La famille Pictet est une famille de Genève. Issue à l'origine d'un milieu paysan de la région de Neydens (actuelle Haute-Savoie), elle accède à la bourgeoisie de Genève en 1474. Au fil des siècles suivants, les Pictet jouent un rôle important dans la vie politique, religieuse, scientifique, militaire et économique de Genève et de la Suisse.

Depuis la première moitié du , la famille Pictet est divisée en trois branches distinctes : la branche aînée (aujourd'hui éteinte), la branche puinée et la branche cadette, cette dernière étant de nos jours la plus nombreuse.

Parmi les membres les plus illustres de la famille Pictet se trouvent notamment Charles Pictet de Rochemont (1755-1824), qui a négocié les frontières actuelles du canton de Genève et la reconnaissance du statut de neutralité perpétuelle de la Suisse, ainsi que son frère Marc-Auguste Pictet (1752-1825), grande figure scientifique et intellectuelle en l'honneur duquel a été donné le nom Pictet à l'un des cratères de la Lune. Amé Pictet (1857-1937), chimiste, a donné son nom à la réaction de Pictet-Spengler, tandis que Raoul Pictet (1846-1929) fut le premier à liquefier l'oxygène en 1877. Lucien Pictet (1864-1928), ingénieur, a donné la moitié de son patronyme aux automobiles Pic-Pic et Jean (1914-2002), son fils, fut l'un des artisans des quatre Conventions de Genève de 1949.

Au cours des siècles, de nombreux membres de la famille ont siégé au Petit Conseil de Genève ou comme conseillers d'État, dont douze syndics sous l'ancienne République de Genève. La famille compte enfin de nombreux professeurs ayant enseigné à l'Université de Genève (anciennement Académie de Genève), notamment en théologie, en droit et en sciences naturelles.

De nos jours la famille Pictet est directement associée à la banque Pictet, l'une des plus grandes banques privées de Suisse, et principalement dirigée depuis 1841 par des membres de sa branche cadette. La famille dispose enfin d'une fondation (Fondation des Archives de la Famille Pictet) vouée à la préservation des archives familiales pouvant servir de base documentaire pour des chercheurs, des expositions ou l'édition d'ouvrages consacrés à l'histoire des grandes familles suisses.

Origines Les plus lointains ancêtres connus de la famille Pictet étaient des paysans propriétaires de cinq hectares de terre à Neydens, à partir de 1344. Il est à noter que le nom de famille Pictet s'écrivait initialement « Pitet » ou « Pittet » : au apparaît la graphie Pictet, le « c » servant à marquer le double « t ». Si l'orthographe Pictet s'impose durablement dans la famille, la prononciation sans le « c » est longtemps restée répandue à Genève et demeure occasionnellement usitée. Les sources anciennes attestent toutefois que les membres de la famille signent eux‑mêmes systématiquement « Pictet » dès le .

Le premier ancêtre marquant l'histoire familiale est Pierre Pictet, qui acquiert la bourgeoisie de Genève le , événement marquant le début de l'ascension sociale de la famille dans la cité. Cela les distingue des familles huguenotes ou italiennes qui recevront la bourgeoisie après la Réforme. Les premières générations urbaines de la famille s'installent dans le faubourg de Saint‑Gervais au début du en exerçant des professions liées à l'artisanat. En 1575, Ami Pictet (notaire), arrière-arrière-petit-fils de Pierre Pictet, participe à son tour à cette ascension en étant le premier membre de la famille Pictet à être élu syndic de la République de Genève, marquant l'entrée de la famille dans le domaine politique genevois.

Au début du , la famille se divise en trois branches correspondant à la descendance de Jaques Pictet (1576-1629) : son fils André Pictet (1609-1669) est à l'origine de la branche aînée (aujourd'hui éteinte), son fils Jérémie Pictet (1613-1669) est à l'origine de la branche puînée ; enfin son cadet Pierre Pictet (1626-1690) est à l'origine de la branche cadette. Pour autant, chaque branche s'illustre au fil des siècles dans des domaines communs, notamment politiques, militaires, économiques et religieux. Au fil des siècles, la famille reste implantée dans la région de Genève où elle se constitue un important patrimoine foncier, souvent par alliances matrimoniales, principalement situé sur la rive droite du lac Léman et le long du Rhône (notamment à Pregny-Chambésy, Saconnex, Troinex et Sergy dans le Pays de Gex).

Branche aînée La branche aînée de la famille descend du syndic André Pictet (1609-1669). Elle compte notamment parmi ses membres des figures politiques, ainsi qu'une figure religieuse de premier plan avec Bénédict Pictet. Cette branche est éteinte depuis 1876.

Bénédict Pictet (1655‑1724), fils du fondateur de la branche aînée André Pictet, est un important pasteur et théologien genevois. À partir de 1686, il enseigne la théologie à l'Académie de Genève, dont il est recteur à deux reprises. Figure majeure du protestantisme genevois, il dirige plusieurs institutions civiles et ecclésiastiques et est membre de l'Académie des sciences de Berlin. Défenseur d'une orthodoxie réformée ouverte à la philosophie cartésienne, il joue un rôle central dans la réforme liturgique genevoise. Auteur prolifique, il publie des traités théologiques et moraux largement diffusés, ainsi que des sermons et des cantiques. Catherine Pictet (1726-1795), fille du conseiller et secrétaire d’État Isaac Pictet (1693-1769), et amie intime de la mère d’Albert Gallatin (1761-1849), qu'elle élève lorsqu'il se retrouve orphelin. Emigré à l’âge de , Gallatin réalise une brillante carrière politique, diplomatique et bancaire qui le mènera jusqu’au poste de Secrétaire du Trésor du président Thomas Jefferson. Albert écrit ainsi, en 1844 « Vous n’ignorez pas les grandes obligations que j’ai envers Catherine Pictet, la tante de votre père et qui nous a élevés tous les deux (..). C’est à elle que je dois ce que je vaux et les succès de la carrière dans laquelle j’ai été jeté. »

François Pierre Pictet (1728-1798), dit « le Géant », petit-fils de Bénédict, réalise des études de droit à Genève avant de devenir avocat en 1752. Il devient un proche de Voltaire pendant les années que celui-ci passe dans la région de Genève. Il s'installe en 1761 à Saint-Pétersbourg où il entre dans l'entourage de Catherine II. Par ses relations, il initie la correspondance entre le philosophe et l'impératrice. Son parcours l'amène à devenir informateur de l'ambassade de France en Russie et à recruter des colons pour peupler Kazan et Saratov. Compromis dans une affaire de contrebande, il doit quitter la Russie en 1776 et s'installe alors à Paris. Antirévolutionnaire, il émigre à Londres puis à Reading et à Berne, avant de revenir à Genève où il décède.

Branche puînée La branche puînée de la famille (aussi dite « branche seconde ») descend de Jérémie Pictet (1613-1669). La branche puînée fournit à la famille certaines de ses figures les plus marquantes sur le plan politique, diplomatique et scientifique. Cette branche connaît un déclin démographique progressif à partir du mais subsiste de nos jours.

Jacques Pictet-Thellusson (1705-1786) se tourne vers une carrière militaire en étant officier au service du royaume de Piémont-Sardaigne, où il atteint le grade de lieutenant-général. Par la suite, il représente à Genève le roi Charles-Emmanuel III, qui le fait comte en 1756. Héritier du domaine du Reposoir, à Pregny-Chambésy, il y fait édifier une maison de maître, toujours dans la famille de nos jours. Il a trois fils : Isaac, Louis et Marc-Louis. Charlotte Pictet (1734-1766) habite la propriété que son père fait construire à proximité des « Délices », domaine dans lequel réside le célèbre philosophe français avec qui elle se lie d'amitié. Troublé par ce voisinage et afin de préserver sa tranquillité, Voltaire fait planter entre les propriétés des marronniers qu’il baptise « cache-Pictet ». L’expression connait une popularité inattendue grâce à Stendhal, qui la cite dans ses Mémoires d’un touriste publiées en 1854. Charlotte épouse en 1757 le vaudois Samuel Constant, futur oncle de l’écrivain et homme politique Benjamin Constant. Ayant suivi de près les préparatifs, Voltaire écrira au sujet de ce mariage : « Nous marions l’un des fils du général Constant avec la belle demoiselle Pictet et nous unissons Lausanne à Genève ».

Isaac Pictet de Pregny (1746-1823), fils aîné de Jacques Pictet-Thellusson, s'oriente très tôt vers la politique et la diplomatie après des études à l'Académie de Genève. Correspondant de puissances étrangères (notamment du roi de Sardaigne) et proche des milieux diplomatiques européens, il ne tarde pas à accéder aux plus hautes magistratures. La Révolution de 1792 le prive brutalement de ses charges, de sa fortune et de son épouse, l'obligeant à une longue retraite. Il consacre ces années à la gestion et à l'embellissement de son domaine du Reposoir ainsi qu'à des travaux historiques et généalogiques. À la Restauration, il retrouve un rôle central dans la vie politique genevoise et meurt syndic en charge. De son premier mariage avec Lucrèce Lullin, Isaac Pictet a trois enfants : Gabriel, mort en bas âge, Jacques dit James, et Louis, qui lui survit et devient son héritier ; son second mariage avec Julie-Madeleine Bertrand ne donne pas de descendance.

Louis Pictet, dit « du Bengale » (1747-1823), deuxième fils de Jacques Pictet-Thellusson, se forme au commerce en Angleterre avant d'entrer au service de la Compagnie britannique des Indes orientales. Envoyé au Bengale, il y séjourne près de neuf ans, occupant des fonctions administratives et dirigeant le comptoir de Cossimbazar, ce qui lui permet de constituer une solide fortune. Revenu en Europe pour raisons de santé, il s'établit à Genève, puis au pays de Vaud durant la Révolution.

Marc-Auguste Pictet (1752-1825), fils de Charles Pictet, est l'une des grandes figures scientifiques et intellectuelles de Genève. Astronome, physicien, naturaliste et cartographe, il enseigne la physique à l'Académie de Genève pendant près de quarante ans. Collaborateur et ami d'Horace-Bénédict de Saussure, il contribue de manière décisive à la cartographie alpine et aux débuts de la météorologie moderne. Cofondateur et directeur scientifique de la Bibliothèque britannique (périodique genevois), il joue un rôle majeur de passeur entre la science anglaise et l'Europe francophone. Dignitaire de l'Empire napoléonien tout en restant profondément attaché à Genève, il préside durablement la Société des Arts et s'impose comme un savant, pédagogue et médiateur d'influence internationale.

Charles Pictet de Rochemont (1755–1824), fils de Charles Pictet et frère de Marc-Auguste, est une figure majeure de l'histoire genevoise et suisse, considéré comme l'un des pères de la patrie. Formé à la carrière militaire, il trouve sa véritable vocation comme publiciste et agronome. Installé à Lancy, il devient un pionnier de l'élevage des mérinos, du développement de l'agriculture moderne et de l'industrie lainière, tout en diffusant largement les innovations britanniques par ses publications, notamment au sein de la Bibliothèque britannique. Appelé tardivement à la vie publique, il joue un rôle décisif lors de la Restauration, représentant Genève puis la Confédération suisse aux congrès de Paris et de Vienne. Son action diplomatique assure l'intégration de Genève à la Suisse et la reconnaissance internationale de la neutralité perpétuelle de la Suisse (1815). Il négocie également le Traité de Turin (1816) qui finalise la cession des communes sardes au canton. Adélaïde Sara Pictet de Rochemont (1767-1830), épouse de Charles, celui-ci joint son nom au sien selon l'usage genevois de l'époque. Outre la gestion de la ferme-modèle que le couple possède à Lancy et où les dernières innovations agricoles sont appliquées, elle crée avec son mari une école pour les enfants des environs. Un parc lui est désormais dédié dans le quartier lancéen de Pont-Rouge.