La Sorgue (à ne pas confondre avec la Sorgues, dans l'Aveyron) est une rivière française issue de la fontaine de Vaucluse qui est la plus importante exsurgence de la France métropolitaine.

La Sorgue se partage d’abord en deux en amont de L'Isle-sur-la-Sorgue au niveau du partage des eaux. Elle crée dès lors le « bassin des Sorgues » à partir de deux grands bras, la Sorgue de Velleron et la Sorgue d'Entraigues. Ceux-ci se subdivisent en plusieurs dizaines de cours aux noms différents : Sorgue de Monclar, Sorgue du Pont de la Sable, Sorgue du Travers, Sorgue du Moulin-Joseph, Sorgue de la Faible, Sorgue des Moulins, Sorgue du Trentin, etc.

Tous s’écoulent dans la plaine des Sorgues (entre L'Isle-sur-la-Sorgue et Avignon). Les bras principaux d'Entraigues et de Velleron se rejoignent et se jettent dans l'Ouvèze à Bédarrides. Le canal de Vaucluse ( principal), se sépare de la Rode, déviation de la Sorgue d'Entraigues, au lieu-dit « Les Sept Espassiers » pour se diriger vers Avignon. Il entre dans la ville où il reprend son nom de Sorgue dans la rue des Teinturiers et se jette ensuite dans le Rhône.

Histoire Préhistoire et Antiquité Quelque avant notre ère, la Durance se jetait dans le Rhône, non pas en aval, mais en amont d'Avignon. Son cours partait de Cheval-Blanc pour se diriger vers Vedène, coupant le lit actuel de la Sorgue et rejoignait le fleuve au nord du rocher des Doms. Seuls émergeaient alors la colline de Thouzon et l'oppidum d'Entraigues.. Cela a été mis en évidence par des forages à Saint-Saturnin-lès-Avignon, Jonquerettes et Entraigues-sur-la-Sorgue qui ont révélé un épandage alluvial typiquement durancien sur plusieurs mètres d'épaisseur dans toute la plaine de la Sorgue.

La Sorgue avait trouvé son lit actuel du temps de Strabon puisque celui-ci note dans son Histoire en 43 volumesStrabon, ''Histoire ( / ), IV, 11, référence 1-15. :

La Sorgue, en grec ancien, était donc appelée ( /sulgas/ ). Son nom varia peu sous les Romains puisque Pline l'Ancien cite la résurgence en la désignant comme la nobilis fons SorgæPline l'Ancien, Histoire Naturelle, XVIII, 22, 51..

La colonisation romaine permit la construction d'aménagements durables. Le premier fut l'aqueduc dont on voit encore des vestiges près de la source et qui devait se continuer jusqu'aux portes d'Avenio. Des travaux furent entrepris en plaine afin de drainer les zones marécageuses et de répartir l'eau pour son utilisation tant sanitaire (thermes) qu'agricole (irrigation).

Moyen Âge L'importance du débit de la rivière et de ses différents bras incita des villes à protéger leurs fortifications par des douves alimentées par ces eaux. Ce fut le cas d'Avignon, dès le avec le Canal de Vaucluse, puis de l'Isle, au , dont la première enceinte fut cernée par la Sorgue.

Le droit de pêche était libre dans les rivières publiques, c’est-à-dire navigables, comme le Rhône, la Durance et la Sorgue quand, en 1271, Giraud IV Amic, seigneur du Thor, fit dresser l'inventaire de ses droits, il avait trois pêcheries sur la Sorgue dont il se réservait la moitié des poissons.

Sur l'actuelle commune du Pontet, à Réalpanier, dès 1296, furent installées des blanchisseries puis des moulins à partir de 1317.

Dès 1339, Vaucluse« Vaucluse » est devenue à la création du département « Fontaine de Vaucluse » fut le séjour privilégié de Pétrarque. C’est là que l’éternel amoureux de Laure vint régulièrement écouter « la voix enrouée des eaux ». Le poète explique que ce fut son séjour de prédilection :

thumb|Le réseau des Sorgues représenté sur la carte du Comtat Venaissin gravée par Stephano Ghebellino (vers 1580). Ce fut là, que son serviteur, Raymond Monet, lui apprit l’art de pêcher les écrevisses, les ombles et les truitesÈ. Duperray, François Pétrarque, (1304-1374), Éd. Musée Pétrarque, Fontaine-de-Vaucluse, 1987..

Lors du premier retour de la papauté en Italie, afin d'éviter la récession économique, une bulle pontificale daté du et signée à Rome par Urbain V conseillait à Philippe de Cabassolle, recteur du Comtat Venaissin et gouverneur d'Avignon, d'accorder libertés et privilèges aux meuniers s'installant sur les rives de la Sorgue et de la Durance<ref>Michel Hayez, Éviter la récession économique, souci des papes Urbain V et Grégoire XI au départ d'Avignon, in Avignon au Moyen Âge, textes et documents, IREBMA, Faculté de Lettres d'Avignon, 1989. .</ref>.

Si le droit de pêche était libre, celui d'avoir des moulins était plus restrictif. En 1404, Odon de Villars, lors de son acquisition du fief du Thor, se fit confirmer son monopole sur « les molins tant à bled que foulons » et l'interdiction qu'avaient « tous autres d'en faire construire au même endroit » ou d'en dériver les eaux.

Les eaux de la Sorgue, à l'intérieur d'Avignon, permirent à partir de 1440 de travailler la soie. Plusieurs ateliers sont connus dont ceux des Catalani, des Gilardi et de Jacques Rovago qui pratiquaient filage et tissage. Cet artisanat prit une ampleur « nationale » au siècle suivant.

Renaissance Dès le début du , « l'art de la soie » devint la grande affaire à Avignon. Mais la cité papale, ville étrangère au royaume de France, devait payer des droits de foraine pour toutes marchandises exportées hors de ses murs. François , qui appréciait cette production et qui avait emprunté à la ville, donna d'abord aux Avignonnais le statut de « régnicoles » en 1535, puis les exempta de la foraine en 1544 pour le prix de sa créance. Six ans plus tard, la ville comptait 57 ateliers de soierie et de velouterie. Seule la peste de l'été 1580 put mettre un terme provisoire à cet essor.

Il retrouva pourtant tout son lustre au puisque le travail de la soie (passementiers, veloutiers, taffetassiers) devint l'activité essentielle dans Avignon avec 31 % des métiers recensés. D'autant qu'à cette manne vint s'ajouter la fabrication d'indiennes et que les ateliers d'indienneurs et teinturiers se multiplièrent.

Lors des guerres de religion, le Comtat Venaissin fut ravagé par le baron des Adrets. En septembre 1562, les Islois parèrent à la menace qu'il faisait planer sur leur ville en creusant des fossés qui permirent d'inonder la campagne environnante « à portée de canon par le moyen de l'eau de Vaucluse ».

Un nouveau seigneur du Thor, Rostaing Cadard, qui possédait déjà le « Moulin Brun », se fit construire, en 1576, un nouveau moulin qui le jouxtait. Le même, le , donna autorisation aux consuls du Thor pour :

Un de ses successeurs, Vincens Cadard d'Ancézune, le , fit publier un règlement de police qui notifiait, entre autres, cette règlementation :

Période moderne Ces chicaneries nobiliaires restaient étrangères à Avignon, qui grâce aux eaux pures de la Sorgue, avait continué à développer son industrie de la soie pour arriver à une « trop grande prospérité », comme le jugèrent alors les soyeux de Lyon. Il faut souligner qu'en 1715, année de la mort de Louis XIV, il y avait battants. La pression qu'ils exercèrent au niveau du pouvoir royal fut telle qu'en 1732, le nombre de métiers chuta à 415 et deux ans plus tard, il n'en était plus dénombré que 280. À la vindicte des Lyonnais s'était ajoutée celle des soyeux de Nîmes puis de Tours. La concurrence entre ces grands centres de la soie fut réglée par le Concordat du . Ce qui permit à Avignon de voir son industrie se maintenir avec 467 métiers en 1746, puis 550 en 1755. Puis, elle put retrouver son plus haut niveau en 1786 avec battants.

En 1767, Philippe-Guillaume de Grammont, nouveau seigneur du Thor, voulut empêcher les Thorois d'user de leur droit de pêche dans le réseau des Sorgues. Les consuls l'assignèrent devant le Parlement d'Aix qui le débouta de ses prétentions. Au cours du dernier quart du , les mêmes consuls firent réaliser une prise en maçonnerie sur le bras de la Sorgue de Monclar pour alimenter en eau le Réal de Monclar. Celui-ci s'était substitué à un ancien canal d'irrigation, puisque le Réal de Monclar arrose un quartier dénommé « la Garonne » qui nomme en occitan un canal d'assèchement ou d'irrigation.

Mais, à la veille de la Révolution, des aléas climatiques s'accumulèrent. Ce fut d'abord une pénurie de cocons de vers à soie en 1787, suivie d'une récolte de blé déficitaire l'année suivante, puis d'un hiver glacial en 1788-1789. Avignon vit alors s'effondrer son industrie de la soie. Les fermetures d'ateliers, filatures et manufactures réduisirent les métiers à 473. L'activité repris pourtant dès 1803, année où furent comptabilisés . L'apogée fut atteint en 1830 avec recensés. Puis ce fut l'irrémédiable agonie à partir de 1848. En 1856, il ne restait plus que neuf fabriques employant 318 ouvriers et seulement deux en 1875 faisant travailler 67 personnes dont 50 enfants.

Période contemporaine Pourtant tout au long du , près de cent cinquante manufactures exploitaient toujours l’énergie motrice fournie par la Sorgue tant en zone rurale qu'en ville (Avignon, le Thor et l'Isle-sur-la-Sorgue). Les roues à aubes actionnaient différents appareillages. dont des moulins à foulon ou à farine, des machines à triturer la garance, à moudre le marc de colza, à filer la laine ou la soie. Elles servaient aussi à l'irrigation des cultures. Et lors de l'apparition du phylloxéra, le docteur Seigle, qui avait introduit au Thor la culture du chasselas, put sauver une partie de ses vignes en les inondant avec l'eau de la Sorgue.

La force hydraulique fut même transformée en force électrique. Ce fut le cas sur la commune du Thor quand, au cours du mois d'octobre 1889, la municipalité, qui avait acquis l'ancienne usine Lajard qui traitait la garance, y fit installer une turbine actionnée par une chute d'eau de pour alimenter en électricité la ville.

Une des plus anciennes installations sur la Sorgue est, sans conteste, le moulin Reydier sur la commune du Thor. En fonction depuis 1595, il a eu maintes affectations jusqu'au milieu du . Tout d'abord, moulin à draps au , il fut ensuite affecté au triturage de la garance, le , puis il devint un moulin à farine en 1860, avant d'être transformé en tannerie et enfin en une usine de foulage et de tissage de la laine. Sa dernière affectation fut celle d'usine à carrelages et à ciment juste après la Seconde Guerre mondiale.

L'Isle-sur-la-Sorgue, dont les nombreuses roues à aubes ont actionné moulins, filatures, papeteries, teintureries, a conservé, même si elle n'utilise plus la force hydraulique depuis longtemps, une fabrique de tapis créée en 1808, et qui commercialise sa production sous le nom de « Tapis d'Avignon Les Tapis d'Avignon» thumb|Mécanisme du moulin à papier à Fontaine-de-Vaucluse. À Fontaine-de-Vaucluse, les eaux de la résurgence firent d'abord mouvoir des moulins à foulon ou à farine. Puis, les roues à aubes furent utilisées pour fournir de l'énergie à des usines, en particulier des papeteries. La dernière ferma en février 1968 et les municipalités successives firent démolir les bâtiments abandonnés jugés ruineux et hideux. Sur l'emplacement d'une de ces usines désaffectées, a été créé, en 1975, le site de « Vallis Clausa ». C'est la reconstitution d'un moulin à papier du mû uniquement par la force hydraulique.

Six siècles après Pétrarque, une autre grande voix s'éleva pour chanter les eaux de la Sorgue. Natif de l'Isle, René Char, dans un de ses poèmes du recueil Fureur et mystère, rima : « Rivière des égards au songe, rivière qui rouille le fer, Où les étoiles ont cette ombre qu'elles refusent à la mer.

Rivière des pouvoirs transmis et du cri embouquant les eaux, De l'ouragan qui mord la vigne et annonce le vin nouveau.

Rivière au cœur jamais détruit dans ce monde fou de prison, Garde-nous violent et ami des abeilles de l'horizonRené Char, Fureur et mystère, dans La fontaine narrative, Éd. Gallimard, Paris, 1948..»

Étymologie