Malcolm Cecil (né Malcolm Ian Cecil le à Londres, mort le à Malden) était un bassiste de jazz, producteur musical et ingénieur du son britannique.

Membre de plusieurs groupes d'Outre-Manche (, Emcee Five, Blues Incorporated, ), il se produit avec de très nombreux artistes de la scène jazz (Don Rendell, Johnny Griffin, Stan Getz, Roland Kirk, Sonny Stitt ou encore Stan Tracey) notamment via des prestations au Ronnie Scott's.

En 1968, devenu ingénieur après son passage à la Royal Air Force, il rejoint les États-Unis où il rencontre Robert Margouleff et travaille avec lui au sein du projet musical TONTO's Expanding Head Band basé sur un concept d'instrument combinant plusieurs synthétiseurs et différents modules électroniques qu'ils nommeront le T.O.N.T.O.

Considéré comme l'un des pionniers du synthétiseur, Cecil accèdera à une certaine popularité au milieu des années 1970 grâce à une collaboration fructueuse avec Stevie Wonder pour quatre albums (Music of My Mind, Talking Book, Innervisions et Fulfillingness' First Finale), période durant laquelle Wonder engrangera de nombreux succès commerciaux et récompenses, le duo Cecil-Margouleff recevant un Grammy Award en 1974.

Durant les décennies 1970, 1980 et 1990, Cecil travaillera avec des dizaines d'artistes tels les Isley Brothers, les Doobie Brothers, Quincy Jones, Joan Baez ou encore Gil Scott-Heron, mettant ses représentations musicales entre parenthèses, événements qu'il reprendra ponctuellement durant les dernières années de sa vie lors de festivals, conférences et salons consacrés à la musique électronique.

Biographie

Enfance Né le dans le quartier de Cricklewood au nord-ouest de Londres, Malcolm Ian Cecil est élevé dans une famille d'artistes portée sur la musique. Son grand-père, originaire du Bronx et combattant de la première guerre mondiale durant laquelle il rencontrera l'infirmière qui deviendra son épouse, est organiste pour les films muets dans les cinémas de Times Square. Sa mère, Edna Aarons, est une accordéoniste professionnelle, joue du piano et du violon, et se produit dans plusieurs groupes dont l'un composé uniquement de femmes et avec lequel elle divertira les troupes durant la seconde guerre mondiale. Son père, David Cecil, joue du saxophone, est promoteur de concerts (il encadre les différents groupes de son épouse) et est clown professionnel sous le nom de scène Windy Blow. Le couple divorce alors que Malcolm n'a que deux ans.

Malcolm prend ses premiers cours de piano vers 3 ou 4 ans mais n'y prend pas goût. Il s'intéresse à la radio amateur dès l'âge de 9 ans puis découvre la batterie à 13 ans et passe à la contrebasse autour de 15 ou 16 ans, passant 'pro' après quelques mois.

Des débuts dans le jazz en Angleterre Il entame un baccalauréat en sciences physiques pendant un an au London Polytechnic (aujourd'hui l'Université de Westminster) à la demande de ses parents. En soirée, il accompagne différents groupes de jazz dont ceux du saxophoniste Don Rendell, du pianiste , du batteur , ou encore le Lenny Best Quartet et le Octet. Prenant comme référence les jazzmen américains Bill Evans, Milt Jackson, Gil Evans, Cecil suit également Dizzy Reece lors d'une tournée au Portugal. vignette|Le club de jazz de Ronnie Scott, où Cecil rencontrera de nombreux artistes renommés au début des années 1960 (ici, devanture de 2016). En 1957, il devient l'un des membres du quintet , fondé par les musiciens Tubby Hayes et Ronnie Scott, et en restera membre jusqu'à leur dissolution en 1959, date à laquelle Scott crée le club de jazz qui portera son nom et où le suit Cecil durant les premières années de la décennie 1960, lui donnant l'occasion de rencontrer Johnny Griffin, Stan Getz, Roland Kirk, Sonny Stitt, le Stan Tracey TrioBarry Kernfeld. 'Cecil, Malcolm (Ian)', in Grove Music Online (2001, rev. 2025), Annie Ross ou encore J. J. Johnson. Cecil fonde le groupe Emcee Five en 1959, qui inclura les frères Carr (Mike et Ian) à partir de 1960 puis le batteur Ronnie Stephenson. Entre temps, il rejoint la Royal Air Force (de 1958 à 1960) et devient ingénieur : le poste d'opérateur radar qu'il y occupe lui permet de perfectionner ses connaissances en électronique voyageant du Somerset au nord-est de l'Angleterre.

De retour à Londres en , il joue avec le Peter King Quartet durant 3 mois, accompagne en tournée Miles Davis et Carmen McRae et rejoint Vic Ash et au sein du groupe Jazz Five. Il est engagé par Freddie Redd en tant que musicien/acteur pour l' théâtrale londonienne du film The Connection et remplace dans le groupe de Dick Morrissey. En 1961, il travaille avec Cyril Davies et Alexis Korner aux débuts du groupe Blues Incorporated (où il croisera des Mick Jagger, Keith Richards et Charlie Watts débutants). Bien que consultant en électronique à temps plein, il continue ses représentations, avec entre autres Bobby Wellins, Chris Barber ou le guitariste jamaïcain Ernest Ranglin.

En 1964, il devient le bassiste principal du , travaillant pour l'émetteur en journée (notamment en collaboration avec Robert Farnon) et dans les clubs en soirée. Ses compétences en électronique le font participer à la construction du studio d'enregistrement du Marquee Club de Londres, où, par la suite, il réalisera des essais de captation en direct pour les Who, résidents du club. Toujours en 1964, il lance le club de jazz Downbeat à Newcastle avec le manager Mike Jeffery (qui sera plus tard le manager de Jimi Hendrix) à la demande duquel il enregistrera une représentation d'un jeune groupe, The Animals, session durant laquelle ils joueront une version démo de House of the Rising Sun qui inspirera plus tard la version qui les rendra célèbres.

Le départ pour les États-Unis et la découverte du Moog En 1967, un médecin lui annonce que ses poumons sont en mauvais état (principalement en raison d'un emploi du temps effréné et de son mode de vie festif). Il lui devient difficile de jouer de la contre-basse, l'imposant instrument étant devenu lourd à manipuler. Il réduit ses prestations musicales, abandonne sa place au Ronnie Scott's (où il est remplacé par Dave Holland), et se recentre sur l'installation de sonorisations dans les clubs. On lui annonce qu'il ne lui reste que 3 ans à vivre et lui conseille de partir pour un climat plus chaud : après une opération chirurgicale, il quitte l'Angleterre avec sa femme et son fils pour rejoindre brièvement l'Afrique du Sud où il reprend quelques prestations musicales. Mais l'apartheid rend la collaboration musicale presque impossible, les musiciens blancs et noirs ne pouvant jouer ensemble. Ils se rendent en bateau à San Francisco puis s'installent à Los Angeles où Cecil se produit avec la chanteuse de cabaret Lainie Kazan tout en travaillant comme consultant aux studios de Pat Boone, mettant en place le premier studio 16 pistes de la ville.

La famille déménage finalement à New York et Cecil trouve un emploi d'ingénieur de maintenance chez , un studio d'enregistrement construit dans une église désacralisée de la 57ème rue, au-dessus duquel avaient été construits plusieurs appartements. Résident ainsi au-dessus de son lieu de travail et tout en continuant à se produire les scènes de jazz locales (notamment avec le guitariste Jim Hall), Cecil passe plus de temps dans les studios que ne le prévoit son contrat : il y découvre une quantité d'éléments techniques qui l'interpellent et finit par rencontrer Robert Margouleff, le musicien résident au synthétiseur et spécialiste du Moog. Cecil raconte :Bob Margouleff avait appris à utiliser le Moog de façon autodidacte, en expérimentant l'instrument. Il avait le point de vue d'un musicien. Techniquement, il n'y connaissait pas grand chose mais il avait un don pour entendre et produire des sonorités. Un soir, alors que je réglais les problèmes apparus en journée et que Bob travaillait sur son instrument, il me demanda un coup de main pour configurer la table de mixage. Je lui dis : "Je veux bien t'aider, mais en échange, peux-tu me montrer comment utiliser ce truc?". Et c'est ainsi que tout commença. Lors de soirées et concerts avec John McLaughlin plusieurs années auparavant en Angleterre, il avait travaillé à la création de signatures rythmiques avec le guitariste anglais, mais la difficulté de reproduire ces effets l'avait alors éloigné de ce type de constructions musicales : Cecil voit dans le Moog un instrument avec lequel il peut recréer tout ce qu'il souhaite. C'est ainsi que dès 1968, Cecil et Margouleff entame la construction d'un instrument qu'ils nomment le TONTO, acronyme de "The Original New Timbral Orchestra". Conçu autour d'un Moog III, celui-ci se voit adjoint des dizaines d'éléments à travers le temps (des modules Oberheim Xpander, deux ARP 2600, plus de 70 modules ...) et devient le plus grand synthétiseur analogique multitimbral du monde. Le duo fonde simultanément le TONTO's Expanding Head Band, un groupe musical qui produira deux albums en 1971 et 1974, et .

La rencontre avec Stevie Wonder

vignette|172x172px|Stevie Wonder travaille avec le duo Malcom-Margouleff de 1971 à 1974.Leur premier album interpelle par ses sonorités électroniques. Il attire Stevie Wonder qui, en fin de contrat à la Motown, cherche une liberté créatrice qu'il pense trouver avec l'instrument qu'il entend.

L'auteur-compositeur-interprète rencontre le duo d'ingénieurs dès 1971 et découvre un instrument qu'il ne quittera pas pendant quatre ans, le trio ainsi formé développant quatre albums : Music of My Mind, Talking Book (pour lequel le duo d'ingénieurs reçoit le Grammy Award du ), Innervisions et Fulfillingness' First Finale.

Durant le processus de création de Talking Book, le trio quittera les studios Mediasound en raison de contraintes horaires et d'obligations commerciales : Margouleff obtiendra une entrée aux studios Electric Lady de son ami de , qui avait fondé ce dernier pour Jimi Hendrix. Le trio s'établira ensuite à Los Angeles, aux studios Record Plant.

Cecil et Margouleff sont également crédités sur Syreeta (1972) et Stevie Wonder Presents Syreeta (1974), deux albums de Syreeta Wright, chanteuse mariée à Wonder à l'époque, et sur l'album Perfect Angel (1974) de Minnie Riperton, autoproduit par Stevie Wonder. En 1974, l'album Fulfillingness' First Finale marque la fin du trio en raison de désaccords quant aux répartitions des royalties.

Les deux ingénieurs retrouveront indépendamment le chanteur par la suite (Cecil sur Jungle Fever en 1991 et Margouleff en 1995 sur Conversation Peace).

L'après Wonder En 1975, Margouleff et Cecil se séparent également, le souhait de perpétuer les développements du TONTO devenant onéreux. Margouleff préfèrant se recentrer sur la production musicale, Cecil lui rachète les parts du TONTO et devient ainsi l'unique propriétaire de l'instrument. gauche|vignette|150x150px|Gil Scott-Heron collabore avec Malcolm Cecil sur la majorité de sa discographie. Le succès des albums de Wonder rende le TONTO populaire et Cecil reste très demandé durant toute la décennie 1970. Il continue à travailler avec de nombreux artistes parmi lesquels les Isley Brothers, Billy Preston, T. Rex, les Doobie Brothers, Quincy Jones, Bobby Womack, Stephen Stills, Dave Mason, Joan Baez, ou encore Steve Hillage. L'artiste Gil Scott-Heron, qui considère Cecil comme un génie créatif, travaille avec lui et le claviériste Brian Jackson à la réalisation de plusieurs albums, dont sur la couverture duquel apparait le TONTO en arrière-plan.