Orang-outang étranglant un sauvage de Bornéo est un groupe sculpté réalisé par le sculpteur français Emmanuel Frémiet. L’œuvre existe en plâtre et marbre.

Historique Titulaire de la chaire de maître de dessin d’animaux au Muséum national d’histoire naturelle à partir de , succédant à Antoine Louis Barye, Frémiet s’inscrit dans la tradition de la sculpture animalière française.

L’œuvre est commandée en 1893 dans le cadre d’un programme décoratif comprenant six sculptures en bronze représentant des combats d’animaux. Frémiet exécute d’abord une esquisse, présentée à l’architecte du Muséum, Ferdinand Dutert, qui décide finalement d’en faire réaliser une version en marbre. Frémiet et son praticien Gréber travaillent à cette exécution pendant dix-huit mois, jusqu’à son installation en 1898http://colcombet.com/wp-content/uploads/2021/06/Fremiet-article-définitif.pdf.

La Galerie de Paléontologie et d'Anatomie comparée du Muséum national d'histoire naturelle conserve deux œuvres majeures de Frémiet commandées pour le bâtiment : le marbre de L’Orang-outang étranglant un sauvage de Bornéo, placé dans le hall d’accueil, et le bronze Le Chasseur d'ours à l'âge de pierre (1897), installé sur la façade sud. vignette|"Un orang-outan attaqué par des diyaks" dans Alfred Russel Wallace, L'Archipel malais, Londres, 1869. Frémiet affirme lui-même qu’il « aime raconter des histoires horribles à la Poe », revendiquant une esthétique dramatique. L’œuvre s’inspire notamment des récits de voyage du naturaliste britannique Alfred Russel Wallace en Insulinde, publiés et relayés dans la presse de l’époque, qui évoquent des attaques d’orangs-outans contre des pisteurs malais. À la fin du XIXe siècle, le thème de l’affrontement entre l’homme et la bête constitue un sujet en vogue dans les arts. Il s’inscrit dans un imaginaire colonial nourri par les récits d’exploration et les comptes rendus d’expéditions publiés notamment par le journal britannique The Times.

Versions de l’œuvre Version en plâtre La première version, réalisée en 1895 et initialement intitulée Combat d’animaux, puis Orang-outang et sauvage de Bornéo, est un haut-relief en plâtre. Elle constitue le modèle original de la version en marbre. Elle est conservée depuis 1984 au Musée des Arts décoratifs de Paris. Elle mesure .

Les représentants des Beaux-Arts et du Muséum, chargés d’examiner l’ébauche, saluent la qualité de l’œuvre tout en demandant une modification de l’inclinaison de la tête de la victime avant l’exécution définitive en marbre Version en marbre La version en marbre, réalisée en 1897, est conservée au Muséum national d'histoire naturelle à Paris. Elle mesure . Il s’agit d’un marbre légèrement coloré. L’œuvre est acquise par commande à l’artiste en 1895, puis déposée par le Centre national des arts plastiques en 1909 (numéro d’inventaire : FNAC 402). Elle est placée à droite de l’entrée du hall de la Galerie de Paléontologie et d’Anatomie comparée

Description Le groupe sculpté représente une scène dramatique : un homme nu, identifié comme un chasseur malais, est renversé sur le dos et étranglé par un orang-outan adulte blessé au flanc droit. Le bras droit de l’homme porte la trace d’une morsure profonde. Son arme, un couperet, est tombée à terre à quelques dizaines de centimètres. Il porte des bracelets et des boucles d’oreilles. L’orang-outan lui enserre la gorge de ses deux mains et maintient son genou gauche à l’aide de son pied. Un petit orang-outan accompagne la scène. La composition ne relève pas d’une représentation strictement naturaliste. La taille du singe est volontairement surdimensionnée, accentuant l’effet dramatique. L’animal est figuré comme un mâle dominant, reconnaissable à ses larges bajoues, bien que, dans la réalité, les mâles adultes soient généralement solitaires et ne vivent pas avec les femelles et leurs petits.

La scène suggère une issue fatale pour les trois protagonistes : le chasseur semble déjà succomber ; l’orang-outan présente une entaille profonde au flanc droit laissant apparaître ses entrailles ; le petit, devenu orphelin, paraît condamné. La violence de l’affrontement contraste avec la présence d’un escargot, sculpté au premier plan, détail naturaliste qui renforce l’indifférence supposée de la nature face au drame.

L’œuvre illustre l’approche occidentale des rapports entre l’homme et la nature à la fin du XIXe siècle, marquée par une vision conflictuelle et dramatique de la confrontation entre civilisation et monde sauvage.

Notes et références

Catégorie:Sculpture d'Emmanuel Frémiet Catégorie:Sculpture française du XIXe siècle Catégorie:Sculpture des années 1890 Catégorie:Singe dans la culture Catégorie:Nu masculin dans la sculpture Catégorie:Œuvre d'Emmanuel Frémiet à Paris Catégorie:Œuvre conservée au musée des Arts décoratifs (Paris) Catégorie:Œuvre d'art dans le jardin des plantes de Paris Catégorie:Sculpture animalière