brunswic sur alexievich.info. Нобелевский лауреат Светлана Алексиевич: «Бандеровцы» спасли мою жизнь..
En 1965, Svetlana Alexievitch termine l'école moyenne à Kapatkevitchy, dans le raïon de Petrykaw (Voblast de Homiel) en Biélorussie. Inscrite aux komsomols (« jeunesses communistes »)À l'époque soviétique, cette inscription se faisait automatiquement pour les adolescents., elle entreprend ensuite des études de journalisme à Minsk qu'elle termine en 1972.
Carrière Elle travaille d'abord comme éducatrice et comme professeure d'histoire et d'allemand dans une école du raïon de Mazyr, puis comme journaliste pour la revue biélorusse Pravda du Pripiat à Narowlia en Biélorussie, également dans le voblast de Homiel (Gomel en langue russe). Ce voblast est situé dans la région géographique de Polésie, le long de la frontière biélorusse avec l'Ukraine et à proximité de Tchernobyl. Il a été profondément contaminé par la catastrophe nucléaire.
En 1972, elle commence à travailler dans une revue locale à Biaroza dans le voblast de Brest. Entre 1973 et 1976, elle est journaliste auprès de la revue Selskaïa puis, de 1976 à 1984, dirige le département études et publications auprès de la revue des écrivains biélorusses Neman (en russe, « Нёман »).
En 1983, elle entre à l'Union des écrivains soviétiques Алексіевіч Святлана // Беларускія пісьменнікі (1917—1990) Даведнік..
Sa carrière de journaliste la conduit à beaucoup écrire sur des conflits et sur les soubresauts de l'actualité comme la guerre d'Afghanistan, la dislocation de l'URSS ou la catastrophe nucléaire de Tchernobyl.
Au début des , elle vit en Italie, en France, en Allemagne Интервью для Радио Свобода (27.07.2011).. En 2013 elle vit de nouveau en Biélorussie Interview ..
Le , Alexievich a quitté la Biélorussie pour l'Allemagne, promettant de revenir en fonction des conditions politiques en Biélorussie. Avant son départ, elle était le dernier membre du Conseil de coordination qui n'était pas en exil ou en état d'arrestation Deutsche Welle 28.09.2020, Svetlana Alexievich: Nobel laureate leaves Belarus for Germany.
À la suite de l'invasion russe de l'Ukraine en 2022, elle a déclaré que « fournir un territoire à un pays agresseur n'est rien d'autre que la complicité d'un crime » en relation avec l'implication de la Biélorussie dans l'invasion russe de l'Ukraine en 2022 Radio Free Europe March 05, 2022, Belarusian Nobel Laureate Alexievich Says Lukashenka's Actions Over Ukraine A 'Crime'.
Parmi ses maîtres, elle reconnaît l'influence des écrivains biélorusses Alès Adamovitch et Vassil Bykaw /Алексиевич: это победа не только моя, но и нашей культуры и страны..
Relations avec le régime biélorusse Son premier livre, Je suis partie du village, recueille des monologues d'habitants des villages biélorusses qui sont partis s'installer en ville. Le livre, prêt pour l'édition, reste en attente avec une pile de livres au comité central du Parti communiste de Biélorussie. En effet, selon les autorités, elle critique la politique de délivrance des passeports et montre son ...
Très critique à l'égard du régime d'Alexandre Loukachenko, Svetlana Alexievitch s'est toujours systématiquement opposée à la politique du président de la Biélorussie. Les œuvres d'Alexievitch étaient publiées dans son pays depuis 1993 nn.by. mais la maison d'édition cesse de les publier après l'arrivée au pouvoir de Loukachenko.. Elle critique en même temps les opposants au président qu'elle ne considère pas comme de vrais hommes politiques mais comme des .. vignette|redresse|Svetlana Alexievitch en 2013. À propos de la censure dont elle fait l'objet, elle déclare en 2013 :
Pourtant, en 2015, le ministère des Affaires étrangères de Biélorussie salue la décision du comité du prix Nobel d'attribuer le prix de littérature à Svetlana Alexievitch. Il ajoute que c'est le premier prix Nobel attribué à une citoyenne de la Biélorussie indépendante et souveraine et que ce prix entrera dans l'histoire de la formation de la nation biélorusse et de son État Information émanant du service de presse du ministère sur mfa.gov.by. Alexandre Loukachenko, dans son message de félicitation, souligne que l'œuvre de Svetlana Alexievitch ne laissera indifférents ni les Biélorusses ni les nombreux lecteurs de beaucoup de pays du monde Communiqué de presse de la présidence de la république de Biélorussie president.gov.by..
Prises de position envers la Russie Après le début de la crise de Crimée en , elle condamne la politique russe envers l'Ukraine dans le Frankfurter Allgemeine Zeitung..
Lors d'une rencontre à Varsovie, le , pour la sortie de son livre La Fin de l'homme rouge (littéralement Un temps de seconde-mainEn russe, le titre est Время секонд-хэнд, parfois traduit Vremia second-hand.), elle commente ainsi le conflit armé en Ukraine : La littérature, dit-elle, Puis elle rappelle les effusions de sang qu'ont connues ces hommes depuis 200 ans dont 150 en se battant. Quant aux citoyens de l'espace post-soviétique Le résultat c'est que sont apparus qui considèrent que la vie humaine a peu de valeur et que la grandeur de l'État prime la qualité de vie..
Lors de la conférence de presse du , jour de la remise du prix Nobel, elle déclare :
Cette réaction est due selon elle au fait que, à la suite de la situation provoquée par la Russie,
Prix et distinctions Prix
Distinctions Docteur honoris causa de l'université de Genève. (2017)
Décorations (2014) Commandeur de l'ordre du Mérite de la République fédérale d'Allemagne (2021)
Œuvre Les livres de Svetlana Alexievitch ont pour thème central la guerre et ses sédiments. Elle a consacré l'essentiel de son œuvre à transcrire les ères soviétique et post-soviétique dans l'intimité des inconnus qui les ont traversées.
Elle enregistre sur magnétophone les récits des personnes rencontrées, et collecte ainsi la matière dont elle tire ses livres :
Svetlana Alexievitch a reçu de nombreux prix prestigieux pour son ouvrage La Supplication - Tchernobyl, chronique du monde après l'apocalypse (1997) (dont le prix de la paix Erich-Maria-Remarque en 2001). Traduit dans une vingtaine de langues« Svetlana Alexievitch : en lettres rouges » sur lemonde.fr, 3 octobre 2013., ce livre est disponible depuis 2023https://chitatel.by/catalog/book/1835435 en Biélorussie. L'obtention du prix Nobel en a toutefois donné à l'écrivaine une notoriété qui semble avoir modifié le comportement des instances à propos de cette interdiction nn.by.
Elle a aussi écrit La guerre n'a pas un visage de femme (1985), ouvrage retraçant par des entretiens le récit de femmes soldats de l'Armée rouge durant la Seconde Guerre mondiale ; puis Derniers Témoins (1985) recueil de récits de femmes et d'hommes devenus adultes qui, enfants, ont connu la guerre et n'avaient que 4 à 14 ans durant la Grande Guerre patriotique - ce livre fut au programme scolaire en Biélorussie jusqu'en 2021https://www.belnovosti.by/obshchestvo/v-belarusi-iz-shkolnoy-programmy-ubrali-aleksievich-solzhenicyna-i-nabokova ; Les Cercueils de zinc (1990), qui recueille des témoignages de Soviétiques ayant participé à la guerre soviéto-afghane ; Ensorcelés par la mort, récits (1995), sur les suicides de citoyens russes après la chute du communisme.
En 2013, son livre La Fin de l’homme rouge ou le Temps du désenchantement, qui recueille des centaines de témoignages dans différentes régions de l’espace post-soviétique, remporte le prix Médicis essai et est sacré « meilleur livre de l'année » par le magazine Lire« Svetlana Alexievitch : “La souffrance est une tradition russe” » sur lefigaro.fr, 4 décembre 2013..
À la journaliste Anne Brunswic qui lui demande de comparer son travail à celui de la journaliste assassinée Anna Politkovskaïa, Alexievitch répond que Politkovskaïa faisait un travail de journaliste sur la guerre de Tchétchénie notamment, sans chercher à en présenter une leçon de métaphysique mais en présentant les évènements sur lesquels elle a enquêté. C'est un travail extraordinaire, mais Alexievitch considère qu'elle ne fait elle-même du journalisme que pour recueillir les matériaux puis en faire de la littérature. Quant à savoir pourquoi elle n'a pas écrit de livre sur la guerre de Tchétchénie, Alexievitch explique qu'après ses trois premiers livres elle était épuisée, que la catastrophe de Tchernobyl lui avait pris onze années de sa vie et que c'était tropInterview par Anne Brunswic ..
Projets
Critiques Le poète biélorusse Ouladzimir Niakliaïew, analysant les traditions de la littérature de son pays dans l'œuvre de Svetlana Alexievitch remarque que si toute la littérature russe est issue du récit de Gogol (Le Manteau), l'œuvre d'Alexievitch est quant à elle issue des ouvrages d'Alès Adamovitch et de celui de Je suis d'un village en feu. Il se félicite que le mérite de Svetlana Alexiévitch rendra possible une percée de la littérature biélorusse dans la littérature européenne « Les chances d'obtenir le prix Nobel plus élevées que jamais pour la Biélorussie », Някляеў: Шанцы Беларусі на Нобелеўскую прэмію як ніколі высокія..
Après la sortie de son livre Les Cercueils de zinc, un groupe de mères de soldats de la guerre d'Afghanistan (1979-1989) attaqua l'écrivaine en justice pour défiguration de l'image des soldats d'AfghanistanLes participants à la guerre d'Afghanistan du côté russe étaient appelés les « internationalistes ». La « guerre internationale » était menée par les républiques d'URSS et ses alliés traditionnels, Cuba, la RDA. Les participants étaient les « internationalistes ». Les mémoriaux en leur honneur font référence à cette appellation.. La raison de cette accusation est une pièce de théâtre inspirée du livre et mise en scène au Théâtre national académique de Biélorussie Ianka Koupala Le livre en version électronique russe sur le site de l'auteure Cercueils de zinc /Цинковые мальчики, с. 126—168..
La critique russe apprécie de différentes manières l'œuvre de Svetlana Alexievitch. Certains la désignent comme « un maître de la prose documentaire artistique », d'autres caractérisent son œuvre comme du « journalisme spéculatif de tendance »... Olga Troukhanina. « Honte au prix Nobel ! ». Déception d'un ancien prétendant au Nobel. ..