Il Bò est un journal universitaire bimensuel fondé en 1919 puis relancé en 1935 comme principal organe de la section des Groupes universitaires fascistes (GUF) de Padoue par Ugo Mursia et Ruggero Zangrandi. Toujours actif dans l'après-guerre, le journal devint l'un des organes des étudiants de Padoue lors des protestations étudiantes des années 1960. Le journal réapparaît sous l'impulsion de l'Université de Padoue en 2012 sous la forme de Il Bo Live, un quotidien en ligne.

Histoire

Aux origines de Il Bò (1935) Fondé en 1919, Il Bò a une existence éphémère. Après un numéro unique paru en 1933, le journal est finalement relancé le à l'initiative de Carlo Anti, recteur de l'Université de Padoue de 1932 à 1943. Le journal se mis à paraître toutes les deux semaines, le deuxième et le quatrième samedi du mois ; rédigé principalement par des étudiants, il proposait des informations sur la politique, l'art et la culture, mais aussi des récits vivants de la vie étudiante. Son nom provient du Bo, surnom populaire donné au bâtiment qui abrite l'Université de Padoue.

Un journal frondeur et anticonformiste (1935-1938) Très apprécié par les étudiants et par Mussolini lui-même pour sa ligne anticonformiste, indépendante et parfois même irrévérencieuse envers le régime, le journal atteignit un tirage de 5 000 exemplaires. Son ton anticonformiste était notamment incarné par le peintre et illustrateur padouan Tono Zancanaro, qui collabora au journal durant ses études et qui, pendant la guerre, créa le personnage satirique de Gibbo, dont la difformité physique et morale dépeignait sur un ton moqueur le régime et Mussolini. Dans la seconde moitié des années 1930, la rédaction du journal comptait non seulement des partisans de la dictature, mais aussi des antifascistes convaincus et en devenir comme Ettore Luccini et, surtout, le physicien Eugenio Curiel , qui était alors une des figures centrale du journal comme rédacteur en chef.

Sous sa direction, les articles sur le cinéma et les arts figuratifs passèrent au second plan par rapport à ceux sur le corporatisme et le syndicalisme fasciste, thèmes récurrents qui menèrent à des débats notamment entre Curiel et le philosophe Ugo Spirito. Au-delà de la rhétorique dominante, le journal abordait « le problème des jeunes », parlant de « crise morale », de « scepticisme », de « passivité » et d’« insatisfaction », et formulant des critiques à l’égard de leurs organisations, y compris celle des Littoriali ; il proposait la collaboration entre universitaires et ouvriers, évoquant un « déblocage anticapitaliste de l’économie » et même « l’usage collectif de la propriété » ; il dénonçait le « racisme germanique » et les instincts de « guerre totale » qui en découlaient ; il qualifiait le socialisme de « formidable phénomène » et les syndicats de « fondement de l’État » ; à travers la formule de couverture « universalfascista », il esquissait la perspective d’un « européisme », proposait la participation des étudiants italiens à la vie étudiante « internationale », estompait sur un plan « spirituel » les velléités impérialistes virulentes et se prononçait contre le « colonialisme » et pour la paix ; dans le domaine de l’art, il qualifiait d'« arrivisme insultant » certaines peintures « patriotiques »Ettore LUCCINI: materiali d’archivio una rassegna-stampa ritrovata.

La présence et l'influence des antifascistes n'empêchèrent cependant pas le journal de soutenir les lois raciales de 1938. Le numéro du de cette année-là dressait la liste, faculté par faculté, de tous les professeurs, chargés de cours et assistants juifs de l'université : parmi eux figuraient Bruno Rossi et Eugenio Curiel lui-même qui, quelques pages plus loin, signa son dernier article pour le journal avant de s'engager dans la Résistance comme commandant des Brigades Garibaldi. Après le départ de Curiel, Il Bò, privé de voix dissidentes, devint l'organe de l'Université de Padoue jusqu'à la destitution de Mussolini le .

Il Bò après la Libération (1944-1968) Fortement compromis par le régime fasciste sous le rectorat de Carlo Anti, après la Libération, Il Bò  fut confronté à l'opposition du nouveau recteur Egidio Meneghetti, fondateur du Comité national de libération de la Vénétie.

Malgré tout, le journal put reparaitre et devint, dans les années 1950-1960, le lieu d'expression des instances représentatives étudiantes : ses pages accueillaient les contributions de professeurs et d’intellectuels, y compris extérieurs à l’université, et devenaient simultanément une plateforme pour de jeunes chercheurs et futurs universitaires, journalistes, hommes politiques, écrivains et artistes. Durant ces années là, Il Bo lutta contre l’augmentation des frais universitaires et pour une plus grande participation des jeunes à la gestion de l’université, pour davantage de places en résidences et à la cafétéria, et pour une amélioration de l’enseignement. Durant les protestations étudiantes des années 1960, le journal soutint les occupations d'université mais ne put survivre à l'année 1968. Entre 1968 et 1969, deux numéros « semi-clandestins » furent publiés.

Il Bo Live (2012) Au XXIe siècle, le journal a été relancé par l'Université de Padoue, qui a repris sa publication également au format numérique et a valorisé son héritage en tant que journal académique actif depuis 1919.

En 2018, le projet éditorial a été renouvelé et a pris le nom d’Il Bo Live, se positionnant comme le magazine en ligne de l’université consacré à l’information, à la culture et à la diffusion scientifique. La plateforme rassemble et intègre les travaux des anciens canaux éditoriaux de l’université, notamment le journal étudiant Vivi Padova et la webradio RadioBue.

Bo Live est enregistré comme journal en ligne de l'Université de Padoue et constitue aujourd'hui le principal magazine multimédia de l'université. Le rédacteur en chef est le philosophe des sciences Telmo Pievani, comme indiqué sur la page éditoriale officielle. De 2018 jusqu'à son décès, le rédacteur en chef du magazine en ligne de l'Université de Padoue était Pietro Greco. La rédactrice en chef actuelle est Elisabetta Tola, journaliste et présentatrice sur Radio 3 Scienza.

Collaborateurs

Il Bò (1935-1944)

Ruggero Zangrandi Ugo Mursia Eugenio Curiel Agostino Podestà Ettore Luccini Esulino Sella (ou Esule) Tono Zancanaro Fernando De Marzi Giulio Alessi Iginio De Luca Elio De Luca (frère d'Iginio) Franco Fortini Franco Busetto Giancarla Re Mursia

Notes et références

Bibliographie

Franco Busetto, Ivo Dalla Costa, Francesco Loperfido, Franca Tessari, Andrea Zanzotto, Ettore Luccini. Umanità, cultura, politica, Neri Pozza, 1984.

Sources

IlBo - 1935-1968 Storia Di Un Giornale Universitario, Numero Speciale, Mars 2008. Daniele Mont D'Arpizio, Marco Roveroni, Dal Bò al Bo Live: 100 anni in una storia per immagini, Il Bo Live, Università di Padova, . Ettore LUCCINI: materiali d’archivio una rassegna-stampa ritrovata, materiali di storia, n. 19.

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