L'Imaginaire de Hayao Miyazaki en tapisserie d'Aubusson est une grande tenture, réunissant six tapisseries réalisées par les manufactures et ateliers du territoire d'Aubusson-Felletin sur les cartons élaborés à partir d'images de films de Hayao Miyazaki, initiée par une convention entre la Cité internationale de la tapisserie et le Studio Ghibli en 2019 et exposée de manière itinérante en France et au Japon.

Historique Projet vignette|gauche|Hayao Miyazaki en 2008. vignette|Éole remettant à Ulysse l'outre des vents (vers 1650), tapisserie d'Aubusson d'après un carton d'Isaac Moillon, collection Cité internationale de la tapisserie.

Dans la continuité de Aubusson tisse Tolkien, Emmanuel Gérard, directeur de la Cité internationale de la tapisserie, envisage de poursuivre avec l'Asie l'ouverture de l'institution engagée avec le monde anglo-saxon et de s'orienter vers l'œuvre de Hayao Miyazaki qui inspirera une nouvelle grande tenture. Lors des siècles précédents les ensembles narratifs de la tapisserie d'Aubusson illustraient les grands thèmes de la mythologie décrits par la littérature (L'Odyssée, La Jérusalem délivrée). L'univers du maître de l'animation japonaise créera un pont avec ces œuvres oniriques, parfois jugées poussiéreuses, et permettra aux jeunes générations de s'identifier. Alice Bernadac, conservatrice de la Cité note d'autres parallèles entre les images de Miyazaki et la tapisserie d'Aubusson, notamment les « verdures » certainement inspirées aux cartonniers d'antan par les paysages marchois comme la nature inspire le cinéaste japonais.

Le projet initial prévoit de retranscrire en tapisserie cinq scènes tirées de quatre films : Princesse Mononoké, Le Voyage de Chihiro, Le Château ambulant (2) et Nausicaä de la Vallée du Vent.

Les négociations avec le Studio Ghibli sont facilitées par l'entremise d'Aiko Konomi, lissière japonaise en stage à Aubusson, dont le père est en relation avec le Studio. L'inscription de la tapisserie d'Aubusson sur la liste du patrimoine culturel et la convention signée avec Tolkien Estate sont aussi des clés d'entrée, gages de fiabilité. Les images sont sélectionnées, après visionnage de l'ensemble des films du maître japonais de l'animation, pour leur esthétique mais aussi pour leur . Hayao Miyazaki n'hésite pas à donner son accord, intéressé par l'interprétation de son univers en tapisserie. Il émet peu de réserves. Parmi celles-ci la représentation des ômus de profil plutôt que de face et la conservation de la créature qui avait été coupée dans Le Banquet du Sans-Visage.

Une convention est signée entre les deux institutions dès le mois de . Le lancement du projet est annoncé le à la Maison de l'économie créative et de la culture en Nouvelle-Aquitaine de Bordeaux par la présidente de la Cité Valérie Simonet et le directeur Emmanuel Gérard. L'espace Miyazaki à la Cité internationale de la tapisserie est inauguré le . L'opération représente un coût de financé à l'aide du Fonds européen de développement régional et du mécénat privé.

Le projet initial est complété en 2024 par une sixième tapisserie tirée d'une scène de Mon voisin Totoro qui prend rang dans la série après Le Château ambulant et avant Nausicäa.

Réalisation La première étape franchie (choix du thème, sélection des images, détermination des formats, validation par le Studio Ghibli), les étapes suivantes, qui se répètent pour chaque tapisserie, se déroulent ainsi : élaboration de la gamme de couleurs, choix de la texture des fils, tissage d'échantillons, validation des choix par Ghibli, réalisation du carton, teinture des fils, lancement de la procédure de marché public auprès des ateliers et manufactures creusois, choix de l'atelier par un jury de sélection, tissage de la tapisserie.

Carton Delphine Mangeret, dessinatrice-coloriste-cartonnière, commence sa carrière à la Manufacture Robert Four en 2007. Elle est retenue par la Cité de la tapisserie pour travailler sur la grande tenture Aubusson tisse Tolkien puis sur celle consacrée à L'Imaginaire de Hayao Miyazaki en tapisserie d'Aubusson. Elle est chargée de la réalisation du carton, transposition de l'image animée du film en une image fixe dans un format gigantesque, qui n'est pas une copie mais une interprétation traduisant l'esprit de l'œuvre en jouant avec les couleurs et les matières. La Cité a souhaité, afin de conserver une unité à la tenture, qu'elle travaille pour l'ensemble du projet en étroite collaboration avec tous les métiers d'art qui interviennent sur la réalisation de chacune des six tapisseries, filatures, teinturiers et teinturières, lissiers et lissières des manufactures et ateliers du territoire d'Aubusson-Felletin.

Teinture Nadia Petkovic, teinturière, est arrivée à Aubusson en 2010 pour suivre une formation de lissière lors de laquelle elle rencontre Thierry Roger, le teinturier dont elle suit la formation et dont elle reprend l'atelier après avoir exercé pendant dix ans le métier de lissière dans son propre atelier tout en poursuivant sa formation de teinturière. Comme Delphine Mangeret, en collaboration avec laquelle elle travaille sur le projet, elle est également choisie par la Cité pour assurer dans son atelier Teinture Aubusson Lab la teinture des fils destinés au tissage de la tenture Miyazaki. Elle s'insère ainsi dans la chaîne de tous ces métiers qui vont permettre la .

Tissage vignette|Patrick Guillot présente le métier de lissier et sa transmission. vignette|gauche|Métier de ancien dans un musée suédois. vignette|Tissage en cours à la Cité internationale de la tapisserie d'Aubusson en 2020. vignette|gauche|Principaux outils de la sur le métier à tisser (flûtes, grattoir, peigne, poinçon).

Le tissage des six tapisseries est réalisé par les artisans lissiers d'Aubusson sur les métiers à tisser de de leur atelier ou de la Cité en fonction de la dimension de l'œuvre.

La première, Ashitaka soulage sa blessure démoniaque, est confiée à l'Atelier Tapisserie Guillot Aubusson. Entreprise familiale composée de trois maîtres artisans, Marie et Patrick Guillot et leur fils Luc, encore en apprentissage lors du tissage d’Ashitaka, l'Atelier Guillot est installé à Aubusson depuis 2001. Ils ont précédemment réalisé plusieurs tapisseries pour la Cité et se voient également confier le tissage de la quatrième œuvre de la tenture Miyazaki, La Peur de Hauru.

Considérée comme l'une des dernières héritières des manufactures royales, la Manufacture Robert Four est sélectionnée pour le tissage du Banquet du Sans visage. Après avoir ouvert un atelier à Felletin en 1952, Robert Four achète un moulin à Aubusson au bord de la Creuse dans les années 1960. L'enquête préalable à l'inscription de la tapisserie d'Aubusson sur la liste du patrimoine culturel se déroule en partie dans ses ateliers. Son petit-fils Pierre-Olivier Four, président de la Société, choisit quatre jeunes lissières pour tisser la deuxième tapisserie de la tenture Miyazaki : Sarah Chassain, Pauline Paris et Clémence Tonnoir, titulaires du brevet des métiers d'art du tapis et de la tapisserie de lisse obtenu à l'issue de leur formation à la Cité, et Manon Gruel, titulaire du certificat d'aptitude professionnelle dans la même spécialité et alors encore en apprentissage à la Manufacture.

Le tissage du Château ambulant au coucher du soleil a nécessité l'investissement d'un nombre important de lissières : Patricia Bergeron et Aiko Konomi, engagées en 2015 à l'issue de leur formation par l'Atelier A2 créé en 2010 par France-Odile Perrin-Crinière, Aurélie Chéné et Chloé Paty de l'Atelier Just'Lissières créé en 2018 par un collectif de jeunes lissières titulaires du Brevet des métiers d'art à l'issue de leur formation à la Cité, et trois lissières indépendantes, Alexia Virig, Nathalie Mouveroux et Élisa Gastaud.

Pour la Sieste de Mei et Totoro, le choix du comité de sélection s'est porté sur les mêmes ateliers, A2, Just'Lissières et A. Konomi (qui a désormais son propre atelier) en cotraitance, associés à la jeune lissière indépendante Margot Malaubier en sous-traitance.

À la fin de l'année 2025 le choix des ateliers reste à déterminer pour le tissage du Secret de la Fukai.

Collection Ashitaka soulage sa blessure démoniaque vignette|La forêt de Shiratani unsui-kyō dans l'île de Yaku-shima, source d'inspiration de Hayao Miyazaki pour Princesse Mononoké. L'immensité de la forêt de Hayao Miyazaki en fait une verdure majestueuse comme un rappel à l'histoire de la tapisserie d'Aubusson. vignette|Verdure à la girafe (détail), vers 1600, anonyme, manufacture d'Aubusson (anonyme), musée des Hospices civils de Lyon.

Ashitaka soulage sa blessure démoniaque (titre alternatif : Ashitaka et Yakul dans la forêt) est une scène tirée de Princesse Mononoké et la première tapisserie de la grande tenture. Elle représente le jeune prince Ashitaka et sa monture Yakul au cœur d'une immense forêt. Yashitaka a été blessé au bras par un sanglier possédé par un démon. Il tente de soulager sa blessure sous l'eau fraîche d'une source située au pied de cèdres majestueux entre lesquels filtre une mystérieuse lumière. Dans le film il s'agit d'un « balayage », une suite de plans, le film ne montre pas l'image intégrale mais descend dans un travelling vertical de la cime des arbres vers la source et les personnages. Ce choix d'interprétation par une scène unique a été soumis à Hayao Miyazaki et au Studio Ghibli particulièrement bienveillants pour le travail de création entrepris à Aubusson. L'immensité de la forêt en fait une verdure majestueuse comme un rappel à l'histoire de la tapisserie d'Aubusson.

Une fois les dimensions de la future tapisserie définies ( de haut sur de long soit ), Delphine Mangeret commence, en , la réalisation du carton. L'image agrandie en haute définition est scindée en trois lais travaillés au sol deux par deux. Les gammes de couleurs sont peintes en prenant en compte l'absorption de la lumière par la laine au tissage et le choix des textures. Celles-ci seront en simple, double ou triple chaîne pour les effets de volume, la rudesse de la laine « Prassinos » est adoptée pour le végétal, l'aspect satiné du fil de lin défini pour le minéral. Chacune des 90 nuances est numérotée et chaque forme est délimitée par des traits pleins ou pointillés au crayon blanc ou noir sur le carton qui, placé sous les fils de chaîne du métier à tisser, sera la base de travail des lissiers.

Dès le mois de décembre, la cartonnière commence à travailler avec la teinturière. Delphine Mangeret fait découvrir le carton à Nadia Petkovic. Les deux femmes échangent leurs points de vue sur la façon d'aborder la couleur pour donner son sens à la tapisserie. La teinture des de laine dans la presque centaine de couleurs à partir des trois couleurs primaires débute en à l'Atelier Teinture Aubusson Lab et représente soixante heure de travail par semaine (une demi journée de travail par couleur) afin de tenir les délais et permettre aux lissiers de prendre le relai au mois de mars. Le travail commence par le trempage de la laine écrue avec du sel durant un quart d'heure dans une cuve remplie d'eau à . La température est montée très progressivement pour éviter tout choc thermique et pour permettre aux écailles de la laine (sa structure moléculaire, la kératine, est identique à celle des cheveux) de s'ouvrir pour accueillir le colorant en pigments. Celui-ci est ajouté à l'œil dans plusieurs bains successifs d'une durée de dix minutes qui relèvent de l'alchimie propre à la teinturière : . Les couleurs doivent durer des siècles. La laine est ensuite rincée, essorée et mise à sécher et les nuances d'une même couleur vérifiées au caisson lumineux dont la lumière a été définie avec la cartonnière.