L'histoire des grandes écoles retrace l'évolution des grandes écoles à travers le temps. Si l'expression de désigne, à la Renaissance, les facultés des universités, l'expression prend progressivement son sens actuel à la Révolution française.

Les grandes écoles précurseures (1530-1788)

Premières institutions spécialisées (de la Renaissance au ) Le vocable de est utilisé dès la Renaissance pour désigner les facultés universitaires. Par exemple, à l'université d'Orléans , les d'université à Orléans, Orléans, conseil général du Loiret, 2006, . sont des bâtiments de cours universitaires construits à partir de 1498Eugène Lefèvre-Pontalis et Eugène Jarry, La Cathédrale romane d'Orléans, d'après les fouilles de 1890 et des dessins inédits . et détruits en 1824Eugène Jarry, « Les écoles de l’université d’Orléans, leur topographie », Mémoires de la Société archéologique et historique de l’Orléanais, , 1919, ..

Le Collège de France est créé en 1530 par François , mais n'a pas vocation à former des élèves. La première grande école sélective est créée en 1571, en l'École nationale de la marine marchande (alors ).

Développement des premières écoles militaires et d'ingénieurs (1679-1783) La première vague de création de grandes écoles par l’État a lieu au milieu du XVIIIe siècle. Si certaines sont sélectives, elles conditionnent l'admission à l'apport de preuves concernant la noblesse de la famille des candidats, ou de leur fortune ; la bourgeoisie ne peut donc que difficilement y accéder. Elles doivent fournir les cadres techniques et militaires spécialisés, afin de rejoindre les grands corps de l’État. En 1679, Louis XIV crée la première école d'officiers d'artillerie, à Douai... En 1748 est créée l'École royale du génie de Mézières, qui ferme en 1794. En 1751, Louis XV crée par édit l'École militaire (École de guerre)..

De manière croissante, les écoles créées ne sont plus exclusivement militaires, mais des écoles d'ingénieurs. Elles permettent l'entrée dans les corps techniques d'ingénierie, parfois au service de l'armée. En 1741 est fondée l'École des ingénieurs-constructeurs des vaisseaux royaux (actuellement ENSTA Paris), puis en 1747, l'École royale des ponts et chaussées. En 1783 est créée l'École des mines de Paris..

Dans les années 1760 sont créées les premières grandes écoles vétérinaires. En 1761, d'abord, avec l'École royale vétérinaire à Lyon, suivie en 1765 de l'École royale vétérinaire d'Alfort.

En 1780 est créée l'École des pupilles du régiment de dragons du duc de La Rochefoucauld-Liancourt. Elle devient à la Révolution l'école des Enfants de l’armée, puis, en 1803, l'école d'arts et métiers de Compiègne (actuellement Arts et Métiers ParisTech). Elle ouvre la voie à la création d'écoles royales militaires pour les enfants de militaires se formant dans les techniques militaires ou civiles avant de devenir une école d'enseignement technique.

Les grandes écoles révolutionnaires (1789-1799)

Les grandes écoles de l'an III (1794) Lorsque la Révolution française se déclenche, le sort des écoles d'Ancien régime est mis en question. Les financements sont rapidement réduits, aussi un faible nombre de ces écoles survit-il à la Première République.

Les parlementaires hésitent quant à la politique qu'ils souhaitent mener en matière d'enseignement supérieur. Les jacobins sont soupçonneux d'institutions créées sous la monarchie et critiquent leur élitisme ; l'admission se fait alors sur présentation de ses quartiers de noblesse. La majorité des députés de la Convention nationale admet toutefois la nécessité pour la France de disposer d'institutions de formation de très haut niveau, à condition que leur recrutement ne soit plus lié qu'au mérite de chacun, plutôt qu'à la condition nobiliaire ou à la fortune.

La fin de la Terreur, combinée à une prise de conscience générale de ce que la France manque de cadres scientifiques et d'élites militaires, conduit au maintien des grandes écoles d'Ancien régime, à la condition de la réforme de leur système d'admission. Certains acteurs de la Révolution, comme Napoléon Bonaparte (École de Brienne et École militaire) ou Lazare Carnot (École royale du génie de Mézières), sont par ailleurs issus du système des grandes écoles.

vignette|Fronton historique de l'École polytechnique, rue Descartes à Paris.La politique de la République vis-à-vis des grandes écoles est déterminée en 1794 par la création des écoles de l'.. Les quatre grandes écoles révolutionnaires (écoles de l'an III scientifiques) sont créées : l'École polytechnique en 1795 (sous le nom d'École centrale des travaux publics), l'École normale supérieure (à l'époque appelée École normale et renommée en 1845.), le Conservatoire national des arts et métiers (CNAM) et l'École spéciale des langues orientales (Inalco).

Dans la même logique, les anciennes facultés de médecine et de droit sont rétablies comme des « école de droit » et « école de médecine », indépendantes. Les grandes écoles de l'an IV (1795) La loi Daunou du 30 vendémiaire an IV () réorganise le système éducatif français de l'école primaire jusqu'aux grandes écoles. Elle prévoit que J. B. Duvergier, Décret du 30 vendémiaire an IV concernant les écoles de services publics, tome 8, , dans Collection complète des lois, décrets, ordonnances, réglemens, avis du Conseil d'État, publiée sur les éditions officielles du Louvre, de l'imprimerie nationale, par Baudouin, et du bulletin des lois (de 1788 à 1830 inclusivement, par ordre chronologique), chez A. Guyot et Scribe libraires-éditeurs, Paris, 1835 (lire en ligne).. Son dispose que .

Dans son discours au corps législatif, Antoine-François Fourcroy, orateur du Gouvernement, présente le projet de loi en indiquant que 20 % des élèves ayant fini leurs années d'études secondaires étudieront dans ces écoles, , c'est-à-dire un emploi. Il reconnaît que . Il reconnaît également les , afin de travailler .. Il définit la doctrine des grandes écoles qui, pour Thuillier, vaudra aussi pour tous les projets d’ENA jusqu’en 1945 : Thuillier, 1983, ..

Il fixe une liste incluant l'École polytechnique, le Conservatoire national des arts et métiers, l'École d'artillerie, l'École nationale des ponts et chaussées, l'École nationale supérieure des mines de Paris, l'École du génie maritime, école de l'armement, école des poudres et munitions, l'École des géographes, l'École navale, l'École des ingénieurs de vaisseaux (qui deviendra l'École nationale supérieure du génie maritime, puis sera incorporée dans l'École nationale supérieure de techniques avancées) et l'École nationale supérieure maritime.

Au-delà des écoles de service public, la loi prévoit la création d', dans les domaines de l'astronomie, de la géométrie et la mécanique, de l'histoire naturelle, de la médecine, des sciences vétérinaires, de l'économie rurale, des antiquités, des sciences politiques, de la peinture et de la sculpture, et de la musique, ainsi que des écoles pour les sourds-muets et pour les aveugles-nés. Toutefois, seules les écoles de santé et les écoles d'économie rurale vétérinaire seront créées.

L'École polytechnique organise le recrutement par concours et la formation préalable des ingénieurs de l'État, en amont des écoles d'applications (École des ponts et chaussées, École des mines, École du génie et de l'artillerie de Metz, École de la marine, École du génie maritime, École spéciale de géographie et de topographie).

Les grandes écoles et le projet napoléonien (1799-1814)

Insertion précoce des grandes écoles dans les réformes de l’État (1799-1802) Le Consulat et l'Empire permettent une continuation de l'action étatique en faveur des grandes écoles. souhaite disposer d'élites nouvelles et bien formées, qui s'intègrent dans le nouveau régime qu'il construit. Le projet universitaire napoléonien est donc de restructurer le système de l'enseignement supérieur afin de l'harmoniser et de s'assurer du soutien de leurs élèves à l’État.. Il écrit : Les grandes écoles s'inscrivent dans ce projet : l'ENS produit les enseignants pour les lycées qu'il crée, tandis que Polytechnique et ses écoles d'application fournissent les cadres supérieurs des armées. C'est à cette époque que la sélection sur la base de concours académiques et très sélectifs se confirme.

Devenu empereur, Napoléon a toutefois une méfiance contre ces écoles en ce qu'elles forment des esprits libres parfois opposés à son régime ; il envisage à un moment de fermer l’École polytechnique. Afin d'en contrôler l'accès, il décide à certains moments de rendre payante leur scolarité ou modifie le contenu des concours comme de l'enseignement.

La loi sur l'instruction publique du 11 floréal an X et création de l’École spéciale militaire de Saint-Cyr (1802) La loi du 11 floréal de l'an X (1802) réforme à nouveau le système scolaire et universitaire français.. Elle crée les lycées impériaux, qui peuvent préparer aux grandes écoles. Celles qui existent déjà sont maintenues. La loi institue toutefois également des , qui sont en réalité rattachées à l'Université et ne sont ainsi pas des grandes écoles ; il en va de même pour les trois nouvelles écoles de médecine, les quatre écoles d'histoire naturelle, de physique et de chimie Si une est prévue, elle n'est jamais créée. Le principal apport de cette loi est la création de l’École spéciale militaire de Saint-Cyr, qui est originellement implantée dans le château de Fontainebleau, sous la protection directe de l'Empereur, qui tenait à garder un œil particulier sur les futurs officiers de l'Empire.. Les grandes écoles sont alors appelées des .

Réformes ultérieures et scission entre grandes écoles et universités (1803-1808) L'arrêté des consuls de la République du 12 vendémiaire de l'an XI réunit les écoles d'artillerie et du génie pour former une école commune aux deux armes, nommée École d'artillerie et du génie et établie à Metz. L'admission se fait sur examen parmi les élèves de l'École polytechnique et elle en devient une école d'application. La loi du 21 germinal de l'an XI établit six écoles de pharmacie.

La loi du , relative à la formation d'une Université impériale, et le décret du , fixant son organisation, remettent en cause le développement des écoles spéciales au profit de la mise en place d'un système universitaire centralisé organisé selon les trois grades des anciennes universités (baccalauréat, licence, doctorat), déjà rétabli dans les écoles de droit. Les écoles de droit et de médecine sont transformées en facultés alors que les écoles de services publics restent en dehors de l'Université.

Sous la Restauration et la Monarchie de Juillet (1815-1848)

Rééquilibrage géographique vignette|L'École supérieure de commerce de Paris, fondée en 1819, historiquement la première grande école de commerce française, ici au début du . Les grandes écoles continuent de se développer sous la Restauration. Alors que les grandes écoles révolutionnaires et napoléoniennes étaient basées à Paris ou en région parisienne, la période voit un rééquilibrage en faveur de la province. Ainsi, en 1816 est créée l'École nationale supérieure des mines de Saint-Étienne, analogue de celle de Paris et qui succède à l'École des mines de Geislautern créée en 1807 par Napoléon, après la perte de la Sarre en 1815.. En 1819 est créée l'École nationale supérieure de techniques avancées Bretagne (ENSTA Bretagne). En 1843, c'est au tour de l'École nationale supérieure des mines d'Alès (ENSMA) pour former des ingénieurs civils

Renforcement d'écoles existantes