L'opération Couronne est une vaste opération militaire menée par l'Armée française durant la guerre d'Algérie. Elle se déroule du au dans le massif de l'Ouarsenis, situé dans le sud-ouest de l'Algérois.

Première grande offensive du « Plan Challe », elle vise à anéantir les unités de l'Armée de libération nationale (ALN) implantées dans cette région montagneuse stratégique, bastion de la Wilaya IV.

Contexte L'année 1959 marque un tournant militaire dans le conflit algérien. Le général Maurice Challe, nommé commandant en chef des forces françaises en Algérie en , met en place une nouvelle stratégie offensive destinée à détruire le potentiel militaire du FLN de l'intérieur.

Le « Plan Challe » repose sur un principe de « rouleau compresseur » : il s'agit de traiter successivement les régions d'ouest en est en y concentrant des moyens considérables (les « Réserves Générales »), composés des unités d'élite (parachutistes, Légion étrangère) et appuyés par une aviation massive (héliportages)Pierre Montagnon, La guerre d'Algérie : Genèse et engrenage d'une tragédie, Pygmalion, 1984..

L'opération Couronne est la première phase de ce plan. Elle cible l'Ouarsenis, un massif montagneux difficile d'accès servant de zone de refuge et de transit pour les maquisards de la Wilaya IVYves Courrière, La Guerre d'Algérie, tome 3 : L'Heure des colonels, Fayard, 1969..

Objectifs Les objectifs tactiques définis par le commandement français sont multiples : Disloquer les Katibas : Forcer les unités de l'ALN à combattre ou à fuir en saturant le terrain. Couper le lien population-maquis : Regrouper les populations civiles ou renforcer la présence des SAS pour priver l'ALN de son soutien logistique. Assainir l'axe Alger-Oran : Sécuriser l'arrière-pays au sud de la route nationale et de la voie ferrée reliant les deux grandes villes.

Déroulement L'opération débute le sous le commandement opérationnel du général Jean Gambiez, commandant du corps d'armée d'Oran.

La tactique L'armée française déploie des moyens considérables. La tactique repose sur le quadrillage et le ratissage : Les troupes de secteur et les harkis bloquent les issues des vallées et surveillent les crêtes (le « bouclage »). Les unités d'élite (les « Réserves Générales ») pénètrent au cœur du massif, héliportées sur les sommets pour traquer les insurgés (le « ratissage »). L'utilisation intensive des Commandos de chasse, unités légères et mobiles vivant sur le terrain à la manière des fellaghas, permet de repérer et fixer l'ennemi avant l'arrivée des renforts lourdsJean-Charles Jauffret, Soldats en Algérie 1954-1962, Autrement, 2000..

Les combats Les combats sont rudes, notamment en raison de la géographie accidentée de l'Ouarsenis et des conditions climatiques hivernales (neige sur les sommets). Les troupes de la Wilaya IV, commandées par M'Hamed Bougara, tentent d'éviter l'affrontement direct face à la supériorité de feu française, se fragmentant en petits groupes. Cependant, le maillage serré du terrain conduit à de nombreux accrochages meurtriers.

L'opération se termine officiellement début avril, les Réserves Générales étant ensuite déplacées vers l'est pour l'opération suivante (Opération « Courroie » dans l'Algérois, puis « Jumelles » en Kabylie).

Bilan Bilan militaire L'opération Couronne est considérée comme un succès tactique pour l'armée française. Les bilans officiels font état d'environ 1 600 combattants de l'ALN « neutralisés » (tués ou prisonniers) et de la récupération d'un important stock d'armesBenjamin Stora, Les mots de la guerre d'Algérie, Presses Universitaires du Mirail, 2005..

La structure militaire de la Wilaya IV est durement touchée, mais pas totalement détruite. Si les grandes unités (Katibas) sont disloquées, de nombreux cadres et petits groupes parviennent à survivre en se terrant ou en s'exfiltrant vers les wilayas voisines.

Conséquences politiques et stratégiques Le succès de « Couronne » valide la stratégie du général Challe aux yeux du pouvoir gaulliste. Il prouve l'efficacité de la concentration des moyens et de la mobilité héliportée. Cependant, cette victoire militaire ne se traduit pas immédiatement par une pacification politique. L'ALN, bien que militairement affaiblie, conserve une influence politique sur la population, et le démantèlement des structures sociales (camps de regroupement) alimente parfois le ressentiment.

Notes et références

Voir aussi Bibliographie Yves Courrière, La Guerre d'Algérie, tome 3 : L'Heure des colonels, Fayard, 1969. Pierre Montagnon, La guerre d'Algérie : Genèse et engrenage d'une tragédie, Pygmalion, 1984. Guy Pervillé, Atlas de la guerre d'Algérie, Autrement, 2003. Jean-Charles Jauffret, La Guerre d'Algérie par les documents, t. 2 : Les Portes de l'enfer 1955-1959, SHAT, 1998.

Articles connexes Guerre d'Algérie Plan Challe Opération Jumelles Wilaya IV

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