Le Tekmîl est un concept fondamental de réflexion collective et d'auto-critique utilisé principalement au sein du PKK et dans le mouvement de libération kurde, notamment au Rojava (nord de la Syrie). Il ne s'agit pas simplement d'un rapport hiérarchique, mais d'un outil idéologique visant à construire une « personnalité militante » et à renforcer la cohésion du groupe.
Historique L'histoire du tekmîl s'inscrit dans celle du PKK. De 1973 à 1983, des premières réunions du parti ou des éléments de guérillas s'organisent, et une première structuration est mise en place. Les dix années suivantes, jusqu'en 1993, les besoins d'action militaire mettent provisoirement de côté l'analyse et la relecture, jusqu'à la trêve de 1993, désorganisant les structures jusque-là prévues uniquement pour l'action militaire. Le rôle accru des femmes lors de cette période amène à des restructurations : les hommes avaient une vision idéologique très marxiste-léniniste, ne visant que la libération nationale, alors que les femmes insistaient plus largement sur l'analyse de la personnalité et une réflexion sur le progrès. Ainsi, durant la décennie suivante, le paradigme idéologique du PKK évolue et la méthode de relecture commune se crée peu à peu ..
Éléments clés Définition et but Littéralement, « tekmîl » peut être compris comme un « compte rendu » ou un « rapport », mais dans la pratique, c'est un processus formel où les militants (guérillas ou cadres) analysent leurs actions, leurs pensées et leurs comportements. Le but est d'éliminer l'individualisme et de souder le groupe par la critique. Une des clefs de compréhension de cette introspection collective est la maxime : .
Structure Le processus repose sur quatre piliers : l'auto-critique, la critique, les suggestions et l'évaluation.
Fonctionnement Les participants sont assis en cercle, ou en tout cas sous une forme qui ne suggère pas de hiérarchie. Personne ne mange, ne boit, ne fume, ne discute ni ne s’amuse durant la séance du tekmîl. L’espace central est mis en valeur par sa propreté, car il est l'espace de la réflexion et de la participation commune. Pour les mêmes raisons, les participants sont vêtus correctement, nue-tête, afin de montrer que l'attitude intérieure d'ouverture et de réflexion rejaillit sur l'apparence et le comportement de chacun.
Un modérateur est nommé pour donner la parole aux divers participants. Il est nécessaire que chacun es participants puisse préparer le tekmîl en amont par des éléments mûrement réfléchis, et que les participants viennent avec leur support pour lire leurs réflexions, mais aussi pour écrire. Chacun est libre de s'exprimer, mais en demandant la parole à son tour. Il n'est possible de prendre la parole pour une critique ou une autocritique qu'une seule fois au cours de la réunion, et une seule fois également pour émettre des suggestions. Le tekmîl se termine par un résumé effectué par le modérateur, qui peut donner éventuellement une analyse personnelle, ainsi que souligner les points sur lesquels il est nécessaire de travailler, et enfin rappeler les décisions prises et les propositions faites.
Outil de transformation Le tekmîl est considéré comme une méthode pour forger une conscience collective, promouvant le « vivre ensemble » plutôt que l'individualisme, et valorisant l'apprentissage constant et l'humilité.
Exportation du concept Cet outil est utilisé dans d’autres contextes comme par exemple le cercle Men Against Patriarchy de Copenhague (MAP[Cph]) et est décrit dans leur livre “Difficult Hugs”.
Notes et références
Voir aussi Articles connexes Parti des travailleurs du Kurdistan
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