L'esclavage dans la Rome antique joue un rôle important dans la société et l'économie. Outre le travail manuel, les esclaves accomplissent de nombreux services domestiques et pouvaient être employés à des emplois et professions hautement qualifiés. Les comptables et les médecins étaient souvent des esclaves. Les esclaves d'origine grecque en particulier peuvent être très instruits. Les esclaves non qualifiés ou condamnés à l'esclavage comme punition travaillaient dans les fermes, dans les mines et dans les moulins.
L'esclavage fait référence à la condition des non-libres (appelés servi, singulier servus), considérés juridiquement comme des meubles (objets). Ainsi, les esclaves sont considérés comme des biens en droit romain et n'ont aucune personnalité juridique. La plupart des esclaves ne sont jamais libérés. Contrairement aux citoyens romains, ils peuvent être soumis à des châtiments corporels, à l'exploitation sexuelle (les prostituées étaient souvent des esclaves), à la torture et à des exécutions sommaires. Au fil du temps, cependant, les esclaves obtiennent une protection juridique accrue, y compris le droit de porter plainte contre leurs maîtres.
Une des principales sources d'esclaves est l'expansion militaire romaine pendant la République. L'utilisation d'anciens soldats ennemis comme esclaves conduit à une série de rébellions armées en masse, les guerres serviles, dont la dernière est dirigée par Spartacus. Pendant la Pax Romana du début de l'Empire romain (s après J.-C.), l'accent est mis sur le maintien de la stabilité, et le manque de nouvelles conquêtes territoriales assèche cette ligne d'approvisionnement de la traite des êtres humains. Pour maintenir une main-d'œuvre asservie, des restrictions légales accrues sur la libération des esclaves sont mises en place. Les esclaves évadés sont traqués et renvoyés (souvent pour une récompense). Il y a également de nombreux cas de pauvres vendant leurs enfants à des voisins plus riches comme esclaves en période de difficultés.
Les sources de l'esclavage
La distinction (summa divisio) entre homme libre et esclave est établie dans les Institutes de Gaïus, la summa divisio de iure personarum est fondatrice du droit romainCapogrossicolognesi L. La summa divisio de iure personarum. Quelques considérations à propos des formes de dépendance dans la réalité romaine. In : Religion et anthropologie de l'esclavage et des formes de dépendance. Besançon 4-6 novembre 1993. Besançon : Presses Universitaires de Franche-Comté, 1994. pp. 163-177. (Actes des colloques du Groupe de recherche sur l'esclavage dans l'antiquité, 20). lire en ligne.
La source principale de l'esclavage provient des conquêtes de la guerre. Le vaincu était mis à la merci du vainqueur qui, dans les cas extrêmes, détruisait littéralement la cité et le bourg du conquis en abattant l'enceinte de la ville ou en rasant les édifices publics. La séparation de leur cité d'origine, et donc de leur citoyenneté, signifiant la perte de la jouissance des droits civiques selon le droit romain, justifiait alors leur caractérisation comme des prisonniers de guerre d'abord, puis des choses (res). En droit romain la guerre rendait res nullius les ennemis et tout ce qui leur appartenait, c'est-à-dire sans maître et donc appropriable par tout un chacun. Le prisonnier acquis par un maître devenait sa propriété, et lui était lié par le lien indissoluble du mancipatio, il devenait res mancipiPolynice Van Wetter. Cours élémentaire de droit romain contenant la législation de Justinien, avec l'histoire tant externe qu'interne du droit romain, Volume 1. lire en ligne.
La deuxième source importante d'esclavage est la naissance : est esclave celui qui naît de mère esclave. En effet, même si les juristes romains ont finalement accepté le fait que l'enfant d'un esclave ne peut pas être assimilé au fruit issu d'un frugifère (arbre fruitier), ils n'en ont jamais tiré la conséquence que l'enfant naît libre.
Enfin, la perte de la liberté était aussi prévue en guise de sanction pour certains délits graves, comme la désertion ou le non-remboursement.
Un esclave était une personne non libre ; il était sous la domination d'une autre personne, généralement un pater familias qui n'a eu droit de vie et de mort sur lui qu'à l'époque archaïque. La summa divisio romaine de la condition juridique des personnes repose en effet sur le critère de liberté : "suivant la division générale du droit des personnes, tous les hommes sont libres ou esclaves" (Institutes; I, 3, pr). Le terme « manus » symbolisait la domination du maître sur l'esclave, au même titre que la domination du mari sur sa femme. Sa condition réelle était cependant variable, selon la proximité du maître : les esclaves agricoles des villae ou des mines étaient très mal traités, tandis que les esclaves domestiques (ancillae) qui côtoyaient la famille étaient plutôt favorisés et très souvent affranchis à terme. Néanmoins, si tous les hommes sont des personnes, tous les esclaves sont des choses (lat. res)(Institutes, II, 2, §1). Les punir injustement était considéré comme une infraction ; ce qui n'empêchait pas les esclaves d'être maltraités s'ils étaient fainéants, comme le montre ce passage d'une pièce de théâtre de Plaute, Pseudolus :
Sortez, allons, sortez fainéants, maudite possession, maudite acquisition, dont pas un n'a jamais eu à l'esprit d'agir correctement et avec lesquels on ne peut avoir d'autre façon d'agir de la sorte [il les bat]. Et moi je n'ai jamais vu de tels hommes ou plutôt de tels ânes, tant leurs côtes sont endurcies par les coups ; et quand on les frappe, on se fait davantage mal à soi-même. En effet, avec une telle nature, ils usent les fouets, eux qui n'ont que ces idées en tête : dès que l'occasion se présente, dérobent, volent, cachent, harponnent, boivent, mangent, fuient. Voilà quel est leur service : aussi vaudrait-il mieux laisser comme gardiens des loups dans la bergerie que de tels individus dans la maison ! Et pourtant, à voir leur visage, ils n'ont pas l'air mauvais ; mais c'est dans leur travail qu'ils vous trompent !
Le statut social d'un homme se mesurait à son nombre d'esclaves. Le prix de l'esclave a beaucoup varié selon les époques et les lieux mais se situait, en moyenne, aux alentours de 2000 sesterces ; son entretien revenait à 300 sesterces par an. Tout enfant issu d'au moins un parent esclave l'était aussi.
Les esclaves travaillaient tous les jours sauf pendant les festivités des saturnales en décembre et les compitalia en janvier.
Affranchissement
Dans la Rome antique, un affranchi (latin : libertus ou libertinus) est un esclave qui a été affranchi, c'est-à-dire libéré par son maître. Cependant, il demeure client : il ne jouit pas de tous les droits de l'homme libre (citoyen). Ses enfants seront des hommes libres à part entière. L'esclavage est donc tempéré par l'affranchissement : celui-ci est une étape intermédiaire entre l'esclavage et la liberté (libertus).
Un esclave pouvait aussi devenir affranchi par décision judiciaire à la suite de trop mauvais traitements de son maître .
Quelquefois, lorsque le maître mourait, il laissait un acte d'affranchissement pour un de ses esclaves dans son testament. Il pouvait être donné par la famille du maître défunt.
À Rome, cette pratique est courante puisque, en moyenne, un tiers d'une génération d'esclave finit par être affranchi. Rien n'empêche le maître d'affranchir par écrit ou par ses moyens pour un esclave particulièrement serviable.
Être asservi thumb|Fer d'esclave. On devenait esclave pour dettes, en tant que prisonnier de guerre, à la suite d'un acte de piraterie, par déchéance civique, par traîtrise, en raison d'une mauvaise conduite ou encore en étant un enfant d'esclave. Un enfant abandonné et recueilli pouvait également devenir esclave. Contrairement à l'esclavage en Grèce antique, où le statut d'esclave pouvait être considéré, par exemple chez Aristote, comme celui du ressortissant d'une espèce de droit naturel (certains hommes étant considérés comme esclaves), l'esclavage à Rome était considéré comme l'effet d'une institution juridique et d'un fait empirique (conquête, naissance d'un esclave, etc.).
Historique
Période de la République Jusqu'au avant l'ère commune, un Romain de la République peut devenir esclave pour dettes : c'est le nexum. Jusqu'à son abolition, ce type d'asservissement provoque le mécontentement de la plèbe. L'esclave romain est décrit par Plaute comme un membre de la famille, l'esclavage était semble-t-il de type patriarcal.
Le nombre des esclaves prisonniers de guerre augmente fortement (leur nombre passe à 15 ou 20 %) au et leur intégration dans les latifundia, les transforment en hommes-machines comme le décrit Caton l'Ancien.
La majorité des campagnes militaires se traduisent par l'importation de grandes quantités d'esclaves, c'est parfois le sort de toute une population vaincue, comme lors de la destruction de Carthage en 146 av. J.-C. Une autre source d'esclaves est la piraterie. Ceux-ci sont notamment revendus sur le marché du port franc de Délos. Jusqu'au , les pirates sont parmi les principaux fournisseurs de Rome pour son marché aux esclaves et sont donc tolérés. Mais leur développement et le fait qu'ils se mettent à opérer leurs razzias jusqu'en Italie, décide Rome à adopter la Lex Gabinia qui donne à Pompée les pouvoirs extraordinaires pour lutter contre les pirates. Ce dernier débarrasse pratiquement la Méditerranée des pirates, faisant exécuter leurs chefs (décapitation, crucifiement)..
En fait le statut de l'esclave romain est ambivalent : il est à la fois homme et marchandise. Sa valeur monétaire incite le maître à en prendre soin afin que son investissement soit rentable. De même, le maître a des devoirs envers son esclave : le nourrir, le vêtir et le loger. Les privations sont le châtiment le plus courant, mais les coups, les mutilations, ou même, à certaines époques, la mort, peuvent être pratiqués en toute impunité. Caton l'Ancien, que ses contemporains considéraient comme dur, voire excessif, disait : « L'esclave doit travailler ou dormir ».
La situation de l'esclave romain varie beaucoup selon son affectation : l'esclave rural exécute les travaux agricoles. Sa condition est pénible, surtout dans les grands domaines agricoles (agricola). Les révoltes d'esclaves de la Rome républicaine sont qualifiées de guerres serviles ou révoltes ancillaires, et sont issues des régions d'agriculture intensive : Sicile, Campanie. La plus célèbre fut celle menée par le gladiateur Spartacus en 72 av. J.-C. Spartacus vainquit plusieurs armées romaines avant d'être à son tour vaincu. La répression féroce servit d'exemple dissuasif.
l'esclave en ville est généralement mieux loti, la preuve en est que le maître, possesseur d'esclaves ruraux et d'esclaves en ville, s'il est mécontent d'un esclave de ville, le menacera pour l'intimider avant de le punir, de l'envoyer à la campagne. Dans les maisons modestes, les quelques esclaves étaient proches du maître et faisaient plus ou moins partie de la famille. Dans les grandes maisons (domus), les tâches nombreuses et variées permettent une spécialisation, distinguant des emplois « nobles » (magister) : secrétaire, comptable, pédagogue, etc. et des emplois ménagers mineurs (minister). De nombreux locuteurs grecs esclaves étaient précepteurs : l'esclave et philosophe stoïcien Épictète fut élève, alors qu'il était esclave, de Musonius Rufus. La prostitution, peu évoquée par les historiens, est une réalité constatée par exemple à Pompéi par les graffitis et les lupanars. l'esclave public (servus publicus) appartient à l'« État » (la cité ou Rome). Il assure les tâches d'intérêt général, et travaille pour les services municipaux : là encore, les situations sont contrastées selon que l'on est affecté à la voirie, au service des bâtiments publics, ou au contraire aux tâches administratives.