Les Sonates en trio sont un ensemble de quatre sonates en trio de la compositrice française Élisabeth Jacquet de La Guerre, écrites en 1695.

Contexte et création C'est en 1695 qu'Élisabeth Jacquet de La Guerre compose ses sous l'influence probable du cénacle de Nicolas Mathieu, où elle a pu entendre les œuvres contemporaines des compositeurs italiens. Les sonates ont été copiée par Sébastien de Brossard la même année. Cependant, les parties séparées écrites par Brossard présentent des divergences par rapport à la partition : chiffrages supplémentaires, ornements, changements de rythme ou de mesure, nuance, indication de tempo en italien.

Structure Le corpus se compose de quatre sonates en trio. Cependant, des deux sources qui nous sont parvenues (partition et parties séparées), l'ordre des sonates diverge : PartitionParties séparéesSonata I. en sol mineurSuonata I. en si majeurSonata II. en si majeurSuonata II. en do mineurSonata III. en ré majeurSuonata III. en ré majeurSonata IV. en do mineurSuonata IV. en sol mineur

Analyse Les sonates de la compositrice ne comportent pas de nombre de mouvements fixe, allant de cinq à huit, alternant généralement tempo vif et tempo lent. Cependant, toutes les sonates débutent par une introduction Grave propre à la sonate d'église. Le dernier mouvement n'est pas nécessairement à un tempo rapide ou lent. De plus, la longueur de chaque mouvement est aussi très variable, certains adagios servant de conclusion à un mouvement rapide ne sont que de quelques mesures. Cinq des six sonates (l'exception étant celle en si majeur) comprennent une Aria, qui équivaut à lAir français des sonates de François Couperin ou de Jean-Féry Rebel.

La compositrice ne reste que très rarement dans une seule et même tonalité, présentant souvent des modulations dans le ton homonyme, qu'il soit majeur ou mineur. On trouve également des emprunts dans le ton relatif, ceux de la dominante ou de la dominante du relatif, voire parfois des tons plus éloignés encore. Ces changements de tonalité permettent un plus grand contraste entre les mouvements. Elle joue aussi sur le nombre d'instruments, parfois offrant le rôle de soliste à la basse de viole, ou ne laissant jouer qu'un violon.

Sonata I. en sol mineur

Grave Le premier temps est marqué par un accord parfait à la basse dans la tonalité de sol mineur. Les deux violons jouent à la tierce et sur des rythmes pointés brodant autour de notes pivots sur une pédale de tonique. Le dialogue s'établit ensuite pour donner un changement du diatonisme vers le chromatisme, avec des harmonies de quinte diminuée ou de septième diminuée.

Presto ou Prestissimo Ce mouvement utilise l'arpège et une incise rythmique dans un style très italien, d'abord exposé au premier violon. Le thème est reprit à tous les instruments, soit en imitation soit en homophonie.

[Adagio] Le troisième mouvement est en contraste avec le précédent, notamment par la tonalité de fa majeur, ainsi que par son écriture. Deux figures rythmiques se côtoient dans ce mouvement, le premier en valeurs blanches et en mouvement descendant conjoint, le second en triolet de croches.

Presto Le thème est joué d'abord à la basse. Les deux motif du matériau sont des notes répétées (motif a) puis une guirlande de doubles croches (motif b) et ces deux motifs sont présents dans l'ensemble du mouvement.

Adagio Ce bref mouvement est construit sur une pédale de mi majeur. Les violons jouent une mélodie au dessin en arche en valeur longues de blanches, brodées dans les dernières mesures du mouvement.

Presto ou Récit de basse Ce mouvement vif reste dans le ton du précédent, mais se différencie par un jeu de l'orgue et de la basse d'archet dans ses aigus, jouant une phrase en doubles croches qui progresse par marches descendantes. Après cette énonciation, la basse continue reprend son rôle tandis que le premier puis le second violon reprennent en imitation la phrase jouée précédemment.

Aria affettuoso ou Aria adagio L'''Aria affettuoso a un premier motif en carillon à l'aspect très français.

Allegro La sonate se clôt dans un mouvement en sol majeur, où la basse est notée plusieurs fois , ne jouant pas la réalisation harmonique mais seulement la ligne de basse. Cependant la fin du mouvement est en sol mineur avec de longues tenues des violons, un discours dans le grave de la viole de basse et une reprise du motif du début du mouvement.

Sonate II. en si bémol majeur

Grave L'introduction expose une phrase en rythmes pointés au deuxième violon, qui est reprise en imitation au premier violon et est jouée dans plusieurs tonalités. Un second motif en rythmes pointés intervient avant la conclusion dans un dialogue entre les deux violons et la basse continue.

Allegro Le mouvement débute sur une pédale de dominante de sol mineur. Le motif n'est qu'esquissé par le premier violon et présenté entièrement au second avant d'être repris en mouvement parallèles ou en imitation. La section qui suit est un jeu d'imitation d'une phrase en croches, entre les deux violons et la basse continue.

[Adagio] Ce troisième mouvement reste en sol mineur et présente une mélodie en grands intervalles qui se conclut par un dialogue en arpèges des deux violons.

Allegro e presto LAllegro e presto est dans la tonalité de si bémol majeur avec un motif en double croche en imitation aux trois parties.

Récit allégro ou Récit de violle Ce mouvement présente des rythmes syncopés avant d'unir la viole à l'orgue pour donner une formule obstinée en croches. La phrase est reprise pas moins de quatorze fois avec des variantes tandis que les violons ont leur propre discours.

Adagio Le mouvement final débute en fa majeur mais se conclut en si bémol majeur. L'écriture en arpège rappelle le premier adagio de la sonate.

Sonata III. en ré majeur La troisième sonate en trio présente une grande similarité des thèmes du deuxième, sixième et septième mouvement, qui se pratique beaucoup dans la musique italienne de l'époque, notamment chez Biagio Marini et Arcangelo Corelli.

Grave Le premier mouvement déroule une mélodie qui se joue sur une octave au premier violon. Le motif réapparaît au cours du mouvement, dans la tonalité de la dominante, puis en ré majeur. La compositrice travaille également le saut de quinte présent dans ce motif. Elle joue également sur des retards de neuvième et de septième qui donnent un caractère sombre et méditatif au mouvement.

Vivace e presto – Adagio Le deuxième mouvement est enchaîné et joue sur un rythme de syncope du début à la fin. Un court adagio de cinq mesures module dans l'homonyme mineur.

Allegro Le troisième mouvement est en contraste avec le précédent par ses valeurs en noires régulières. Il se conclut sur une pédale de dominante de quatre mesures.

Adagio Ce mouvement est aussi enchaîné au précédant, et présente de nombreuses harmonies modulantes.

Allegro Le cinquième mouvement s'ouvre sur des sauts de quartes ascendantes au début du mouvement tandis que la réponse se fera en saut de quintes descendantes dans le grave. Chaque section est ponctuée d'hémioles. Il se conclut dans le mode mineur, tonalité qui reste pour le mouvement suivant.

Aria affettuoso L'''Aria présente deux thèmes joués alternativement, tandis qu'un troisième motif à la basse de viole s'intercale momentanément.

Allegro Si le dernier mouvement débute en la majeur, il se conclut dans la tonalité principale. Ici, la tête du premier thème est longuement exploitée en imitation aux violons.

Sonate IV. en do mineur

Grave Dans le premier mouvement, la compositrice joue sur la dramaturgie avec un motif de silence sur le premier temps et un motif de blanche en accord sur les deux autres. La tension dramatique est maintenue par de riches harmonies dans d'autres sections du mouvement.

Vivace Le deuxième mouvement présente deux motifs, un à la basse puis au second violon, l'autre au premier violon. Les deux motifs sont ensuite permutés dans les trois parties. Un troisième élément apparaît à partir de la mesure 19, prenant la forme d'un trait ascendant de doubles croches. D'autres motifs interviennent également au cours du mouvement.

Largo Ce troisième mouvement est en sol mineur.

Vivace – Adagio Le second Vivace est dans un style fugué. Le thème revient à maintes reprises, parfois en s'insinuant au milieu d'autres éléments. Ce mouvement, comme le précédent, présente une grande richesse mélodique autant que rythmique. La cadence, ornée et notée legato au premier violon amène sur la dominante après une cadence phrygienne.

Aria affettuoso [Adagio] – Allegro – Adagio Le dernier mouvement débute par l'aria qui est de forme tripartite ABA' où A et A' sont écrits adagio en do mineur, tandis que la partie B est allegro en do majeur. Le thème est d'abord exposé en imitation à la basse et au premier violon, avant d'être travaillé dans tout le mouvement. La dynamique générale est donnée par les variations de tempo, de mode et d'instrumentation. La section B reprend le motif à la basse de viole. La deuxième section de la partie B présente un nouveau matériau thématique, très différent, mais présentant elle aussi la cellule du matériau principal. La reprise de A est identique dans les huit premières mesures avec une interversion du premier et du second violon. Le motif initial est à nouveau travaillé aux deux violons en mouvement parallèles ou en imitation, modulant dans plusieurs tonalités avant de revenir dans le ton principal de la sonate par le biais d'une longue pédale de dominante.

Références

Bibliographie

Liens externes

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