vignette|L'étendue complète de l'empire d'Alexandre le Grand, constitué au alors qu'il s'efforçait de conquérir les terres d'Asie et de Méditerranée. L'expansionnisme est l'accroissement de la souveraineté d'un État par l'adjonction de territoires exogènes, processus opérant généralement par l'édification d'un empire ou par le colonialismeUne autre définition considère « l'expansionnisme » comme « un désir d'annexer des territoires supplémentaires » pour des raisons telles que des besoins perçus en « espace vital » ou en ressources, l'intimidation de rivaux ou la projection d'une idéologie.. Lors de la phase paradigmatique des conquêtes, la légitimation éthique de l'annexion foncière au détriment d'une entité politique constituée procède fréquemment d'un pragmatisme laconique ; elle s'étaye alors sur le postulat du droit du plus fort, érigeant la puissance coercitive en fondement de la licéité internationale.
L'évolution des paradigmes relatifs à l’État-nation, singulièrement pour ce qui a trait aux prérogatives intrinsèques des administrés, favorise l'émergence d'argumentaires d'une complexité accrue. L'anomie consécutive à l'effondrement d'une structure étatique, les impératifs de réunification ou les doctrines du pan-nationalisme constituent des leviers rhétoriques destinés à asseoir la légitimité d'une politique d'accroissement territorial. Ces motifs sont principalement mobilisés lorsque l'objectif affiché consiste en la reconquête de provinces aliénées ou en l'appropriation de domaines patrimoniaux. En l'absence de substrat historique tangible, les promoteurs de l'expansionnisme distillent parfois des idéologies fondées sur le concept de « terre promise ». Ces constructions intellectuelles s'étayent fréquemment sur un pragmatisme téléologique, postulant que les territoires convoités échoient, par une nécessité inéluctable, à la puissance hégémonique pressentie.
Théories L'analyse de la croissance des entités politiques s'articule autour de paradigmes sociologiques et économiques pérennes. Ibn Khaldoun postule que l'émergence des dynasties repose sur l'asabiyya, cette cohésion sociale organique qui confère aux structures naissantes une propension à la dilatation territoriale illimitéeThe Muqadimmah, 1377, pages 137–256. Cette dynamique de puissance trouve un écho séculaire dans les travaux de l'économiste Nikolaï Kondratiev, lequel théorise le développement du capitalisme selon des cycles de cinquante ans. Ces oscillations, alternant phases d'exubérance et de marasme, procèdent du renouvellement constant des innovations technologiques. Dans cette succession de cycles, des nations telles que le Royaume-Uni, l'Allemagne, les États-Unis, le Japon et, ultérieurement, la Chine, occupent successivement une position hégémonique. Sur le plan de la sociologie politique, Crane Brinton, au sein de son étude Anatomie de la révolution, identifie le processus révolutionnaire comme un vecteur cardinal de l'expansionnisme, ainsi qu'en témoignent les trajectoires de la Russie stalinienne, de l'Empire napoléonien ou des États-Unis. À l'inverse, une approche plus psychologisante, portée par Christopher Booker, suggère que certaines phases d'expansion, à l'instar de celle observée au sein de l'Union européenne, relèvent d'une « étape onirique ». Ce stade, bien que marqué par une apparente prospérité, demeure structurellement labile et précaire. Enfin, les recherches récentes publiées en 2023 mettent en exergue le rôle moteur des agents périphériques. L'accroissement territorial résulte fréquemment d'initiatives autonomes prises par des subalternes opérant aux confins de l'État, hors de toute injonction souveraine du pouvoir central. Une fois le territoire investi, les autorités métropolitaines se trouvent dans l'incapacité de procéder à une rétrocession, entravées par la théorie des coûts irrécupérables, par les contingences de la politique intérieure et par l'impératif de la dignité nationale.
Exemples vignette|250x250px|Expansion de l'Empire mongol de 1206 à 1294|gauche L'expansionnisme constitue un phénomène universel, dont les manifestations transcendent les clivages géographiquesSee Abernethy (2009); Darwin (2008)Wade, (2014).. L'impérialisme et le colonialisme islamique procèdent des conquêtes initiales de l'Hégire, se perpétuent sous l'égide des califats successifs et s'étiolent lors du démembrement de l'Empire ottoman. Au cours des , la Sublime Porte entame une phase d'accroissement territorial. Cette hégémonie culmine en 1453 lorsque Mehmed II, dit le Conquérant, s'empare de Constantinople, scellant ainsi la disparition de l'Empire romain d'Orient.
vignette|250x250px|Expansion du tsarisme de Russie de 1547 à 1725 L'accession de Nicolas au trône en 1825 inaugure une ère de prédilection pour l'autocratie et l'expansionnisme territorial. Sous son égide, l'Empire russe engage des hostilités victorieuses contre la Perse (1826-1828) puis l'Empire ottoman (1828-1829), consolidant son hégémonie régionale. Cette dynamique belliqueuse se manifeste également par la conculcation des velléités d'indépendance des peuples caucasiens et par l'étouffement rigoureux de l'insurrection polonaise de 1830. Fidèle aux principes de la Sainte-Alliance, le souverain déploie en 1848 son armée en territoire austro-hongrois afin d'y annihiler le soulèvement magyar. Parallèlement, le pouvoir central instaure une politique d'acculturation forcée, visant à l'assimilation des minorités ethniques au sein de l'appareil impérial. En 1853, l'exacerbation du sentiment panslaviste précipite un nouveau conflit avec l'Empire ottoman. Cette déstabilisation de l'équilibre oriental suscite l'intervention militaire de la France et du Royaume-Uni, dont les corps expéditionnaires investissent la péninsule de CriméeOrlando Figes, Crimea (Penguin, 2011), chapter one.
Sous l'égide de Benito Mussolini, l'Italie fasciste s'assigne pour dessein la restauration d'une hégémonie impériale en Méditerranée, érigée en Mare Nostrum. Cette politique d'expansionnisme territorial se cristallise autour de la doctrine du « Spazio vitale », pivot conceptuel dont la finalité et les modalités s'apparentent au Lebensraum allemand ou à la « Destinée manifeste » américaine. La mise en œuvre de cette ambition se traduit par une succession d'agressions militaires : l'invasion de l'Éthiopie en 1935, l'annexion de l'Albanie au début de l'année 1938, puis l'offensive contre la Grèce. L'idéologue Giuseppe Bottai s'attache à légitimer ces conquêtes en inscrivant l'action contemporaine dans la filiation historique et symbolique de la Rome antique.
À compter de 1937, le Troisième Reich, sous l'impulsion d'Adolf Hitler, émet des revendications territoriales sur la région des Sudètes. Ce processus expansionniste se concrétise en par l’Anschluss, c'est-à-dire le rattachement de l’Autriche au Reich. L'année suivante, en , il aboutit à l'occupation militaire et à la désintégration du reste des territoires tchèques, érigeant le protectorat de Bohême-Moravie. Après le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, un pacte germano-soviétique, communément appelé pacte Hitler-Staline, permet le démembrement et le partage de la Pologne entre les deux puissances totalitaires. Cette politique agressive s'inscrit dans une doctrine géopolitique plus vaste, le Drang nach Osten (la « poussée vers l'Est »), qui théorise la conquête d'un espace vital (Lebensraum) au profit du peuple allemand. C'est dans ce cadre idéologique qu'en , la Wehrmacht déclenche l'opération Barbarossa, envahissant massivement l'Union soviétique. vignette|350x350px|Comparaison de l'Afrique en 1880 et 1913|gauche Le nationalisme expansionniste constitue une déclinaison radicale de l'affirmation identitaire, au confluent de la ferveur patriotique et d'une doctrine de projection territoriale. Apparu dans le dernier tiers du , ce concept émerge lors de la curée de l’Afrique par les métropoles européennes. Il atteint toutefois son acmé sous l'égide des régimes militaristes du , à l'instar de l'Italie fasciste, du Troisième Reich ou de l'empire du Japon. Ce paradigme innerve également les politiques balkaniques, où il se cristallise autour de projets d'irrédentisme ou de palingénésie territoriale visant à instaurer de vastes entités unitaires : Grande Albanie, Grande Bulgarie, Grande Croatie, Grande Hongrie, Grande Roumanie et Grande Serbie.
Au lendemain du conflit de 1812, l'idéologie de la « Destinée manifeste » s'impose comme le paradigme directeur de l'expansion transcontinentale des États-Unis. Ce courant, articulant nationalisme hégémonique et velléités d'unification territoriale, culmine lors de la guerre américano-mexicaine (1846-1848). Au sein de ce contexte belliqueux, la firme Bent, St. Vrain and Company, prépondérante dans les échanges avec les populations autochtones, voit son ascendant s'étioler. Malgré la protection étatique dont jouissent les pionniers, l'interruption des flux migratoires orchestrée par Beyreis fragilise l'entreprise, laquelle subit un coup fatal le lors de l'assassinat de son associé, Charles Bent, au cours d'une sédition liée aux hostilités. Parallèlement, la pression démographique exogène exerce une action délétère sur l'équilibre sanitaire et environnemental des Grandes Plaines. Les nations Cheyennes, Comanches, Kiowas et Pawnees subissent une ponction démographique drastique due à l'introduction de pathogènes importés : la variole (1839-1840), la rougeole et la coqueluche (1845), puis le choléra (1849). Enfin, l'accroissement des convois vers les gisements aurifères de Californie après le conflit entraîne une exploitation prédatrice des ressources : l'atrophie des pâturages, le tarissement des points d'eau et le déclin des hardes de bisons témoignent de l'altération profonde de l'écosystème par le passage des colons.
Azerbaïdjan droite|vignette|Carte de « l'Azerbaïdjan tout entier » selon l'historien azerbaïdjanais Les autorités de la république d'Azerbaïdjan ont émis des prétentions territoriales à l'encontre d'espaces jouissant d'une souveraineté internationalement consacrée, en particulier certaines provinces de l'Iran ainsi que des étendues significatives — sinon l'intégralité — du territoire de l'Arménie. Ces revendications se manifestent sous diverses dénominations évocatrices d'une entité politique irrédentiste, telles que « Grand Azerbaïdjan », « Azerbaïdjan tout entier » ou « Azerbaïdjan du Sud ». S'agissant spécifiquement du territoire arménien, ces visées expansionnistes sont déclinées à travers des appellations comme « république de Goyche-Zangezur », « république d'Irevan », « Grand Retour » « corridor de Zanguezour » et « Azerbaïdjan occidental ».
Chine L'activisme et les prétentions territoriales de la Chine en mer de Chine méridionale valent à cet État d'être qualifié d'expansionniste. Ses revendications se heurtent à une concomitance de souverainetés putatives émanant de la Chine, du Vietnam, des Philippines, du Brunei et de la MalaisieSimon Tisdall, 'Vietnam's fury at China's expansionism can be traced to a troubled history', The Guardian, 15/5/2004.
Israël vignette|Israël et les territoires occupés par Israël. L'État d'Israël accède à la souveraineté le , consécutivement à la Seconde Guerre mondiale et à la Shoah. À l'issue de la guerre des Six Jours, l'administration israélienne instaure une occupation de la Cisjordanie, de la bande de Gaza, du plateau du Golan et de la péninsule du Sinaï ; ce dernier territoire est toutefois rétrocédé à l'Égypte en 1982. Par ailleurs, une présence militaire est maintenue dans la partie méridionale du Liban de jusqu'à son évacuation en .
Iran République théocratique et principale puissance se réclamant de l'imamat jafarite, l'Iran déploie une stratégie d'hégémonie transnationale au sein du Proche-Orient. Cette influence se cristallise par l'inféodation ou le soutien logistique de diverses factions paramilitaires au Yémen, en Irak, en Syrie ainsi qu'au Liban.
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