vignette|redresse|Le Cardinal Fesch, château de Fontainebleau.
Lyon durant l'époque napoléonienne est la période de l'histoire de la ville de Lyon couvrant la période du Consulat et du Premier Empire, de 1799 à 1815.
Après les ravages matériels et humains de la Révolution, la cité rhodanienne est affaiblie économiquement et démographiquement. Sa population est encore divisée par les haines entre républicains, jacobins et royalistes. La défaillance des autorités durant plusieurs années ont créé un climat d'insécurité, que ce soit du brigandage ou des règlements de compte entre opposants politiques. Avec l'arrivée du Consulat et de l'empire, la population lyonnaise retrouve une situation plus apaisée et la cité retrouve sa prospérité.
La période napoléonienne n'est pas pour Lyon le moment d'un grand développement urbain, les évolutions poursuivant globalement les projets antérieurs et les idées de prestige d'un palais impérial ne restent qu'à l'état d'ébauche. La population lyonnaise, qui avait lourdement diminué, retrouve rapidement de la vigueur avec la prospérité retrouvée, qui offre un travail abondant.
Les institutions politiques lyonnaises sont assujetties au pouvoir central qui, s'il consent à recréer une mairie unique, ne laisse que peu de latitude aux organes locaux. Ces derniers doivent donc, pour faire avancer leurs projets, disposer en permanence de l'assentiment des autorités parisiennes.
Le poumon économique de la cité, la Fabrique de soie, retrouve rapidement des couleurs sous le Consulat et l'Empire. Bénéficiant des marchés ouverts par l'Empire, du blocus contre l'Angleterre et des fortes commandes impériales, les sociétés de soierie prospèrent à cette période.
Profondément divisée entre le clergé constitutionnel et le clergé réfractaire, puissant à Lyon et dans les environs, l'Église lyonnaise est réunie et débarrassée des plus intransigeants par le cardinal Fesch, oncle de l'empereur. Les plus réfractaires au concordat fondent une Église schismatique, la petite Église de Lyon, qui a peu d'influence.
La vie artistique et intellectuelle reprend à Lyon notamment autour de l'École de peinture et de l'Académie de Lyon.
Structure urbaine vignette|gauche|Plan topographique de Lyon en 1808. Bibliothèque nationale de France. Évolutions générales À l'intérieur de ces limites originelles, de larges espaces sont libérés sous la Révolution par la vente des biens du clergéPour l'essentiel, ils appartiennent à l'église d'Ainay.. Ils sont rapidement bâtis dès le début du nouveau siècle. Les ouvriers qui travaillent la soie sont encore principalement logés avec leur atelier dans les quartiers Saint-Jean et Saint-Paul. La diffusion du métier à tisser mécanisé de type Jacquard est à peine entamé et il n'y a pas encore d'obligation de trouver de logements avec de grandes hauteurs de plafond.
La cité lyonnaise est encore repliée sur son bâti ancien, l'essentiel remontant au Moyen Âge et à la Renaissance. L'essentiel du bâti se situe sur la presqu'île entre le bas des Pentes de la Croix-Rousse et la place Bellecour, ainsi que sur la rive droite de la Saône, entre le quartier Saint-Paul et le quartier Saint-Georges. Les pentes de la Croix-Rousse, les pentes de Fourvière ou la rive droite du Rhône sont alors largement rurales, et de toute façon en dehors des limites de la cité.
vignette|Vue de l'abbaye d'Ainay. Jean-Michel Grobon. Musée Gadagne.
Le chantier le plus significatif achevé sous le premier Empire est le quartier bourgeois Saint-Clair.
Rues et éclairages Lyon à l'entrée du est éclairée par des lanternes disposées dans l'ensemble des rues et dont la gestion est confiée à une société dirigée par M. Fréquent. Jusqu'en 1826, les rues sont éclairées uniquement du au , et ensuite toute l'année. Ce n'est qu'en 1827 que la municipalité décide d'investir dans des réverbères munis de lampes à quinquet, plus éclairantes.
Ponts vignette|gauche|Vue du quartier Saint-Clair. Jean-Pierre-Xavier Bidauld. Bibliothèque numérique de Lyon.
Le maire Fay de Sathonay inaugure le pont Tilsitt en 1808 et fait mener à son terme l'inscription et la numérotation des rues de la ville en 1810.
Sous l'Empire, le pont Saint-Clair en bois est en cours de construction.
Fourvière Le premier cimetière en dehors de la ville est ouvert à Loyasse, p. 17. en 1808.
Démographie De manière globale, la population augmente fortement durant les années 1800 et 1810. À l'orée du nouveau siècle, Lyon sort diminuée de la tourmente révolutionnaire. La ville a perdu sous la Révolution et sa population s'établit à en 1800, au recensement de 1804. Sous le Premier Empire, la croissance démographique est forte, pour arriver à à Lyon en 1812.
Vie politique vignette|gauche|Vue de Lyon depuis l'ancien arsenal. Jean-François Albanis Beaumont. Lausanne Cantonal and University Library. Lyon et Napoléon sous le Directoire et le Consulat : 1799-1804
La population lyonnaise, massivement déçue par le gouvernement du Directoire, est à la recherche de personnages nouveaux qui pourraient redresser et sécuriser le pays. Ainsi, lorsque Napoléon Bonaparte rentrant d'Égypte s'arrête à Lyon le , il est ovationné par la population au théâtre des Célestins où a été organisée en son honneur une représentation improvisée sous le titre flagorneur « Le Héros de retour ».
La prise de pouvoir par Bonaparte est perçue favorablement, comme la fin de la période noire et le retour à la paix civile. Ainsi, le plébiscite de la fin de l'année 1799 pour approuver la constitution de l'an VIII est un succès à Lyon, même si le nombre de votants est faible. La section du Nord, par exemple, comptabilise seulement 744 « oui » et aucun « non ». Ce nouveau régime crée un nouvel ordre social avec un régime censitaire où les plus aisés seuls peuvent accéder aux fonctions importantes, et où les postes les plus prestigieux et importants sont à la main de l'État. Un nouvel ordre social se construit donc, où les élites localesIl n'existe pas en 2005 d'études prosopographiques de ce nouveau régime local, d'études exhaustives des personnes s'installant dans les nouveaux sièges et de leurs actions, pour le Rhône. sont à nouveau rebattues. Après le coup d'État du 18 Brumaire, le pouvoir local est fermement entre les mains du représentant du pouvoir central, le préfet, qui prend place à l'Hôtel de ville.
Il agit en retour rapidement pour redresser la ville qui le soutient. Dès son arrêt à Lyon le , après la victoire de Marengo, Bonaparte pose la première pierre de la rénovation des façades de la place Bellecour, en promettant de travailler au retour de leur prospérité. Sa victoire en Italie promet en effet des accès facilités vers les marchés piémontais et d'Italie du nord, régions productrices de trames et d'organsins essentiels pour la production de la Fabrique lyonnaise. Par ailleurs, il reconstitue en de la chambre de commerce de Lyon, élue par soixante électeurs choisis par le préfet.
Le retour de la prospérité facilite l'adhésion d'une grande partie de la population au nouveau régime, mais le pouvoir central maintient une surveillance étroite des milieux républicains et royalistes. L'adhésion est visible dans l'acceptation de la conscription militaire et dans la levée de la garde nationale, où les résistances sont faibles, bien plus faibles que dans les campagnes.
Institutions vignette|gauche|Les berges de la Saône en 1804. Tableau de Charles-François Nivard. Musée Gadagne.
En 1800, la ville est divisée en trois circonscriptions : division du Nord, division du Midi, division de l'Ouest. Elles perdurent de l'an III à l'an XIV.
Les trois circonscriptions Les trois sections de Lyon sous le Consulat correspond géographiquement aux arrondissements retenus sous le Directoire. La municipalité de Lyon-Nord correspond à la partie septentrionale de la ville située entre le Rhône et la Saône, approximativement depuis Saint-Nizier jusqu'au bas des pentes de la Croix-Rousse. Le maire est Parent et l'adjoint Rousset.
La municipalité de Lyon-Midi administre la partie méridionale de la ville comprise entre Rhône et Saône, approximativement depuis le rue Thomassin jusqu'à l’île Perrache. Son maire Sain-Rousset et son adjoint Rambaud-Brosse se réunissent parfois dans l'ancienne maison des jacobins.
La municipalité de Lyon-Ouest gère les quartiers situés sur la rive droite de la Saône. Le maire Bernard-Charpieu et son adjoint Gleyez Aîné se réunissent à la manécanterie Saint-Jean comme sous le Directoire.
D'un point de vue démographique, c'est la circonscription du Midi qui est la plus peuplée avec 40 000 habitants, puis celle du Nord avec 31 000 habitants, tandis que celle de l'Ouest n'en compte que 17 000.
Retour à une mairie unique André Bernard-Charpieux, élu à la mairie ouest en 1796, est particulièrement actif pour redresser la ville en grande difficulté. Rallié au Consulat, il travaille pour le retour des congrégations enseignantes, en particulier des jésuites, qui reviennent sous le nom de « Pères de la foi ». Il cherche à rétablir le Grand Collège mais il se heurte à la volonté du premier consul qui souhaite imposer les lycées. Il parvient à restaurer une école sur la Montée Saint-Barthélemy qui a un grand succès, mais le commissaire du gouvernement obtient du ministre de l'Intérieur sa fermeture. Après le Concordat, Bernard-Charpieux essaie de rétablir les petites écoles chrétiennes de Charles Démia. Il obtient le soutien des deux autres maires et l'accord pour les filles des sœurs Saint-Charles et pour les garçons des frères des écoles chrétiennes. Dès 1804, les mairies financent la gratuité d'une vingtaine d'écoles primaires, dirigées par un bureau des écoles au sein duquel le cardinal Fesch tient un rôle important.
Lorsque les trois municipalités rendent leur bilan en 1805, avant la réunion en une mairie unique, les finances de la cité se sont largement redressées. Les recettes de la ville sont passées entre 1799 à 1805 de à . Les trois maires ont entrepris des travaux pour réparer les dégâts dus au siège ou aux destructions de monuments. L'hôtel de ville a entamé sa restauration, avec le dôme et les salles les plus importantes. La reconstruction de la place Bonaparte est entamée. Les bâtiments du Grand Collège sont remis en état pour accueillir le lycée. Les quais de la Saône ont été raffermis et grâce à un don de l'empereur de , la digue de la Tête d'or a été consolidée. La ville possède en 1805 un déficit de , dont la majorité est due à des dépenses extraordinaires, dont pour le seul séjour lyonnais de l'empereur.
Les trois maires ont également milité, en vain pour l'instant, pour la création d'écoles spécialisées destinées à porter l'industrie lyonnaise : une école des étoffes, une école de dessin et une école de chimie.
La consulte cisalpine
vignette|26 janvier 1802, la Consulte de la République cisalpine réunie en comices à Lyon au collège de la Trinité. Château de Versailles.
Lorsque le comte Francesco Melzi d'Eril propose la ville de Lyon en pour réunir les quatre cent cinquante députés de la Consulte cisalpine pour approuver la constitution de la République cisalpine, Bonaparte accepte. Cela entraîne pendant les mois de et une effervescence dans la ville, où les nombreux députés sont logés, nourris et divertis.
Au-delà du prestige de l’événement, cette occasion est saisie par les marchands lyonnais de se lier à nouveau à leurs confrères italiens, et de construire de fructueux liens commerciaux. C'est également à cette occasion que Taillerand annonce aux marchands lyonnais la réouverture du marché russe via le relais de Leipzig.
La pacification de Lyon