Omaha Beach est le nom de code donné par les américains à une des cinq plages du débarquement de Normandie (). Affectée aux troupes américaines, elle est celle où les Alliés perdirent le plus de troupes, ce qui lui a valu le surnom de (« Omaha la sanglante »).
Déroulement des opérations Longue de huit kilomètres, la zone de débarquement s'étend sur la côte occidentale du Calvados, depuis Sainte-Honorine-des-PertesDepuis le commune déléguée dans la commune nouvelle d'Aure sur Mer. à l'est jusqu'à Vierville-sur-Mer à l'ouest, sur la rive droite de l'estuaire de la Douve. L'objectif à Omaha est de s'emparer d'elle et, ensuite, de tenir une tête de pont de huit kilomètres de profondeur entre Port-en-Bessin et la Vire et, dès que possible, de faire la jonction à l'est avec les Britanniques et à l'ouest avec le Corps américain débarqué à Utah Beach afin d'établir une tête de pont continue sur la côte normandeHistoire du débarquement en Normandie d'Olivier Wieviorka, paragraphe « débarquements », à 230 et paragraphe « Victoire en demi-teinte » .Antony Beevor dans D-Day et la bataille de Normandie, Carte du débarquement et 97, éd. Calmann-Levy, 2009..
La prise d'Omaha est de la responsabilité du commandement américain, placé sous les ordres du général Omar Bradley, et du major général Clarence Huebner pour la partie opérationnelle. Elle engage des troupes de l'US Army, des transports maritimes fournis par l'US Navy et des éléments de la Royal Navy.
La section du mur de l’Atlantique face aux assaillants est défendue par environ provenant de deux divisions d'infanterie allemande : la 716 et la 352.
De multiples obstacles sont installés sur la plage pour interdire tout débarquement. Ces obstacles sont sous le feu de positions fortifiées construites sur le talus et la crête et équipées de mitrailleuses ainsi que de canons. On y trouve aussi des observateurs d’artillerie chargés d’ajuster les tirs de batteries déployées plus dans la profondeur.
Le à l’aube, après un bombardement aérien médiocre et naval des Alliés sur les positions allemandes, la américaine, « la Big Red One », une unité expérimentée, renforcée par un régiment de la , qui lui n'a encore jamais combattu, débarque sur cette plage.
Le débarquement de la première vague a lieu trois heures avant la marée haute. Ceci est indispensable pour ne pas jeter les barges de débarquement sur les obstacles situés en haut de l’estran et donner le temps aux équipes combinées du génie, de la marine et de l'infanterie spécialement constituées et arrivées avec les premières troupes débarqués, de les détruire et de dégager des chenaux pour permettre l’approche des forces suivantes et de barges plus grandes.
Les deux régiments renforcés qui débarquent en tête sont : à l’ouest, le 116 RCT (), détaché temporairement de la à la ; à l’est, le 16 RCT, organique à la .
Chaque régiment est renforcé d’un bataillon de chars. Des chars, dont certains amphibies, doivent arriver avec l’infanterie et le génie lors de la première vague d'assaut.
Conjointement à ce débarquement, un assaut est mené, quelques kilomètres plus à l'ouest, par des rangers américains pour s’emparer de la pointe du Hoc, une petite avancée de la côte normande dans la Manche avec une falaise de vingt-cinq à trente mètres de haut.
Leur objectif est de neutraliser de puissants canons allemands supposés installés dans des blockhaus et menaçant les plages d’Utah et d’Omaha. Si l’escalade réussit, un signal doit être transmis et des renforts envoyés. Sinon ces renforts (huit compagnies de rangers) sont détournés sur les plages d'Omaha.
Le plan de débarquement ne se déroule pas comme prévu et dès le début, la situation prend une tournure catastrophique pour les Alliés.
Le bombardement aérien et naval a manqué ses cibles et n’a pas neutralisé les défenses ennemies. Les troupes américaines vont se heurter à des positions allemandes quasi-intactes. La mer est agitée et le vent fort. La quasi-totalité des chars amphibies coulent et seuls quelques-uns atteignent la plage. Des difficultés de navigation entraînent la plupart des barges, déportées par le courant, à débarquer hors des endroits prévus.
Les Allemands ne dévoilent pas leurs positions et ils attendent que les premiers soldats américains sortent des barges pour ouvrir le feu. Le vent fort fait monter la marée plus rapidement que prévu, poussant de nombreuses barges sur les obstacles allemands. La première vague américaine est clouée sur place, ne progressant pas et subissant de très lourdes pertes. Les troupes suivantes ne progressent pas davantage.
Les équipes du génie, du fait de la désorganisation de l'ordre du débarquement, arrivent avant l'infanterie. Sous le feu ennemi et avec peu de matériel, elles ne dégagent, avec grande difficulté, que quelques chenaux pour les barges suivantes, subissant elles aussi de lourdes pertes. Dans l'incapacité de dégager suffisamment les obstacles, les Alliés ne peuvent pas débarquer correctement les troupes et le matériel et ils n'arrivent pas à dégager les sorties de plage, fortement défendues. Cela provoque rapidement encombrement et désordre sur la plage et des retards pour les débarquements suivants. Les communications radio avec le commandement sont difficiles, 80 % du matériel radio de la première vague sont perdus. La panique aggrave la désorganisation générale.
Le commandement allié envisage un temps l'abandon d'Omaha. Mais outre la perte des déjà débarqués, cette hypothèse présente le grand risque d'affaiblir la position alliée avec une tête de pont américaine d'Utah à l'ouest qui serait séparée de de la tête de pont anglo-canadienne à l'est.
Le général Bradley, qui supervise l'opération au large, à bord de l', malgré le manque d'informations, décide de poursuivre le débarquement et continue d'envoyer des troupes sur Omaha.
Finalement quelques percées de la ligne de défense réussissent. N'ayant pas reçu le signal prévu, le bataillon de rangers qui doit être envoyé en renfort à la pointe du Hoc, est détourné sur Omaha Beach. Il parvient à réaliser la première percée valable. De petits groupes réalisent des assauts improvisés sur le talus escarpé de la côte. Ils sont aidés par l'appui du feu de quelques navires de guerre qui, au risque d'être touchés par les batteries terrestres allemandes, ont fini par se rapprocher des plages. Certaines barges parviennent à franchir les chenaux ouverts.
Des troupes américaines prennent le plateau côtier qui domine la plage entre Saint-Laurent-sur-Mer et Colleville et commencent à prendre les défenses allemandes, mal défendues sur leurs arrières, à revers. D'autres unités suivent et d’autres percées sont réalisées depuis la plage. Les Américains doivent faire face à quelques contre-attaques allemandes, mais en milieu d'après-midi, le dernier blockhaus allemand est pris.
Localisation et morphologie du terrain thumb|Plan de la zone complète des plages du débarquement allié en Normandie.
Omaha Beach s'étend devant les communes de Vierville-sur-Mer, Saint-Laurent-sur-Mer, Colleville-sur-Mer et Sainte-Honorine-des-Pertes. Avant la guerre, elle est parfois appelée "la plage d'or". Elle se présente comme une longue bande littorale, légèrement incurvée, de plage d'environ de long et est encadrée de falaises rocheuses à chaque extrémité. À plus à l'ouest se trouve le promontoire de la pointe du Hoc. La morphologie des terrains a changé depuis l'époque, certains blockhaus se trouvent désormais dans l'eau.
Venant de la mer, la plage comprend : l'estran : une bande de de sable fin avec un très léger dénivelé de ; une levée de galets en pente plus raide menant à l'ouest à une digue de mer avec une petite route et des villas et à l'est à une dune ; une bande de plus ou moins horizontale marécageuse par endroits ; un talus herbeux et sablonneux (qui correspond au rebord de plateau ou falaise morte) de à de haut dominant tout ce qui précède ; le plateau de l'arrière-pays sur lequel se trouvent les quatre villages pré-cités.
Ce plateau est accessible depuis la plage par cinq petites vallées encaissées, ou vallons, et seuls chemins accessibles pour les véhicules pour sortir des plages. La première mène à Vierville (code US : D.1 ). La deuxième, près du hameau des Moulins (code US : D.3 ), et la troisième, au lieu-dit appelé Ruquet (code US : E.1 ), mènent à Saint-Laurent. Les deux dernières sont des chemins de terre aboutissant à Colleville (code US : E.3 ) et à Cabourg Hameau (code US : F.1 Draw).
thumb|center|upright=2|Coupe du terrain et de ses défenses côtières.
center|thumb|upright=3|C, D G... : secteurs de la plage d'Omaha (selon les plans US).D1, D3, E1... : dénominations US des axes de pénétration (petites vallées encaissées).Cercles rouges avec numéro : numérotation allemande des positions défensives appelées Widerstandsnester (WN).
Positions allemandes vignette|gauche|Tranchées allemandes et casemate (blockhaus en allemand) surplombant la plage d'Omaha. thumb|Hérissons tchèques. thumb|gauche|Élément Cointet. Les Allemands ont parfaitement préparé leurs défenses. La plage a été « aménagée ». Les cinq accès menant vers l'intérieur des terres sont puissamment interdits par des obstacles et sont, bien entendu, sous le feu des positions défensives.
Obstacles Sur l'estran, les Allemands ont installé toute une série d'obstacles. En venant de la mer, ils se succèdent comme suit : des portes belges (ou éléments Cointet) : hautes barrières métalliques provenant de la ligne de défense belge de 1940 ; des rampes (Hemmbalken) : longs troncs d'arbre obliques recouverts d'une lame en acier, parfois minés, soutenus chacun par deux plus petits. Leur but est de soulever, voire d'éventrer l'avant des barges ; des pieux : troncs simples légèrement obliques surmontés d'une mine ; des hérissons tchèques : ensembles de métalliques croisées en leur milieu et ancrées dans du béton.
Plus haut, certaines parties de la plage sont minées et sur différents accès, des fossés ou des murs antichars sont créés. Des kilomètres de fil barbelé sont déroulés. Des villas en bord de plage sont rasées pour dégager le champ de tir. À l'extrême ouest, il en est une, par contre, qui est fortifiée et intégrée à la position défensive.
Positions défensives
thumb|Tourelle de char montée sur un tobrouk, élément d'un devant Omaha Beach. Quinze positions de défense sont installées, dont douze dominent la plage. Les Allemands les appellent (WN) et les ont numérotées de 60 à 74. Ces positions ne sont pas toutes terminées et leur équipement est variable. Dans chaque , on trouve généralement un ou deux canons de , parfois une tourelle de char (6 au total), , . Il s'agit souvent d'armement récupéré dans les nations vaincues. Il n'y a pas de grosse casemate d'artillerie, mais à Longues-sur-Mer ( à l'est), il existe une batterie de de capable d'intervenir devant Omaha. Le dispositif est redoutable car il tient toute la plage sous des feux croisés et les possibilités d'accès vers l'intérieur sont extrêmement bien dominées.
Troupes Les unités allemandes qui défendent le secteur d'Omaha ont un effectif de . Elles appartiennent à deux divisions d'infanterie : la 352 à l'ouest et la 716 à l'est. Il y a toutefois une imbrication entre certaines unités car une reprise est en cours.
La d'infanterie, commandée par le général Kraiss (PC à Saint-Lô), a commencé à prendre position en mars. Cette division est organisée autour de noyaux de vétérans du front de l'Est. Elle comprend trois régiments de grenadiers (914, 915 et 916) ayant chacun deux bataillons à quatre compagnies, un régiment d'artillerie et des unités d'appui. Le 914 est à l'ouest d'Omaha beach. Le 915, commandé par le colonel Meyer, est en réserve au sud de Bayeux. Le 916 (colonel Goth, PC à Trévières) est déployé comme suit : bataillon I : à l'est (vers Arromanches) ; bataillon II : entre Saint-Laurent et Colleville.