Tout en restant inscrite dans les réalités de la guerre froide, la politique polonaise se différencie d’une manière non négligeable de celle des autres États socialistes pour diverses raisons telles que la situation économique, les liens historiques ou les objectifs sur la scène internationale. Bien que dans son intensité elle reste loin derrière des pays tels que la République démocratique allemande (RDA), la Tchécoslovaquie ou Cuba, elle reste multidimensionnelle et parfois liée à des ambitions importantes. Dans de multiples domaines, la politique polonaise est caractérisée par un pragmatisme et une perspective des gains (notamment matériels).

Les pays de ce qu’on appelle « le sud global » étaient couramment mentionnés comme pays en développement (kraje rozwijające się (KR)) dans les documents officiels, les deux termes seront utilisés comme synonymes dans cet article. Les autres blocs étaient mentionnés comme pays socialistes (kraje socjalistyczne (KS)) et pays capitalistes (kraje kapitalistyczne (KP)).

La première décennie suivant la Seconde Guerre mondiale se caractérise par des relations très peu dynamiques entre le bloc socialiste nouvellement formé et le continent africain. Cela est notamment dû à une situation économique désastreuse résultant des destructions de la deuxième guerre mondiale et au fait que les mouvements luttant pour la décolonisation restaient très peu nombreux.

Du point de vue des objectifs de la politique étrangère, Joseph Staline ne voit pas le sud global comme quelque chose d’urgent. À part l’aide (relativement restreinte) pour des pays tels que la Chine ou la Corée, on ne peut pas mentionner des liens notables. Dans la même période, l’absence de moyens et de sujets potentiels crée un environnement où la politique polonaise reste restreinte aux actions prises au sein de l’Organisation des Nations unies et des réparations éventuelles de ses ressortissants vivants dans des pays africains.

C’est seulement au milieu des années 50, après la mort de Staline, que le continent africain commence à crépiter et que le paysage commence à changer. D’abord en juillet et , le cinquième Festival mondial de la jeunesse et des étudiants a lieu à Varsovie, ce qui représente pour de nombreux polonais la première opportunité d’entrer en contact avec des gens venus de parties du monde aussi lointaines que l’Afrique ou l’Asie. La même année, comme l'écrit Przemysław Gasztold, l'Égypte signe un accord de livraisons d’armes avec la Tchécoslovaquie. C’est le premier accord de ce type, qui (bien qu’il n’implique pas directement Moscou), concerne d’autres pays du bloc ; à noter que la Pologne forme notamment des marins égyptiens.

Relations politiques La Pologne entre rapidement en contact avec les pays nouvellement indépendants. Des ouvertures d'ambassades suivent les déclarations d'indépendances et le pays finit par établir des relations diplomatiques avec tous les pays du continent africain (hormis le Malawi, l’Afrique du Sud et le Swaziland).

La quasi-totalité des efforts diplomatiques est coordonnée et précédée par des discussions avec d’autres pays du bloc. La politique polonaise sur le continent est notamment caractérisée par un manque de volonté et d’ambitions, desquels découle un manque d'intérêt pour des actions indépendantes.

Un obstacle à une coopération plus dynamique cité par des chercheurs est l’instabilité politique des États africains dont la navigation nécessitait des ressources plus importantes que ce que la Pologne pouvait ou était prête à donner.

Relations économiques Des perspectives de renforcement des liens commerciaux étaient évoquées par le gouvernement polonais à de multiples reprises. La PRL voulait par exemple acheter des matières premières pour son industrie ou vendre des produits que les pays occidentaux ne voulaient pas acheter. Les pays africains ne sont pourtant à aucun moment devenus des partenaires de premier plan.

La stratégie commerciale était notamment concentrée sur l’obtention de devises étrangères, d’où le commerce avec des pays non-socialistes, voire des pays où des socialistes faisaient face à des persécutions (comme l’Irak ou la Libye).

Un aspect crucial dans l’analyse des relations entre PRL, l’Afrique et le Moyen-Orient sont les experts polonais envoyés dans les pays en développement (en Irak, Angola, au Nigeria ou encore en Éthiopie). Le sujet reste peu exploré par des chercheurs mais de nouvelles études d'archives et de conversations avec des participants de tels programmes permettent d’évaluer l’échelle et l'importance du phénomène. Des chercheurs comme Gasztold et Këlliçi parlent de « dizaines des milliers » de médecins, architectes, scientifiques, ingénieurs et autres experts qui aidaient les gouvernements locaux notamment à développer des plans économiques. Ces programmes étaient gérés par une entreprise d’État Polservice, - un « pilier des relations polono-africaines » selon Knopek — et ont joui d'une grande popularité. Les personnes qui pouvaient partaient volontairement parce que les contrats étaient bien payés et permettaient de voir le monde d’au-delà du rideau de fer, un privilège pour des Polonais de l’époque. Malgré des données souvent manquantes, on estime que le nombre d'experts varie par pays de quelques personnes à quelques milliers sur une décennie. Des chercheurs soulèvent pourtant une « fuite des cerveaux » particulière où les experts polonais, au lieu de développer par exemple des infrastructures à domicile, étaient envoyés à l’étranger.

Coopération et soutien militaire Les engagements pris par la PRL peuvent sans susciter beaucoup de débat être placés loin derrière celles, non seulement de l’Union Soviétique mais aussi de Cuba, de la RDA ou de la Tchécoslovaquie.

A part l’aide apportée au Vietnam, qui était certes importante mais de très près coordonnée par Moscou, puis l’aide apportée à la Syrie après la guerre du Kippour, aussi coordonnée par Moscou et où la Pologne pensait recevoir un paiement (ce qui n’est pas arrivé), Gasztold (2023) écrit que « de tous les pays socialistes les autorités de Varsovie livraient probablement le moins d’armes aux pays du tiers-monde » et que « les autorités de la Pologne populaire n'ont jamais considéré l'aide militaire de manière stratégique, comme un élément essentiel de la politique étrangère susceptible d'apporter des avantages politiques ou économiques à long terme ».

En dehors de l’aide pour des organisations comme le FLN dans les années 60 et diverses organisations armées indépendantistes (dans l’Afrique de l'Ouest et sud-est notamment), ainsi que pour les États amis du bloc socialiste, l'aide apportées restait souvent relativement symbolique et motivée par des gains potentiels dans les yeux de l’URSS plutôt que d'une solidarité avec un peuple en lutte.

Comme dans le cas de la coopération économique, la PRL était relativement ouverte pour des ventes d'armes (aussi aux pays non socialistes) pour obtenir des devises étrangères — on peut notamment citer l'Indonésie, l’Égypte, la Syrie, la Libye, l’Inde ou l’Irak.

Culture et relations civiles Comme l’écrit Gasztold, les relations civiles et culturelles avec les pays et sociétés africains étaient dans une grande partie coordonnées par le Comité de la solidarité avec les nations de l’Asie, l’Afrique et l'Amérique latine (le Comité dans le reste de l'article). Une organisation créée en 1965 (plus tard que dans les autres pays socialistes) avec les objectifs de maintenir des relations avec des pays et mouvements indépendantistes du tiers-monde, de l'aide matérielle (notamment sous la forme de bourses) et vulgarisation des connaissances sur les pays du sud global (pour contrer des savoirs « souvent très faibles ou eurocentriques, ce qui nécessite des actions de long terme » pour citer le chef de l’institution).

du parti unique, des représentants d'organisations socio-politiques et d'un nombre important d'experts.

Les actions de vulgarisation et d'éducation entreprises par le Comité étaient nombreuses et diverses et ont joui d’une très grande popularité. Le comité organisait des meetings, expositions (de photographies notamment), rencontres avec des auteurs et experts (souvent en coopération avec des missions diplomatiques des pays concernés). On parle par exemple des 850 meetings sur les années 1965-70, 65 expositions des photographies sur les années 1966-70, 36 rencontres, 500 projections de films.

Ils organisaient aussi des rencontres de soutien pour diverses organisations indépendantistes, comme par exemple l'Organisation de libération de la Palestine.

Un autre aspect important des actions du comité est la gestion des bourses étudiantes. Des bourses étaient accordées notamment aux membres des organisations indépendantistes africaines (par exemple, la SWAPO, l'ANC, le Front patriotique du Zimbabwe, le POLISARIO), aux Palestiniens (Fatah, FPLP, FDLP) ainsi qu'aux Kurdes. Ces étudiants avaient très souvent une vie sociale et culturelle très diversifiée, participaient aux actions des organisations étudiantes polonaises ou en fondaient de nouvelles qui organisaient des événements et rencontres. Bien que l’on parle d’un nombre significativement moins élevé que les étudiants étrangers en URSS ou aux États-Unis — de 496 en 1971 venants de 48 pays à en 1983 — ; cependant, si l'on considère les moyens de l’État polonais ainsi que la barrière de langue, le chiffre s’avère relativement significatif. Il est aussi intéressant que ces bourses ne concernent pas seulement les sciences exactes mais aussi dans certains cas par exemple des écoles de cinéma.

Le dernier champ de l’activité du Comité étaient les actions caritatives qu'il coopérait parfois même avec des organisations ecclésiastiques (une rareté pour des organes publiques en cette période). Ils organisaient des collectes d'argent, de vêtements, etc. (par exemple pour des combattants palestiniens ou le MPLA angolais) ou des victimes de catastrophes naturelles.

Notes et références

Articles connexes Relations entre la Namibie et la Pologne

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