vignette|Coccinelle, à gauche, en compagnie de , années 1970.Bien le concept de transidentité en tant que tel est développé au cours du , l'histoire des transidentités en France remonte bien plus antérieurement : tant les historiens que les personnes trans tracent des parallèles entre des récits ou biographies et des expériences de la transidentité.

Associée au cabaret dans les années 1960, notamment grâce à la médiation de la pionnière Coccinnelle, l'histoire trans en France est celle à la fois d'une pathologisation des transidentités accompagnée d'un contrôle médical de l'accès aux transitions de genre, en particulier sous l'impulsion de théories psychanalytiques et d'une autonomisation politique des personnes trans qui passe par la représentation médiatique et artistique ainsi que des productions de savoirs situés.

Avant 1920 : des transidentités sans les mots Si le concept de transidentité en tant que tel est développé au cours du , tant les historiens que les personnes trans tracent des parallèles entre des récits ou biographies antérieures et des expériences de la transidentité.

En 1322, le rabbin Kalonymus ben Kalonymus écrit un poème exprimant son désespoir d'être né homme et son envie d'être née femme, tout en qualifiant son pénis de .

Parmi les textes hagiographiques médiévaux, comme La Légende dorée de Jacques de Voragines ou le Speculum historiale ou Miroir historial de Vincent de Beauvais figurent des exemples de personnes ayant vécu sous une identité de genre non conforme à leur sexe assigné à la naissance parmi les saints et saintes catholiques, notamment Sainte Marine et Euphrosyne d'Alexandrie.. vignette|Chapiteau d'Eugénie de Rome lors de son procès, en tonsure et tenue de moine et montrant ses seins. Un chapiteau, datant des années 1125-1140, à l'intérieur de la basilique de Vézelay en France, montre le moment du procès où le moine Eugène, canonisé par l'Église sous le nom de sainte Eugénie, montre ses seins pour nier une accusation de viol à son encontre. Selon Clovis Maillet, il s'agit d'un cas de transidentité médiéval puisqu'il y a déclaration d'être un homme et vit comme tel. La Légende dorée décrit le moine comme une « femme virile ».

Le Livre de la mutation de fortune écrit en 1403 par Christine de Pizan aborde un récit où la narratrice indique avoir été transformée en homme à la mort de son mari.

Lors de la seconde restauration évolue une mademoiselle Jenny Savalette de Lange ; si les informations récoltées lors de sa toilette mortuaire en font pour certains un homme travesti toute sa vie ou , un autre regard en fait une des premières femmes trans de l'histoire de France.

En 1858, Abel Barbin, intersexe, est la première personne à voir son identité de genre modifiée à l’état civil en France. Ce changement est toutefois plus subi et non pas choisi.

1920 à 1945 : les premières opérations La première série d'opérations d'affirmation de genre est réalisée en Allemagne au sein de l'Institut Hirschfeld dans les années 1920, au bénéfice de Dorchen Richter ; le chirurgien Felix Abraham, formé en partie en France, réalise et documente les opérations. Dorchen Richter et d'autres personnes trans telles que la peintre danoise Lili Elbe ou le français Henri Accès font l'objet de portraits enthousiastes dans la presse française des années 1930. La littérature s'empare de la transidentité avec les romans La Femme qui était en lui de Maurice Rostand et L'expérience du docteur Laboulette de Marcel Sherol ou la nouvelle Le Plaisir singulier de Pierre de la Batut.

En 1929, Violette Morris a recours à une opération de mastectomie ; ce changement, en plus de ses tenues masculines, font que la Fédération sportive féminine de France lui refuse une licence et l'invite à concourir avec les hommes, sans que rien n'indique dans ses écrits qu'elle ne se considérait pas femme.

L'opinion médicale est beaucoup plus critique ; Agnès Masson, psychiatre directrice d'asile, considère que les opérations de changement de sexe et les documents d'autorisation de travestissement qu'Hirschfeld fournit à ses patientes est une conséquence de la pénalisation de l'homosexualité en Allemagne : pour elle, ce n'est que l'homophobie allemande qui encourage Hirschfeld à séparer homosexualité et transidentité, dans le but de normaliser cette dernière. Sous son influence, et celle des théories psychanalytiques, le consensus médical et psychiatrique français sera à la pathologisation de la transidentité.

1945 à 1965 : début de structuration de la communauté trans

Visibilité accrue En 1954, la peintre Michel-Marie Poulain publie son autobiographie J'ai choisi mon sexe ; ce témoignage participe fortement à la connaissance de la transidentité par le grand public.

C'est aussi à cette époque que l'artiste Coccinelle révolutionne le genre du cabaret travesti/trans : ses spectacles ne reposent en effet non pas sur l'effet comique d'un travestissement absurde car ne pouvant être crédible, mais au contraire sur la fascination éprouvée à voir une transformation d'homme vers femme réussie. Sa célébrité prend un tournant international lorsque la presse apprend sa vaginoplastie et de nombreuses femmes trans effectuent alors la même opération.

Cela suscite la réaction de l'Ordre des médecins, pour qui seules les autorités médicales, en particulier endocrinologues et neuropsychiatres, peuvent décider de la validité ou non d'opération de changement de sexe, et que celles-ci doivent se limiter aux personnes intersexes. Coccinelle se marie à l'église en 1962, après avoir obtenu son changement d'état civil, mais le scandale provoqué pousse les autorités française à ne plus les autoriser pour les femmes trans jusqu'à la fin des années 1970. Coccinelle obtient un changement d'état civil en 1970, c'est-à-dire l'inscription du sexe féminin et de son nouveau prénom sur ses papiers d'identité, mais elle reste une exception.

Cet âge d'or du cabaret transgenre ainsi que la notoriété de Coccinelle et de ses photos de nu, contribuent à associer dans l'esprit français l'association entre les femmes trans et à la fois le spectacle et l'érotisme, bien que la transidentité était alors déjà présente dans de nombreuses couches de la sociétéCoccinelle a ainsi entendu parler pour la première fois de la possibilité d'effectuer une vaginoplastie de la part d'une femme électricienne.. Une autre artiste bien connue de cette époque est la meneuse de revue Bambi.

Transitions médicales En 1957 le docteur Georges Burou, qui exerce à la clinique du Parc à Casablanca, invente une nouvelle technique de vaginoplastie qui permet de conserver un maximum de tissu nerveux, donnant ainsi aux nouveaux vagins la possibilité de conserver des sensations lors de rapports sexuels ; en plus de cela, il est réputé pour la beauté des clitoris et des lèvres vaginales qu'il crée, le rendant le chirurgien le plus populaire de la communauté transféminine d'alors. Toutefois, les frais d'hospitalisation et de voyages, ainsi que l'impossibilité de travailler durant la covalence, font que sa clientèle se limite aux femmes trans relativement les plus aisées, ou à celles faisant le choix de la prostitution pour réunir assez d'argent.

À cette période, les hormones, notamment les ovocyclines, sont en vente libre en pharmacie ; les femmes trans n'ont ainsi pas besoin de valider leur transidentité auprès d'une autorité psychiatrique pour y accéder.

Harcèlement policier et difficultés économiques Dans les années 1960, femmes trans et travestis continuent à subir du harcèlement policier. En particulier, les travailleuses du sexe trans de la place Blanche sont accusées de donner une mauvaise image de Paris et de troubler l'ordre public, et pouvoirs publics et policiers discutent de la meilleure manière de les faire partir.

Le glamour de la scène cabaret ne doit pas faire oublier les grandes difficultés des femmes trans de l'époque ; outre le harcèlement policier qu'elles subissent, notamment via des contrôles d'identité et des arrestations, les opportunités économiques sont rares, créant un fort climat de concurrence entre les candidates à la scène du Carrousel ; la situation est d'autant plus difficile que, pour entrer ou rester au Carrousel, il est nécessaire à ces femmes d'investir de fortes sommes dans leurs tenues. En effet, la discrimination transphobe, couplée à l'absence de changement d'état civil, rend le travail salarié des femmes trans particulièrement difficiles : Barbara Buick témoigne ainsi d'avoir été licenciée de l'usine où elle travaillait à la suite d'un accident du travail dont la procédure a outé son identité civile encore masculine.

Entre dissensions et solidarité alt=Photographie du boulevard de Clichy. De nombreuses devantures néons de sex-shops et clubs de strip-tease sont visibles|vignette|Boulevard de Clichy (Paris) en 1979. Il fait partie des lieux de concentration de la prostitution trans dans les années 1960 et 1970. Marie-Andrée Schwindenhammer, elle-même trans, met en relation des femmes trans travaillant pour le cabaret transgenre parisien Le Carrousel, avec sa collocatrice, Madame Bonnet, experte en épilation définitive par électrolyse. Des dissensions apparaissent : Marie-Andrée Schwindenhammer reproche en effet à Michel-Marie Poulain de donner une mauvaise image de la transidentité en laissant sa fille l'appeler papa en public et en restant avec son épouse d'avant transition, c'est-à-dire en s'affichant en relation lesbienne.

En 1959, le photographe Christer Strömholm réalise un reportage sur la communauté trans de la place Blanche, mettant en évidence la forte solidarité entre ces femmes et le harcèlement policier dont elles font l'objet. Ce reportage est publié en 1983, sous le titre Les Amies de la place Blanche.

1965 à 1990 Le nombre de femmes trans se prostituant augmente dans les années 1970 ; celles-ci font l'objet d'un harcèlement policier (menaces, arrestations arbitraires, violences sexuelles), en particulier dans le quartier de Pigalle.

Une visibilité qui se diversifie En 1968, le magazine Reportage publie un dossier sur la transidentité, en France et dans le monde. Celui-ci présente des éléments historiques, notamment le travestissement au théâtre ou celui de Jeanne d'arc, mais aussi des témoignages de personnes cis côtoyant des personnes trans, une explication du contexte juridique de la transidentité mais aussi les difficultés économiques et sociales des personnes trans. Ce reportage donne à voir aussi, pour l'une des premières fois en France, la transmasculinité, en particulier dans le sport, évoquant Violette Morris et Léon Caurla

En 1971 nait le Front homosexuel d'action révolutionnaire ; au sein de celui-ci officie aussi le groupe des Gazolines, composé de personnes trans et homosexuelles qui pratiquent le travestissement comme outil de dénonciation des normes de genre hétérosexuelles et cisgenres. Plus généralement, la transidentité continue à avoir une place, certes très marginale, dans la presse homosexuelle : Tabou en 1970, Homo en 1975, mais aussi généraliste, aux côtés de l'homosexualité, comme c'est dans Ah ! Nana en 1978.

En 1987, l'avocate Maud Marin gagne une notoriété médiatique avec son roman autobiographique Le saut de l'ange.

Création d'associations trans vignette|Dessin de 2021 représentant Marie-Andrée Schwindenhammer.