Alfredo Cabanillas Blanco (Madrid, 1894 – Cordoue, 1979) est un poète, journaliste, essayiste et homme politique espagnol.

Issu d’un milieu très catholique, il se voua d’abord à la poésie et fréquenta l’Ateneo de Madrid, où il lia connaissance avec nombre d’écrivains et d’intellectuels, dont aussi Manuel Azaña, pour qui il éprouvait amitié et admiration, et de qui il allait plus tard diriger le service de presse. Sa vocation journalistique trouva à s’exprimer dans les colonnes du journal libéral Heraldo de Madrid, dont il devint en 1921 membre à part entière de l’équipe rédactionnelle et pour le compte duquel il couvrit les opérations militaires dans le Maroc espagnol de juillet-août 1921. Il milita parallèlement dans le parti libéral et républicain Union républicaine, et en assuma la vice-présidence sous la République. Ayant acquis des attaches avec Cordoue à la suite de son mariage avec une cantatrice cordouane, il fut désigné « ambassadeur de Cordoue à Madrid », chargé de défendre les intérêts de sa ville d’adoption auprès du pouvoir central.

Hostile au putsch militaire de juillet 1936, et resté fidèle à la République, il s’aliéna cependant le camp républicain dans les premiers mois de la guerre civile en raison de son opposition aux exécutions extra-judiciaires et à ses réticences contre la décision d’armer le peuple. Ces prises de position, et le secours qu’il apportait aux personnes persécutées appartenant au camp adverse, le firent exclure de son journal d’abord, de son parti ensuite, et objet de menaces, préféra quitter l’Espagne pour trouver havre en Argentine.

Installé en exil à Buenos Aires, il reprit son activité journalistique, en particulier comme collaborateur, puis directeur du journal pro-franquiste El Diario Español, où il s’efforçait de justifier le coup d’État de 1936, notamment en invoquant l’imminence d’une révolution bolchevique en Espagne. Avide de retourner dans son pays, il vit sa requête en ce sens finalement agréée en 1964 et put revenir en Espagne, où il poursuivit sa carrière de journaliste, cette fois au journal ABC, tout en continuant de publier des poésies.

Biographie Formation et jeunes années vignette|redresse|Couverture du recueil de poèmes Eternidad (1923). Né à Madrid en 1894 au sein d’une fratrie de sept enfants, Alfredo Cabanillas Blanco accomplit sa formation secondaire au collège catholique des Pères du Cœur-de-Marie (Colegio de los Padres del Corazón de María) à Alagón, à (à vol d’oiseau) au nord-ouest de Saragosse, suivie de deux années d’études au Séminaire conciliaire de Madrid.

À l’âge de , il obtint son premier emploi, dans la banque Crédit Lyonnais. En 1915, il fut embauché comme collaborateur au quotidien conservateur La Correspondencia de España. La même année, après avoir fait la connaissance de Rodrigo Soriano, journaliste et homme politique, fondateur du journal España Nueva, il se vit proposer par celui-ci de travailler comme son secrétaire.

Cabanillas Blanco s’était lié d’amitié avec l’écrivain Arturo Barea et se voua dans un premier temps entièrement à la poésie, fréquentant alors le cercle (tertulia) de l’ancien café madrilène Café de Fornos.. Vers le milieu de l’année 1915, il faisait paraître son premier livre, intitulé Ocaso de Sangre (littér. Déclin de sang), lequel, inspiré par les événements sanglants de la Première Guerre mondiale, lui valut en 1936 d’être décoré des Palmes académiques par le gouvernement français, dans les locaux de l’ambassade de France.

Son penchant pour les belles-lettres et pour le théâtre porta Cabanillas à fréquenter l’Athénée de Madrid (Ateneo en espagnol), où il fit la rencontre de Manuel Azaña, alors secrétaire général de cette institution, et sympathisa avec le républicanisme.. Il y entra aussi en contact avec les écrivains Valle-Inclán, Gómez de Baquero (« Andrenio »), Ricardo Baeza et avec les jeunes poètes Juan José Llovet et Xavier Bóveda.

Débuts dans la carrière journalistique et guerre du Rif vignette|gauche|Carte de presse de Cabanillas Blanco, établie par son journal Heraldo de Madrid (1921). Dans le même temps, Cabanillas Blanco était en rapport depuis ses jeunes années avec le journal libéral Heraldo de Madrid, géré par la Sociedad Editora Universal des frères Juan et Manuel Busquets, et ne cessait de solliciter auprès du directeur du journal José Rocamora de faire partie de l’équipe de rédaction. Cependant, l’élément déclencheur de son admission définitive fut la série d’articles rédigés par Cabanillas au sujet du Congrès syndicaliste tenu en 1921 au théâtre de la Comedia à Madrid.

Après la débâcle militaire espagnole d’Anoual de juillet à , dans le Maroc espagnol, Cabanillas Blanco fut dépêché sur les lieux au titre de correspondant de guerre pour couvrir les événements du front, ses reportages paraissant dès le lendemain dans les colonnes de Heraldo de Madrid. Moyennant l’autorisation du haut-commissaire au Maroc, le général Dámaso Berenguer, Cabanillas Blanco réalisa l’entretien le plus mémorable et le plus risqué de sa carrière, à savoir celui avec le chef rifain Abdelkader Belhadj Tieb, alors ami indéfectible de l’Espagne et ennemi d’Abdelkrim el-Khattabi. Abdelkader Belhadj Tieb avait été contraint de se réfugier dans le douar de Souk El-Had de Béni Chiker, au côté du régiment Sevilla, que commandait le général Neila. Pour le rejoindre, Cabanillas dut traverser, à bord d’un camion blindé, une portion de territoire encore sous domination des kabilas rifaines insurgées. Les informations qu’il avait pu obtenir auraient indiqué qu’Abdelkader connaissait les motifs du soulèvement d’Abdelkrim. C’est à cette époque aussi qu’il lui fut donné de connaître de très près la plupart des futurs généraux dits africanistes, dont notamment Franco, Sanjurjo, Berenguer, Millán-Astray

vignette|redresse|Une de Heraldo de Madrid du , rendant compte des événements d’août 1921 au Maroc espagnol. Il apporta son concours à une opération de sauvetage à Casabona (position fortifiée non loin de Melilla), aidant à évacuer huit soldats vers l’hôpital, action en reconnaissance de laquelle le ministère de la Guerre lui octroya la croix du Mérite militaire (division blanche), encore qu’il ait dû y renoncer, car incapable de s’acquitter des droits attachés à cette distinction, qui s’élevait à .

La dernière chronique de guerre de Cabanillas au Maroc traitait du carnage de Mont-Aroui. En 1922, ses reportages furent réunis et édités sous forme d’ouvrage, avec pour titre La epopeya del soldado, livre dans lequel l’auteur non seulement met en cause le gouvernement et plusieurs haut gradés, exigeant qu’ils répondent de leurs décisions et comportements dans la débâcle d’Anoual, mais encore accuse le roi lui-même.

À son retour à Madrid, il lui fut rendu un hommage public dans l’hôtel Palace, auquel assistaient quelque , représentants de la presse et militaires. Il reprit par la suite ses visites à l’Ateneo et renoua ses relations avec l’intelligentsia espagnole du moment, dont Valle-Inclán, Jacinto Benavente, José Ortega y Gasset, Eduardo Marquina, Ramón Pérez de Ayala, entre autres, et également avec le milieu journalistique, en les personnes de : Juan Ignacio Luca de Tena Herrera, directeur de La Tribuna ; de Manuel Aznar, directeur de El Sol ; de Manuel Bueno, écrivain et journaliste ; de Mariano de Cavia, journaliste au quotidien El Imparcial De même, il resserra ses rapports avec le secrétaire de l’Ateneo, Manuel Azaña, qu’il affirmait respecter comme intellectuel et écrivain, et dont il évoqua la figure dans ses mémoires, en ces termes :

De tendance libérale, Cabanillas Blanco milita dans le parti Union républicaine, dirigé par Diego Martínez Barrio, et allait être désigné vice-président de ce parti sous la Seconde République.

Sous la dictature de Primo de Rivera vignette|Le Théâtre royal de Madrid, dont Cabanillas Blanco était le secrétaire dans les années 1920. En 1923, au lendemain de l’instauration de la dictature de Primo de Rivera, Cabanillas assista comme délégué de son journal à la conférence de presse convoquée par le dictateur au ministère de la Guerre.

En , il contracta mariage à Cordoue avec la cantatrice mezzo-soprano cordouane Graciela Fernández Vergara, qui se produisait au Teatro Real de Madrid et dont il avait fait la rencontre l’année d’auparavant.. Vu que Cabanillas Blanco combinait son emploi de rédacteur à Heraldo de Madrid avec sa fonction de secrétaire du Teatro Real, le couple choisit de fixer sa résidence à Madrid, quoique dans un continuel va-et-vient entre cette ville et Cordoue.

vignette|Portail d’entrée de la Colonia de la Prensa, rue Eugenia de Montijo, à Madrid. Membre éminent de l’Asociación de la Prensa de Madrid (APM), Cabanillas Blanco mit à contribution tout son entregent pour se voir accorder une entrevue avec le roi Alphonse XIII, dans le but d’obtenir le soutien de celui-ci au premier projet en date d’une « Colonie de la Presse » (faubourg pavillonnaire habité par gens de presse et écrivains) à Madrid, conformément à la Ley de Casas Baratas (± loi sur les logements à prix abordable). La première pierre en fut posée en , sous les auspices d’Alphonse XIII, suivie de l’édification de de un à deux étages.

De même que nombre d’intellectuels de l’époque, comme Unamuno, Ortega y Gasset et Alcalá-Zamora, Cabanillas rendait Primo de Rivera responsable de la chute d’Alphonse XIII, pour avoir voulu se maintenir au pouvoir et avoir mis à mal les libertés civiques, ce qui avait fini par profiter à l’option républicaine. En conséquence, arguait Cabanillas, la République ne surgit ni à la suite d’un coup d’État, ni par la force, mais comme le résultat d’élections démocratiques et de la volonté populaire. En effet :

Seconde République Le nouveau chef de gouvernement Manuel Azaña nomma Cabanillas Blanco directeur du service de presse de la présidence du Conseil. Selon Cabanillas lui-même, il était redevable de cette nomination à son amitié de longue date avec Azaña à l’Ateneo, et accepta le poste parce qu’il lui laissait le loisir de poursuivre parallèlement son travail à Heraldo de Madrid, auquel il était dévoué et dont il allait prendre la direction à la veille de la guerre civile, en remplacement de Manuel Fontdevila Cruixent.

vignette|redresse|Une du Heraldo de Madrid du , lendemain de la proclamation de la république. Cabanillas fut désigné vice-président du parti Union républicaine, alors présidé par Diego Martínez Barrio, peut-être en raison de la haute fonction qu’il occupait à Heraldo de Madrid, lequel atteignait un tirage quotidien de plus de , dépassant désormais celui de ABC et de El Debate, jusque-là les quotidiens les plus lus. Heraldo de Madrid figurait comme principal support et refuge pour les lecteurs républicains et de gauche sous le dénommé Biénnat noir (-) et devait jouer un rôle de premier plan lors des élections de février 1936, en menant sa propre campagne en faveur du Front populaire.