vignette|L'architecture nazie allemande mêlant design moderniste et symbole ancien de la croix gammée. Le modernisme réactionnaire est un terme inventé par Jeffrey Herf dans les années 1980 permettant de décrire le mélange d’« un grand enthousiasme pour la technologie moderne et d’un rejet des Lumières et des valeurs et institutions de la démocratie libérale » qui caractérise le mouvement révolutionnaire conservateur allemand ainsi que le nazisme. Ensuite, cette idéologie de modernisme réactionnaire est étroitement liée à la vision originelle et positive du Sonderweg, qui considère l'Allemagne comme la grande puissance d'Europe centrale, ni de l'Ouest ni de l'Est.
Aperçu L'utilisation de Herf du terme permettant de décrire le fascisme est largement reprise par d'autres chercheurs. Herf utilise le terme afin de désigner une tendance de la pensée intellectuelle durant cette période, ce que le romancier allemand Thomas Mann décrit comme « un romantisme hautement technologique » de l'entre-deux-guerres. Herf utilise ce terme en référence à un large éventail de personnalités culturelles allemandes, parmi lesquelles Ernst Jünger, Oswald Spengler, Carl Schmitt et Hans Freyer.
Raphael Costa affirme que le fascisme est un mouvement moderniste, car son désir de projets révolutionnaires et totaux de refonte de la société ne pouvait émerger qu'au début du , lorsque la société et la culture étaient imprégnées de métarécits modernistes de renouveau culturel. Le fascisme, dans les mots de l'historien Modris Eksteins est « le désir de recréer l'humanité ». Dans son ouvrage Fascist Interactions (« Interactions fascistes ») paru en 2016, David Roberts affirme que « Il est désormais largement admis que le fascisme n'était pas une révolte contre la modernité, mais la quête d'une modernité alternative. »
À différentes époques
L'Europe de l'entre-deux-guerres Depuis que Herf a créé le néologisme, il se répand de plus en plus parmi les historiens lorsqu'ils abordent l'enthousiasme paradoxal des Européens pour l'autoritarisme paternaliste et le nationalisme völkish d'une part, ainsi que les nouveaux concepts technologiques et politiques d'autre part, tous sous des régimes totalitaires.
Le modernisme réactionnaire est exploré dans la littérature de l'entre-deux-guerres et dans la culture politique plus large de la Grande-Bretagne. Il est exploré dans le contexte d'autres pays européens durant l'entre-deux-guerres, dont la Roumanie, la Grèce, la Suède, et l'Espagne. Il est même étudié dans le contexte du fascisme au Japon. D'autres historiens reconnaissent que ce terme désigne un courant influent de la pensée philosophique, culturelle et politique européenne durant la période de montée du fascisme. L'historien Nicolas Guilhot élargit le cadre du modernisme réactionnaire, utilisant le terme aux tendances de l'industrie de la République de Weimar, la médecine (eugénisme), la politique de masse, et l'ingénierie sociale. On peut constater le modernisme réactionnaire dans le concept fasciste de l'Homme nouveau, ainsi que dans les mouvements artistiques de la culture de Weimar qui mettent l'accent sur le rationalisme et embrassent le futurisme ainsi que la Nouvelle objectivité. De nombreux artistes de la période Weimar rejettent la fétichisation des machines et de la violence par les futuristes, par exemple, les partisans de l'expressionnisme allemand. En dépit de cela, le retour à l'ordre devient un thème dominant dans la culture allemande et, en cela, d'autres pays européens.
Aujourd'hui Herf utilise désormais ce terme pour revendiquer une similitude avec les gouvernements iraniens sous les Ayatollahs, le gouvernement irakien sous Saddam Hussein, ainsi que des groupes islamistes extrémistes tel qu'Al-Qaïda. D'autres chercheurs, y compris Paul Berman, utilisent également le terme de Herf à l'islamisme radical.
Le critique culturel Richard Barbrook affirme que des membres du digitari, adhérant à L'Idéologie californienne, embrassent une forme de modernisme réactionnaire associant croissance économique et stratification sociale.
Critique de la thèse de Herf Thomas Rohkrämer critique le concept de modernisme réactionnaire, affirmant « Il n’est ni étrange ni paradoxal de rejeter les Lumières tout en embrassant la technologie ; c’était une pratique courante en Allemagne aux XIXe et XXe siècles, ainsi que dans de nombreux autres pays. La raison instrumentale et la technologie sont disponibles pour une infinité de fins différentes, dont beaucoup ne sont ni humaines ni éclairées. » Ce point de vue est également soutenu par Roger Griffin, qui affirme que « le fascisme, en tant qu'idéologie et mouvement, peut être perçu comme une alternative radicale aux visions libérales et socialistes de la modernité idéale. Il représente un rejet catégorique du libéralisme pur et dur et du « modernisme » extrême, dont il considère le relativisme, l'anomie, le subjectivisme et la perte du sens fondamental et des valeurs « éternelles » comme aboutissement logique. Il s'agit d'une tentative de réancrer l'être humain moderne au sein de ce phénomène profondément moderne qu'est l'État totalitaire (un terme employé positivement par le fascisme), par le biais de mythes historiques, nationaux et racistes consciemment manipulés (autant de constructions idéologiques profondément modernes) ».
Articles connexes
Néoréaction Fascisme Rétrofuturisme Guillaume Faye Metaxisme
Notes et références
Catégorie:Modernisme Catégorie:Idéologie politique Catégorie:Réaction (politique) Catégorie:Fascisme