La carrière Thomas est un ensemble de trois carrières situées à Casablanca, au Maroc, qui ont livré de nombreux vestiges fossiles et lithiques préhistoriques, datés du Pléistocène inférieur et moyen. Fouillée depuis 1988 par plusieurs équipes internationales successives, la carrière Thomas I a livré à la fois les plus anciens outils lithiques trouvés au Maroc, datés d'environ d'années, et les plus anciens fossiles humains connus au Maroc, datés de .

Situation La carrière Thomas est constituée de trois carrières de grès de construction, situées dans le sud-ouest de la ville de Casablanca, dans la région Casablanca-Settat. Elle entaille la formation géologique d'Oulad Hamida.

Historique Le nom de la carrière Thomas est issu de la famille Thomas, qui avait loué le site de la carrière après qu’à partir de 1907 de grandes quantités de grès eurent dû être acquises pour la construction des installations du port de Casablanca. Le site est divisé en carrières I, II et III, cette dernière étant également appelée Oulad Hamida 1. Le premier fossile humain, une demi-mandibule adulte partielle avec cinq molaires (noté ThI-GH-1), a été découvert en 1969 par un étudiant lors d'opérations d’extraction de grès. Son assignation à une couche stratigraphique précise est restée incertaine. En 1975, d’autres découvertes ont été annoncées provenant de la carrière Thomas III. Des fouilles systématiques ont été entreprises à partir de 1988, ont livré le premier nouveau fossile humain en 1994, et ont fait l'objet de deux premières publications en 2010 et 2011.

Carrière Thomas I La carrière Thomas I comprend deux sites archéologiques principaux : l'unité L et la grotte à Hominidés.

Unité L Le niveau stratigraphique L1 (le plus bas) a livré les plus anciens outils lithiques connus au Maroc, datés d'environ d'années. Ils représentent les plus anciens outils de type acheuléen (bifaces, hachereaux, et autres grands outils façonnés) trouvés en Afrique du Nord, devant ceux de Tighennif, en Algérie, datés d'environ d'années.

La datation a été obtenue par la combinaison du paléomagnétisme et de la géochimie de la couche archéologique la plus basse de l'unité L. Elle correspond à une période comprise entre les stades isotopiques 43 et 37. La méthode Kombewa, caractéristique du second Acheuléen et présente sur le site de Tighennif, est absente du niveau L1, ce qui est cohérent avec le différentiel de datation.

Grotte à Hominidés Des fossiles humains trouvés en 2008 et 2009 dans la grotte à Hominidés ont été datés vers 2022 de par la magnétostratigraphie. Ils ont en effet été trouvés dans une couche géologique correspondant exactement à l'inversion géomagnétique Brunhes-Matuyama, qui marque la limite entre Calabrien et Chibanien. Ils sont accompagnés d'outils acheuléens.

Liste des fossiles humains Abréviations : ThI : carrière Thomas I GH : grotte à Hominidés

Liste : ThI-GH-1 : demi-mandibule adulte partielle, trouvée en 1969 ThI-GH-10717 : mandibule adulte quasi-complète, trouvée en 2008 ThI-GH-10978 : fragment de mandibule infantile, trouvé en 2009 8 vertèbres, dont 6 cervicales et 2 thoraciques, associées à la mandibule ThI-GH-10717, trouvées en 2008 UP4 ThI-GH-OA23-24 : prémolaire P4, trouvée en 1994 UP3 ThI-GH-SA26-90 : prémolaire P3, trouvée en 1995 UI1 ThI-GH-SA26-88 : incisive I1, trouvée en 1995 UP3 ThI-GH-PA24-107 : prémolaire P3, trouvée en 2005 diaphyse de fémur, trouvée en 1994 et publiée en 2016

Les fossiles bien datés () sont constitués d'une mandibule adulte quasi complète, de huit vertèbres associées (2008), et d'un fragment de mandibule infantile (2009). Une demi-mandibule adulte partielle, trouvée en 1969, a une datation plus approximative mais jugée à tout le moins du Chibanien ancien. Quatre dents isolées, trouvées entre 1994 et 2005, ont été datées provisoirement en 2010-2011 d'environ Jean-Jacques Hublin, Colloque au Collège de France, Préhistoire et évolution humaine au Maghreb ; Jean-Paul Raynal, Premières humanités au nord-ouest de l'Afrique : concepts et réalité terrain à Casablanca (Maroc), 14 juin 2019, voir la vidéo en ligne, et n'ont apparemment pas été intégrées à l'étude Hublin 2026. Une diaphyse de fémur a été publiée en 2016, avec la même datation provisoire de , et n'a pas été redécrite en 2026.

Analyse Les mandibules et leurs dents montrent une combinaison de traits ancestraux et dérivés. Elles sont plus graciles que celles de Tighennif (datées d'au moins ) et se rapprochent de la morphologie correspondante dHomo antecessor, dont les fossiles trouvés en Espagne sont légèrement plus anciens.

Les auteurs de l'étude estiment que ces fossiles représentent une population proche du dernier ancêtre commun dHomo sapiens, de l'Homme de Néandertal et de l'Homme de Denisova, généralement daté entre , et un meilleur candidat à ce titre quHomo antecessor. Les fossiles du Maroc renforcent l'hypothèse que les ancêtres lointains dHomo sapiens vivaient déjà en Afrique.

Deux fossiles africains trouvés dans les années 1970 et datés d'environ , l'Crâne de Ndutu (Tanzanie) et l'Homme de Salé (Maroc), appartiennent probablement, selon Hublin 2026, à la branche conduisant à l'espèce Homo sapiens, branche qui s'inscrit entre environ .

Carrière Thomas II

Carrière Thomas III

Références

Voir aussi

Bibliographie Jean-Paul Raynal et al. (2010), Hominid Cave at Thomas Quarry I (Casablanca, Morocco): Recent findings and their context, Quaternary International, 223–224, p.369–382, lire en ligne Jean-Paul Raynal et al. (2011), Contextes et âge des nouveaux restes dentaires humains du Pléistocène moyen de la carrière Thomas I à Casablanca (Maroc), Bulletin de La Société Préhistorique Française, vol.108, n° 4, p.645–669

Articles connexes Préhistoire du Maroc Acheuléen Homo mauritanicus Homo antecessor

Liens externes « Casablanca, 773 000 ans : retour aux sources d’Homo Sapiens », L'Entretien archéologique, France Culture, .

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