Asifa Majid est une linguiste britannique née en 1974. Elle enseigne les sciences cognitives à l'université d'Oxford.. Ses travaux de recherche visent à établir des traits fondamentaux du langage humain en les distinguant des aspects de la cognition qui relèvent de la culture ou de la langue.. Cela passe par la production de données linguistiques aussi bien psychologiques qu'ethnologiques.
Biographie Majid entame sa carrière de chercheuse à l'université de Glasgow, où elle obtient un PhD en psychologie. De 2001 à 2012 elle travaille à la section de psycholinguistique de l'Institut Max Planck à Nimègue. En 2012 elle devient professeure de cognition du langage, de la communication et de la culture à l'Université Radboud de Nimègue où elle est chercheuse principale à l'Institut Donders. De 2012 à 2017, elle est titulaire d'une bourse de recherche de l'organisation néerlandaise pour la recherche scientifique appliquée pour étudier la cognition olfactive et le langage dans une approche interculturelle.
En 2018 elle est nommée professeure titulaire à l'université d'York. En 2022 elle devient professeure de sciences cognitives au département de psychologie expérimentale de l'université d'Oxford.
Majid est membre de l'Academia Europaea depuis 2013. Elle a également été membre du conseil d'administration (2016-2022) et présidente (2019-2020) de l'Association for Psychological Science.
Travaux
Un entre-deux relativiste Le relativisme linguistique associé à Edward Sapir et Benjamin Lee Whorf est une théorie influente au début du siècle. Il s'agit de l'hypothèse que la langue affecte la façon dont on pense.
Il est vite supplanté par les théories universalistes des années 1970-1990 comme le computationnalisme, derrière Hilary Putnam et Jerry Fodor, et la grammaire générative de Noam Chomsky, qui cherchent à expliquer le langage par des propriétés universelles du cerveau humain. On dénonce alors le manque de preuves empiriques du relativisme, souvent carricaturé par l'exemple des mots esquimaux pour désigner la neige mobilisé par Whorf.
Dans les années 1990, la validité empirique de l'hypothèse relativiste est à nouveau défendue par certains chercheursLucy, J. A. (1992). Language diversity and thought: A reformulation of the linguistic relativity hypothesis. Cambridge University Press.Gumperz, J. J., & Levinson, S. C. (1991). Rethinking linguistic relativity. Current Anthropology, 32, 613 – 623.. L'idée d'un entre-deux théorique qui cherche à montrer les effets de la langue sur la pensée sans nier l'existence de caractéristiques universelles du langage humain se fait jour. Asifa Majid incarne cette position. Elle cherche à produire des données fiables afin de justifier un relativisme encore débattuIntroduction to topiCS Volume 15, Issue 4. By: Bender, Andrea, Topics in Cognitive Science, 17568757, Oct2023, Vol. 15, Issue 4. Elle essaie notamment de trouver des variations culturelles dans des schémas universels du langage.
L'étude des sens dans le langage Olfaction Les études de Majid s'inscrivent dans l'hypothèse de la prévalence typologique qui veut qu'il y ait une hiérarchie universelle des sens dans le langage. Ainsi, les enfants apprendraient prioritairement les verbes de vision et d'audition par disposition naturelle mais aussi du fait de la structure du langageGentner, Dedre & Bowerman, Melissa. (2009). Why some spatial semantic categories are harder to learn than others: The typological prevalence hypothesis. Crosslinguistic approaches to the psychology of language: Research in the tradition of Dan Isaac Slobin, 465-480 (2009).. Elle contribue à montrer que les verbes de vision ont la place la plus importante dans les langues humaines, suivis par les verbes d'audition, de toucher, de goût, et d'olfactionVision Verbs Emerge First in English Acquisition but Touch, Not Audition, Follows Second By: Lila San Roque, Elisabeth Norcliffe, Asifa Majid, Cognitive Science, 0364-0213, , Vol. 48, Issue 6.
Elle étudie la langue Jehai et montre que l'olfaction y a une place particulièrement importante. Les Jehai ont 12 mots pour qualifier les odeurs comme des couleurs qualifieraient la vue. Lorsqu'on demande à des anglophones de qualifier des odeurs, elle montre qu'ils y arrivent avec moins de succès que les JehaiMajid, Asifa. 2015. “Putting Whiffs into Words.” New Scientist 225 (3014): 27. EBSCOhost..
Audition En 2015, Majid remporte le prix Ammodo KNAW pour la recherche fondamentale, ce qui lui donne l'opportunité de commencer un programme de recherche autour de la signification culturelle des concepts, ainsi que de l'évolution de leur signification pour les individus à travers le temps. En plus de la comparaison d'une soixantaine de langues à l'aide de bases de données, elle s'intéresse spécifiquement à la façon dont l'audition est perçue dans les langues.
Elle mène une expérience auprès de deux groupes d'enfants. Dans l'un, la langue maternelle est le Néerlandais, tandis que dans l'autre c'est le Turc. L’étude cherche à comprendre comment les enfants associent hauteur sonore et dimensions spatiales. Le Néerlandais la décrit en termes de hauteur : les sons sont « hauts » ou « bas ». Le Turc, lui, parle de sons « fins » ou « larges ». En testant des enfants de 5 à 11 ans, les chercheurs montrent que les associations entre hauteur sonore et épaisseur apparaissent tôt et de manière relativement stable, indépendamment de la langue.
En revanche, les associations entre hauteur sonore et hauteur spatiale sont plus tardives et dépendent davantage de l’apprentissage linguistique : elles ne deviennent fiables chez les enfants néerlandais qu’autour de 11 ans, lorsque le vocabulaire correspondant est pleinement maîtrisé, tandis que les enfants turcs tendent à les inverser. L’étude conclut que certaines correspondances perceptives sont relativement universelles, mais que le langage peut orienter le développement de certaines représentations musicales, ce qui suggère que la cognition musicale se construit en partie à travers l’expérience linguistique et culturelleDolscheid S, Çelik S, Erkan H, Küntay A, Majid A. Children’s associations between space and pitch are differentially shaped by language. Developmental Science. 2023;26(5):1-13. doi:10.1111/desc.13341.
Notes et références
Liens externes
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