Le Premier Livre de pièces de clavecin (aussi orthographié clavessin) est la première œuvre éditée de la compositrice française Élisabeth Jacquet de La Guerre, écrit en 1687.
Contexte et création Le recueil contient un extrait du privilège du roi permettant de dater l'ensemble de 1687. Le Mercure galant annonce également la parution de l'ouvrage en . L'ouvrage est dédié à Louis XIV par . La dédicace est suivie d'un Madrigal et d'une Épigramme de René Trépagne à la compositrice. Il s'agit d'un des rares recueils de clavecin publié en France au avec celui de Jacques Champion de Chambonnières, celui de Nicolas Lebègue et celui de Jean-Henri d'Anglebert.
Structure Le recueil se compose de quatre suites :
Suite en ré mineur Prélude Allemande Courante Deuxième courante Sarabande Gigue Cannaris Chaconne l'Inconstante Menuet Suite en sol mineur Prélude Allemande Courante Deuxième courante Sarabande Gigue Deuxième gigue Menuet Double Suite en la mineur Prélude Allemande Courante Deuxième courante Sarabande Gigue Chaconne Gavotte Menuet Suite en fa majeur Tocade Allemande Courante Deuxième courante Sarabande Gigue Cannaris Menuet
Analyse Chacune des suites du recueil commence par un prélude qui, comme les préludes de Louis Couperin, alternent sections mesurées et sections non-mesurées.
Suite en ré mineur
Prélude Le prélude, non mesuré, donne à entendre des tournures et intervalles expressifs donnant un caractère dramatique sûr. Le motif ornemental est repris, développé et altéré pour donner de longs traits. La première section mesurée débute sur une pédale de la basse au-dessus de laquelle deux lignes mélodiques à la tierce évoluent en séquence sur un rythme obstiné. La section se poursuit sur des jeux d'imitations auxquels s'adjoignent des accords plaqués. La cellule de quatre notes du début du prélude ressurgit ensuite transformée, mais apportant une unicité avec la section suivante.
Allemande L'allemande est particulièrement ornée, et fait montre du style savant et raffiné du jeu des clavecinistes. La main droite joue beaucoup de rythmes pointés et cadentiels, de pincements et d'arpèges, tandis que la mains gauche accompagne à distance de tierce ou de sixte.
Courante et Deuxième courante Les deux courantes sont toutes aussi ornées que l'Allemande précédente, mais présente une basse en noires. Elles donnent à entendre des mélodies conjointes par mouvements contraires au début de chaque section.
Sarabande La sarabande début avec un accord de ré majeur qui ne laisse pourtant pas deviner la suite en mineur. La première partie comprend d'abord une section où la tension s'accumule avant de se relâcher dans la section suivante.
Gigue La gigue joue sur des imitations à l'octave, avec une voix intermédiaire, mais il n'y a pas de thème précis. Le motif principal réapparaît plus loin, amputé de sa première note, à la voix supérieure avant d'être repris par une des voix intermédiaires. Les voix extrêmes jouent de longues tenues engendrant parfois des retards tandis que les voix intermédiaires jouent un contrepoint libre et plus actif. La seconde partie joue sur l'imitation mais à distance de quinte. Le motif est cependant différent, mais de rythme semblable. Le traitement en est similaire, avec une écriture polyphonique.
Cannaries La canarie est une danse proche de la gigue avec un tempo légèrement plus rapide. Les rythmes pointés sont omniprésent et l'écriture est principalement imitative. Le tout est ponctué de longs accords.
Chaconne l'Inconstante La chaconne est la seule pièce à avoir un titre. Ce dernier est peut-être dû aux altérations et aux variantes du refrain à chaque présentation ou bien dû à l'indécision du mode majeur ou mineur. Chacun des cinq couplets s'étend sur huit mesures et jouent avec le procédé d'imitation. Le tempo s'accélère progressivement, jusqu'au quatrième couplet où le style est luthé.
Menuet Le menuet combine à la fois la forme binaire et la forme en rondeau.
Suite en sol mineur
Prélude Le prélude est en mouvement de croches en arpèges brisés dans un style italien, ponctué d'accords. La section non-mesurée revient ensuite par une décélération du rythme et des glissements chromatiques.
Allemande Plus variée que l'allemande de la suite précédente, le jeu y est aussi beaucoup plus luthéal. Le Mercure galant y fait référence comme . Propre au jeu du luth, la pièce donne une impression de continuité par un relai des lignes mélodiques faisant un usage important des retards et des appogiatures dans une riche polyphonie.
Courante et Deuxième courante La première courante est riche en rythmes pointés, mais c'est la seconde qui présente la plus grande complexité rythmique, comprenant des hémioles et des syncopes. C'est la deuxième courante qui se rapproche le plus d'une danse.
Sarabande La sarabande présente une modulation à la tierce picarde à la fin de la pièce, contrairement à celle de la suite précédente. La main gauche joue des chromatismes dans les aigus dans la seconde partie, auxquels répondent ceux dans les graves de la fin de la pièce. La cadence rompue est renforcée dans sa dramatisation par un saut d'octave ascendant.
Gigue et Deuxième gigue Débutant en anacrouse avec une imitation à l'octave, la première gigue présente une ligne chromatique descendante à la basse ainsi qu'une ligne mélodique au contrepoint libre. La seconde a la particularité d'être dans une métrique binaire et non ternaire comme habituellement. Cette notation provient de la proximité entre la gigue et l'allemande dans le répertoire du luth. Il s'agit cependant, dans le cas des gigues de la compositrice des seuls exemplaires à avoir été imprimés au . L'écriture de cette seconde gigue diffère aussi de celle des autres du recueil par son style luthé, son abandon des imitations, l'omniprésence du rythme pointé, la complexité rythmique et l'importance de l'ornementation.
Menuet et Double du menuet Le menuet et son double présentent chacun une ligne de dessus et de basse alternés en croches ornées.
Suite en la mineur
Prélude Le prélude en la mineur est entièrement non-mesuré avec une grande ampleur que n'ont pas les autres préludes du recueil. Il présente de grands arpèges entrecoupés de traits dans le style d'une toccata.
Allemande Dans cette pièce l'intérêt est avant tout mélodique, la mélodie étant donnée par la ligne supérieure et soutenue par une grande diversité de rythmes.
Courante et Deuxième courante Les deux courantes ont la particularité d'être très ornementées mais elles se différencient par leurs mesures ( pour la première, pour la seconde), la première possède également un tempo plus vif. La première courante présente également des hémioles qui amènent à une totalement indépendance des mains l'une par rapport à l'autre. De plus, les avant-dernières mesures de chacune des parties présentent la particularité d'une syncope d'harmonie avec des accords audacieux pour l'époque. Le premier accord superpose la fondamentale sol sous deux appogiatures (ré et fa ) ainsi qu'un retard du la. Le second joue simultanément la note et son retard tandis que s'ajoute un sol .
Sarabande Pour Catherine Cessac, la sarabande allie gravité et élégance mélodique.
Gigue La gigue présente dans la première partie une entrée fuguée. Dans la seconde, le motif, proche du sujet de la section précédente, présente la même rigueur dans ses quatre entrées.
Chaconne Comme la chaconne de la première suite, celle-ci fait alterner un refrain de quatre mesures dans les graves et quatre couplets de huit mesures chacun. Les contrastes se font autant entre le refrain et les couplets qu'entre les couplets entre eux. Les deux premiers couplets reprennent la sérénité du refrain mais présente des écritures en croches régulières et en parallélisme. Le troisième couplet est plus varié au niveau des rythmes, et présente également des notes répétées, des cadences et des pincements, donnant un caractère plus vif. Le dernier couplet présente un caractère fortement fugué.
Gavotte La gavotte a un , c'est-à-dire un tempo rapide.
Menuet La structure de ce menuet est similaire à celle, binaire et en rondeau, de la suite en ré mineur.
Suite en fa majeur
Tocade La première pièce est nommée, non pas prélude, mais tocade, et a des allures de toccata. La compositrice donne ici une juxtaposition de sections contrastantes rappelant les toccatas de Girolamo Frescobaldi ou Johann Jakob Froberger. Le début est non-mesuré et en valeur longues mais est bien vite arrêté par des sections plus vives en doubles croches et en imitations, puis dans un style fugué. La dernière section revient dans une partie libre sur des harmonies de dominante puis de tonique. Cette tocade est un hapax musical, présentant une synthèse entre la forme italienne et le langage français du prélude non mesuré.
Allemande L'allemande est beaucoup plus sereine que la tocade précédente. D'une régularité rythmique exceptionnelle, elle se rapproche de la première allemande du recueil.
Courante et Deuxième courante Les deux courantes sont harmoniques hardies, et la première présente des glissements chromatiques que ne possède pas la seconde.
Sarabande On retrouve, dans cette sarabande, le style luthé des pièces précédentes.
Gigue La gigue présente des entrées en mouvement contraires, mais la pièce est beaucoup plus polyphonique que contrapuntique.
Cannaries Les cannaries font ici office de seconde gigue, avec une deuxième partie présentant le renversement du motif de la première.
Menuet Ce menuet présente plusieurs caractéristiques notables : une carrure à six mesures au lieu des traditionnelles carrures de quatre, ainsi qu'une parenté des deux thèmes principaux jusqu'à reprendre la même première mesure.
Références
Bibliographie
Liens externes
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