La rébellion du Front des forces socialistes est une révolte menée essentiellement en Kabylie par le Front des forces socialistes (FFS), contre le gouvernement algérien d'Ahmed Ben Bella, et ayant eu lieu entre le et le mois d'.

Abandonnée par une partie des maquisards, qui vont combattre sur le front marocain, la révolte échoue et Hocine Aït Ahmed est arrêté. Néanmoins à l'issue de négociations, le FFS est reconnu comme un parti d’opposition à partir de 1965, mais Houari Boumédiène annule cet accord après son Coup d'État.

Contexte

Le Front des forces socialistes (FFS) est un parti formé le par Hocine Aït Ahmed, à Tizi-Ouzou, en opposition au gouvernement de Ahmed Ben Bella. Ce dernier a procédé à la dissolution du Parti communiste algérien, à des arrestations de leaders du combat de Libération, comme Mohamed Boudiaf. L’Assemblée nationale constituante algérienne (ANC), qui avait pour légitimité d'élaborer la Constitution algérienne, est supplantée par une autre assemblée d’officiers qui élabore et adopte la Loi fondamentale. Le président de l'ANC, Ferhat Abbas, démissionne le ; plusieurs députés donnent aussi leurs démissions, dont Hocine Aït Ahmed. vignette|left|Hocine Aït Ahmed à Tizi-Ouzou en 1963. Celui-ci est soutenu, dans la création du FFS, par de nombreuses personnalités de la Révolution algérienne comme Ali Yahia Abdennour, Belaid Ait Medri, Mourad Oussedik, Mohand Oulhadj, , Aboubakr Belkaïd, Lakhdar Bouregaa et des centaines de combattants venus en particulier des wilaya III et wilaya IV historiques. Il crée le premier mouvement d’opposition, contestant l'installation d'une « dictature » et demandant la mise en place d’un régime démocratique . D’autres forces d’opposition en particulier le Parti de la révolution socialiste (PRS) de Mohamed Boudiaf, implantées essentiellement en Kabylie et dans une partie de l’Algérois, soutiennent la rébellion.

Le FFS s'appuie alors sur deux textes historiques la Déclaration du 1er novembre 1954 — qui lance le début de la guerre contre les colons français — et la plate-forme issue du Congrès de la Soummam de 1956, qui affirment comme objectifs l’indépendance et une république sociale.

Lors d'une réunion populaire à Tizi-Ouzou, en 1963, Hocine Aït Ahmed critique « le coup de force constitutionnel » dirigé par le clan d'Oujda et fait un appel à « l’union des avant-gardes nationales ». Il reproche à Ben Bella de mettre en place en Algérie .

Il contestait notamment l'autoritarisme du gouvernement, ainsi que l'unipartisme en Algérie. Par ailleurs, au lendemain de l'indépendance une des principales divergences entre les mouvements est la question identitaire. Hocine Aït Ahmed, comme d'autres révolutionnaires, tient une ligne nationaliste tout en mettant en avant la spécificité de l'identité de la région de Kabylie. Pour sa part Ben Bella évoque une « kabyle séparatiste » menaçant l’unité nationale.

Déroulement

À la suite de la création du parti,Hocine Aït Ahmed se rebelle contre le gouvernement et rallie de nombreux villages kabyles à sa cause. Houari Boumédiène et Ahmed Ben Bella envoient immédiatement l’armée en Kabylie pour matter la révolte. Préférant éviter le conflit direct, le FFS et ses soldats se retirent dans les montagnes kabyles d'où ils lançaient des tactiques de guérilla pour éviter des effusions de sang.

Les insurgés sont rassemblés derrière leurs chefs, Hocine Aït Ahmed et Slimane Dehilès, dit colonel Sadek de son nom de guerre. Selon des estimations de la presse de l'époque, les maquis du F.F.S. comprennent de trois cents à six cents hommes pour Le Monde et pour Time Magazine.

vignette|left|Paysage du Djurdjura. Selon Le Monde, les maquisards sont en position de force dans les gros bourgs en Kabylie. Leur présence est mentionnée sur la route de Tizi-Ouzou vers Port-National et Aïn El Hammam (anciennement Michelet), un barrage de soldats du Front des forces socialistes symbolise la délimitation. La vallée qui joint Draâ El Mizan à Boghni, au pieds du massif montagneux du Djurdjura, semble contrôlée par le FSS. De même sur la route Alger-Béjaïa (anciennement Bougie), les localités kabyles paraissent aussi acquises au mouvement insurrectionnel, c'est également le cas des villages implantés au nord-est de la région. Par contre, la ville de Tizi-Ouzou est quadrillée par la gendarmerie nationale fidèle à Alger. Du côté des autorités algériennes, le colonel Tahar Zbiri est nommé chef d'état-major de l'Armée nationale populaire. Les forces gouvernementales contrôlent les villages de « basse-Kabylie » (versant sud du Djurdjura) et les petits ports méditerranéens. De plus le colonel Saïd Abid est à la tête de la septième Région militaire centrée sur la Kabylie, mais selon le FFS la garnison lui est en partie acquise.

Le , la mobilisation générale est décrétée par le régime algérien à l'occasion de la guerre des Sables, un conflit militaire opposant le Maroc et l’Algérie. Les autorités algériennes passent à l'offensive en Kabylie. L'Armée nationale populaire (ANP) tire sur les combattants de la septième Région militaire .

Les premières négociations entre Ahmed Ben Bella et des cadres du FFS sont organisées à la fin d'. À la suite de celles-ci, les autorités algériennes libèrent des prisonniers politiques dont Mohamed Boudiaf, le colonel Salah Boubnider, le lieutenant Allouache emprisonnés depuis plusieurs mois.

Les autorités algériennes présentent le FFS comme une « main étrangère » dont l'objectif est la division du pays. L’éclatement du conflit algéro-marocain marque les esprits avec des médias officiels qui œuvrent pour dramatiser celui-ci et introduire la crainte et la haine du citoyen marocain au sein des familles algériennes : ». Le colonel Mohand Oulhadj, lui aussi membre du FFS, participe au déclenchement de la rébellion contre Ben Bella en Kabylie, mais ne pouvant accepter une guerre civile qui déchire la région alors qu'il existe le conflit algéro-marocain, il décide de rallier le pouvoir algérien. Mohand Oulhadj et ses troupes se déplacent à la frontière marocaine. De même, dans l’Algérois, Lakhdar Bouregaa soutient le ralliement de Mohand Oulhadj et rejoint avec ses hommes la frontière. Ces ralliements affaiblissent le FFS et paraissent comme un succès des autorités pour l'opinion publique algérienne

Début 1964, critiquant les pratiques autoritaires du gouvernement en place, le FFS décide, après un congrès, de reprendre le combat. Les maquisards effectuent de nombreux coups de main contre la gendarmerie nationale et les cadres du F.L.N., en particulier à la veille du congrès d'Alger d'. Ahmed Ben Bella et Houari Boumédiène ripostent. Une milice populaire dirigée par le commandant Mahmoud Guennez est mise en place par Ben Bella pour participer à la répression.

On estime qu'environ 400 rebelles auraient été tués par l'armée algérienne et près de arrêtées. Des centaines de militants et proches de FFS sont torturés dans les commissariats notamment dans le centre de Notre Dame à Alger dirigé par le commissaire Hamadache.

En , Ait Ahmed est arrêté. En 1965, il est condamné à mort par la la Cour de sûreté de l’État, il est gracié par Ben Bella. Il est ensuite déporté à la prison de Tazoult (ex Lambèse), puis transféré à la prison d'El-Harrach d'où il s'évade, en 1966, pour se réfugier en Suisse.

À la suite de tractations, un accord de cessez-le feu est signé entre les autorités algérienne et le FFS. Puis le , après des négociations à Paris menées par chef des maquis du FFS, un accord est acté enterinant notamment la reconnaissance du FFS comme un parti d’opposition. Trois jours plus tard le colonel Houari Boumédiène, le ministre de la Défense, renverse Ahmed Ben Bella lors d'un Coup d'État. Le nouveau régime décide de ne pas appliquer cet accord.

Projet de réhabilitation des victimes

En 2014, le député Ahmed Betatache, premier secrétaire du Front des forces socialistes, propose la réhabilitation des victimes des évènements de 1963-1965 au vote de l'Assemblée populaire nationale (APN). Le projet prévoit que les personnes assassinées, blessées, torturées, emprisonnées ou dont les biens ont été confisqués en raison de leurs participations à la rébellion soient considérées comme des « victimes ». Par ailleurs, il est envisagé de donner une compensation financière aux personnes souffrant d’invalidités à la suite de ces évènements et la restitution des biens confisqué ou du moins un équivalent financier. Mais le bureau de l'APN refuse d'inscrire ce projet de loi à un ordre du jour de l'Assemblée.

Notes et références Notes

Références

Annexes Bibliographie

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Articles connexes Crise de l'été 1962

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