Giorgio Napolitano, né le à Naples et mort le à Rome, est un homme d'État italien, président de la République italienne du au .
Licencié en droit, il fait d’abord partie des Groupes universitaires fascistes (GUF), avant de s'engager au sein de la Résistance au régime de Benito Mussolini.
Adhérant au Parti communiste italien (PCI) après la Seconde Guerre mondiale, il est député de 1953 à 1963, puis sans discontinuer de 1968 à 1996. Il fait partie des soutiens les plus actifs du courant réformiste du PCI, qui donne naissance au Parti démocrate de la gauche (PDS) en . Tandis qu'il siège au Parlement européen dès , il est président de la Chambre des députés de à .
Ministre de l'Intérieur dans le premier gouvernement de Romano Prodi de à , il est le premier titulaire anciennement communiste de ce ministère régalien. Il retrouve les bancs du Parlement européen en avant d'être nommé sénateur à vie par le président Carlo Azeglio Ciampi en .
Il est élu président de la République au quatrième tour de l'élection présidentielle de 2006, devenant ainsi le premier ancien communiste élu au palais du Quirinal. En 2011, alors que l'Italie est confrontée à une sévère crise économique et financière, il obtient la démission du président du Conseil Silvio Berlusconi, puis nomme pour lui succéder l'économiste Mario Monti. Cette période voit alors s'accroître, d'une manière encore inédite, l'importance du pouvoir du chef de l'État.
Alors qu'il ne voulait pas concourir à sa propre succession, il est réélu chef de l'État lors de l'élection présidentielle de 2013, après l'élection d'un Parlement sans majorité ayant entraîné une importante crise politique ; il est alors le premier président de la République sortant reconduit pour un second mandat. Ayant prévenu qu'il n'assumerait pas ce second mandat jusqu'à son terme, il démissionne en 2015 et redevient sénateur à vie.
À la fin de sa vie, âgé de 98 ans, il est le doyen du Sénat de la République et, plus généralement, du Parlement de la République italienne. Il est par ailleurs le président de la République italienne à avoir vécu le plus longtemps.
Situation personnelle Études et engagement dans la Résistance En 1942, Giorgio Napolitano, fils de l'avocat libéral Giovanni Napolitano, s'inscrit à la faculté de droit de l'université de Naples Federico II ; il est alors intégré comme tous les étudiants italiens, en cette époque, dans les Groupes universitaires fascistes (GUF), mais, parallèlement, s'engage dans la Résistance contre le régime fasciste. C'est durant cette période que naît sa sympathie pour le Parti communiste italien (PCI), qu'il intègre en 1945, après la fin de la Seconde Guerre mondiale « Napolitano élu président de la République italienne », LCI, ..
Pendant ses études, Giorgio Napolitano se passionne pour la littérature, le théâtre et la poésie, des arts qu'il étudiait au lycée avec des amis comme Francesco Rosi, Giuseppe Patroni Griffi et Raffaele La Capria. En 1947, il obtient une licence en droit avec une thèse d'économie politique..
Vie privée et familiale En 1959, Giorgio Napolitano, alors parlementaire, épouse Clio Maria Bittoni lors d'une cérémonie civile, comme il était de coutume pour les cadres et les membres du Parti communiste italien. Née en 1934 à Chiaravalle « Clio Bittoni Napolitano »., Clio Maria Bittoni est une avocate spécialisée dans le droit du travail ; elle rencontre celui qui deviendra son époux alors qu'elle travaille dans un cabinet d'avocats romain. De ce mariage naissent deux fils, prénommés Giovanni (1961) et Giulio (1969). Travaillant au service de la Ligue coopérative (ou Legacoop), elle quitte ces responsabilités après l'élection de son mari, en 1992, à la présidence de la Chambre des députés.
Parcours politique Du PCI au PDS gauche|vignette|Enrico Berlinguer et Giorgio Napolitano dans les années 1970.
En 1945, après la fin de la Seconde Guerre mondiale, Napolitano, après avoir rejoint le Parti communiste italien, est élu député en 1953 pour la première fois. En 1956, à la suite de l'écrasement de l'insurrection de Budapest par les chars soviétiques, il appuie l'action de l'URSS, qu'il qualifie de contribution à la paix mondiale, quand bien même Antonio Giolitti et d'autres éminents dirigeants quittaient le PCI « Napolitano non venga a Budapest Con il Pci appoggiò i russi invasori », Il Giornale, .. A posteriori, il considère que le PCI, s'il se distinguait déjà à l'époque d'un parti purement stalinien du fait de ses idéaux démocratiques issus de l'antifascisme, était encore prisonnier du qui faisait partie de son politique, et dont il a été par la suite nécessaire de se libérer« Napolitano: il mio cammino verso il Quirinale "Mito dell'Urss fu anche una prigione per il Pci" », La Repubblica, 9 juin 2012.. À plusieurs reprises, Napolitano prit part au comité national du parti, devenant un de ses dirigeants les plus influents jusqu'à la mutation du parti vers 1991 ; ses idées politiques penchaient cependant à droite au sein de son parti.
À partir des années 1970, Giorgio Napolitano est, aux côtés du secrétaire général Enrico Berlinguer, l'un des principaux défenseurs de l'évolution réformiste du Parti communiste italien. Sous l'influence de son aile modérée, le PCI devient progressivement dans les faits, tout en demeurant officiellement allié à l'URSS, un parti de type social-démocrateStéphane Courtois (directeur), Dictionnaire du communisme, Paris, Larousse, 2007, pages 441-447.Simona Colarizi, Storia del Novecento italiano : Cent'anni di entusiasmo, di paure, di speranze, BUR Rizzoli, 2000, pages 367-368.. Napolitano est, comme Berlinguer, un partisan convaincu du courant eurocommuniste, qui conduit le PCI à remettre en cause la conception soviétique du communisme« Le dieci parole del Presidente », article sur le site de l'Encyclopédie Treccani..
En 1991, après l'auto-dissolution du PCI et sa transformation en Parti démocrate de la gauche (PDS), Napolitano adhère à ce nouveau parti de gauche modérée, comme la majorité des cadres ex-communistes tel Massimo D'Alema ; les orthodoxes comme Armando Cossutta fondent de leur côté, le Parti de la Refondation communiste (PRC)« Italie - Au terme de leur congrès - Les nostalgiques du PCI ont créé le Parti de la refondation communiste », Le Monde, .. Le PDS sera, par la suite, remplacé par les Démocrates de gauche (DS).
Député et président de la Chambre upright|gauche|vignette|Giorgio Napolitano, alors président de la Chambre des députés, en 1992. Giorgio Napolitano est député de 1953 à 1963, puis, sans discontinuer, de 1968 à 1996. Au palais Montecitorio, le député Napolitano assume des responsabilités politiques de premier plan : président du groupe des députés communistes de 1981 à 1986, il siège sur les bancs de la Commission des Affaires étrangères de 1984 à 1992.
Le , Giorgio Napolitano est élu président de la Chambre des députés au de scrutin, ayant recueilli des ayant pris part au vote ; il prend, à ce titre, la succession d'Oscar Luigi Scalfaro, élu président de la République le précédent. Giorgio Napolitano est le troisième homme politique ayant appartenu au parti communiste élu à la troisième charge de la République, après Pietro Ingrao et Nilde Iotti. Respecté par la majorité comme par l'opposition de centre-droit pour sa modération « Giorgio Napolitano nouveau président de la République italienne », Euronews, ., Napolitano doit exercer cette fonction dans un contexte difficile pour la classe politique, purgée par l'opération Mani pulite, menée par des juges contre la corruption dominante. Son mandat s'achève avec la dissolution du Parlement décidée par le président Scalfaro, en 1994 ; c'est la jeune députée Irene Pivetti, membre de la Ligue du Nord, qui lui succède à la présidence de la chambre basse.
Après avoir quitté la présidence de la Chambre, Napolitano retrouve la Commission des Affaires étrangères, au sein de laquelle il siège jusqu'en 1996.
En 2003, le président de la Chambre des députés, Pier Ferdinando Casini, propose à Giorgio Napolitano la présidence, honorifique, de la Fondation de la Chambre, une association gérant les archives de la Chambre basse ; une charge acceptée par Napolitano, qui présidera cette institution jusqu'à ce qu'il soit nommé sénateur à vie, le , par le président de la République, Carlo Azeglio Ciampi.
Député européen En 1989, Napolitano est élu membre du Parlement européen. Il occupe ses fonctions de député européen jusqu'en 1992, lorsqu'il fut élu président de la Chambre des députés en Italie.
En 1999, Giorgio Napolitano est à nouveau élu au Parlement européen. Il s'implique dans son travail, assumant notamment la présidence de la commission des affaires constitutionnelles jusqu'en 2004, année lors de laquelle il ne se représente pas.
Ministre de l'Intérieur Le , bien qu'il n'ait pas été réélu député, Giorgio Napolitano est nommé ministre de l'Intérieur et prête serment, comme les autres ministres du premier gouvernement de Romano Prodi, au palais du Quirinal, devant le président Oscar Luigi Scalfaro. C'est en cette qualité qu'il propose, avec la ministre pour la Solidarité sociale, Livia Turco, la construction de centres de détention pour les immigrants illégaux.
Giorgio Napolitano, premier ministre de l'Intérieur issu des rangs de l'ex-PCI, quitte ses fonctions le , du fait de la démission du premier cabinet de Prodi.
Élection présidentielle de 2006
Le nom de Giorgio Napolitano s'impose dans la course à la succession du président Carlo Azeglio Ciampi après que celui-ci a publiquement annoncé qu'il ne sollicitait pas un second mandat, au mois d'. Ancien président de la Chambre des députés, sénateur à vie depuis quelques mois, Napolitano est alors présenté comme un candidat sérieux pour la présidence de la République italienne.
Alors que l'éventuelle élection de Massimo D'Alema au palais du Quirinal était sérieusement envisagée, le chef de la coalition majoritaire au Parlement, Romano Prodi, apporte son soutien à la candidature de Giorgio Napolitano, âgé de 80 ans. Lors des trois premiers tours de scrutin nécessitant la majorité des deux-tiers pour être élu, celui-ci ne recueille qu'un nombre très restreint de suffrages, oscillant entre , avant d'être élu, le , président de la République au quatrième tour de scrutin nécessitant la majorité absolue, avec sur grands électeurs.
Président de la République
Investiture pour son premier mandat Premier chef de l'État issu de l'ex-PCI, troisième président situé au centre-gauche de l'échiquier politique et deuxième sénateur à vie élu à la magistrature suprême, il prête serment le devant les sénateurs, les députés et les représentants des régions convoqués en session conjointe. Âgé de , Giorgio Napolitano succède au président sortant Carlo Azeglio Ciampi, devenu sénateur à vie comme ancien chef de l'État.
Dans le long discours d'investiture qu'il prononce après sa prestation de serment, le nouveau président de la République italienne évoque des sujets aussi variés que l'unité du pays, la réforme des institutions et l'engagement de l'Italie vis-à-vis de l'Union européenne, qu'il présente comme une « seconde patrie » pour les Italiens. Réclamant « plus de justice et de cohésion sociale », Giorgio Napolitano dit espérer être entendu dans « l'Italie profonde, l'Italie des cent provinces, l'Italie de la fatigue quotidienne et de la volonté de progresser », louant les ressources qu'offrent les institutions régionales et l'apport citoyen à la collectivité « Message du Président de la République devant les Chambres réunies le jour de sa prise de fonction », site officiel de la présidence de la République italienne, ..