Le Couvent Sainte-Élisabeth () est un couvent orthodoxe russe situé à la périphérie de Minsk, en Biélorussie. Actuellement, c'est le seul monastère en activité dans la ville. Il supervise 12 églises, et compterait 1600 employés. Il est l'objet d'accusations de malversations financières et de soutien financier à l'invasion russe de l'Ukraine.

Activités Le couvent a été fondé en 1999 et porte le nom de la sainte martyre Élisabeth Romanov. Il trouve son origine dans les activités de la congrégation de sœurs nommée en l'honneur de cette sainte, créée en 1996. Les sœurs étaient autorisées à porter la robe blanche des Sœurs de la Miséricorde, notamment pour la collecte de dons dans les rues et la vente d'articles religieux et d'objets liés aux activités monastiques (miel, boissons non alcoolisées, herbes, baumes, etc.).

En 2020, le monastère comptait 130 religieuses environ. Il possède des ateliers qui fabriquent des ustensiles et vêtements religieux, des souvenirs et de la nourriture, souvent vendues en Europe et en Amérique du Nord.

Les sœurs apportent un soutien spirituel aux patients de plusieurs institutions médicales, d'un internat psychoneurologique et d'un internat pour enfants ayant des besoins spéciaux.

Controverses

Nationalisme (2017) Le couvent a utilisé son réseau de vente pour promouvoir les idées de l’irrédentisme russe et son prêtre supérieur a soutenu l’annexion de la Crimée par la Russie. En 2017, le lieutenant-colonel Anton Manshin du GRU (services secrets russes), a donné une conférence au couvent, décrivant sa participation aux campagnes de l’armée russe en Tchétchénie, en Ukraine et en Syrie, promouvant le concept idéologique du monde russe et encourageant les hommes présents à se préparer à une guerre. Le responsable du site web du couvent a déclaré par la suite que l’invitation de Manshin était une erreur.

Collecte de signatures pour l'interdiction de la propagande homosexuelle (2019) En , le couvent s'est joint à la campagne de collecte de signatures pour une pétition adressée au président Alexandre Loukachenko afin d'interdire « la propagande et les manifestations publiques de l'homosexualité et autres perversions sexuelles auprès des mineurs ». Cet appel avait été lancé par des organisations pro-vie et soutenu par l'archevêque catholique romain Tadevuš Kandrusievič . Les signatures ont été recueillies au sein du couvent et dans ses points de vente.

Sergy Lepin, le porte-parole de l'Église orthodoxe biélorusse, a signalé que cette collecte de signatures n'était pas une initiative du couvent, bien que celui-ci s'y soit joint. Pavel Siardzyuk, président de la Commission synodale de l'Église orthodoxe biélorusse pour la famille, la protection de la maternité et de l'enfance, a qualifié la pétition de discriminatoire. Il a insisté sur le fait que le soutien à la campagne était « une initiative du seul couvent Sainte-Élisabeth ».

Épidémie de COVID-19 (2020-2021) En , les médias biélorusses et étrangers ont fait état de nombreux cas de coronavirus au couvent Sainte-Élisabeth. Le gouvernement biélorusse n'a pas décrété de confinement, autorisant ainsi toutes les églises du pays à rester ouvertes.

Le , le métropolite Paul (Primat de l'Église orthodoxe biélorusse), a annoncé que le patriarche Cyrille de Moscou avait autorisé les fidèles à s'abstenir de fréquenter les églises le temps de l'épidémie, et a lui-même exhorté les orthodoxes de Biélorussie à suivre les paroles du patriarche. Il a condamné les « pseudo-pasteurs » appelant à ignorer le patriarche et à continuer de se rendre à l'église. Il a précisé que toutes les églises resteraient ouvertes, mais a encouragé les fidèles à rester chez eux pendant la Semaine sainte et à Pâques en suivant les offices retransmis à la télévision et en ligne plutôt que d'y aller en personne.

Malgré ces avertissements, les offices de Pâques au couvent Sainte-Élisabeth ont rassemblé une foule importante, comme en témoignent des vidéos prises dans ces églises. Selon une journaliste, 100 des 130 religieuses étaient malades dans la période de Pâques. Le supérieur du couvent, Andreï Lemeshonok, aurait assuré qu'il était impossible de tomber malade à l'église, et que les maladies étaient un châtiment pour l'athéisme et l'incroyance.

Licenciements politiques (2020) Le Conseil de coordination du Bélarus (organisation d'opposants au régime de Loukachenko, fondée en 2020) a signalé des cas de pressions politiques exercées sur le clergé et le personnel laïc du couvent pendant les manifestations qui ont secoué la Biélorussie après l'élection présidentielle de 2020. En effet, lors de l'assemblée générale du couvent, en , le supérieur du couvent Andreï Lemeshonok a exprimé son soutien à Alexandre Loukachenko. Il a déclaré que les manifestations dans le pays étaient un complot contre l'Église orthodoxe russe. Il a ajouté que les membres du couvent partageaient une position unanime sur la situation au Bélarus et que ceux qui la désapprouvaient ne devaient pas se sentir obligés de rester. Selon ces rapports, un nombre important d'employés ont été licenciés ou ont démissionné dans les mois qui ont suivi l'assemblée.

Soutien à l'invasion russe en l'Ukraine Le couvent a été accusé de collecter des fonds pour l'armée d'invasion russe dans sa guerre d'invasion de l'Ukraine. L'ONG biélorusse StopSEM en collecte des preuves.

Le supérieur Andreï Lemyashonak a publiquement soutenu la Russie, et qualifié la guerre de « lutte de libération ». Certaines religieuses apparaissent sur des photos brandissant un drapeau russe marqué d'un «Z», symbole de soutien à l'invasion, ou visitant des villages ukrainiens occupés par l'armée russe. Des publications sur les réseaux sociaux montrent des soldats remerciant le monastère pour des dons de véhicules et de drones. Une religieuse a été décorée d'une médaille de participation à l'« opération militaire spéciale » pour avoir organisé le soutien aux militaires russes par le monastère.

En 2022, des Ukrainiens ont protesté contre la présence d'une boutique du couvent Sainte-Élisabeth au marché de Noël de Winchester pour ses liens pro-russes, ce qui a entraîné la fermeture de leur stand par les organisateurs du marché de Noël. Des incidents similaires ont eu lieu à Szczecin et Belfast.

Fin 2025, l'Église de Suède a émis un avertissement exhortant ses paroisses à ne pas accueillir de ventes des religieuses du couvent, car leurs collectes de fonds dans les églises suédoises servaient à financer la guerre. De plus, le groupe entretenait des liens étroits avec les services de renseignement russes (GRU) et le Patriarcat de Moscou. Les autorités suédoises se sont inquiétées de l'utilisation croissante de lieux et institutions religieuse dans des opérations d'influence russes.

Finances En 2024, une enquête de Buro Media (une équipe de journalistes d'investigation biélorusses) a été publiée sur les finances du couvent. Selon cette enquête, celui-ci sous-estime ses impôts, dissimule des revenus sous forme de dons et accepte principalement les paiements en espèces. Les auteurs de l'enquête qualifient le couvent de « holding commerciale orthodoxe ».

Références

Voir aussi

Témoignages d'anciens novices et employés du monastère (en russe) Couvent Sainte-Élisabeth de Minsk : La vérité dévoilée

Catégorie:Monastère de l'Église orthodoxe russe Catégorie:Édifice religieux en Biélorussie