Jean-Philippe Lavallé, né le à Saint-Mard (aujourd'hui section de la ville de Virton, dans la province de Luxembourg, en Belgique) et mort dans le même village gaumais le , est un militaire belge célèbre pour être le dernier combattant de la révolution belge de 1830 lors de sa mort à l'âge de 104 ans.

Biographie Origines et vie privée Jean-Philippe Lavallé nait à Saint-Mard, situé dans ce qui est à l'époque le département des forêts de la Première République française. Il est le second enfant du couple formé par Jean-Baptiste Lavallé (1780-1867), journalier manœuvre, et Marie Josèphe Authelet (1784 - ?). Jean-Philippe a un frère ainé, Jean-Nicolas (1807-1808) ainsi que huit sœurs cadettes : Anne Marie (1810-1810), Marie Martine (1812-1895), Claude (1814-1903), Marguerite (1819-1819), Marie Joseph (1821 - 1908), Marguerite (1823-1894), Victorine (1828-1834), Nicole Christine (1835-?). Il a également un frère cadet, Jean Nicolas, mort en bas âge la même année que sa naissance, en 1826.

Jean-Philippe se marie le avec Marie-Thérèse Larcher (1819 - 1875) à Rumont, dans le département de la Meuse, en France. Ensemble, ils auront quatre enfants : Marie Zélie (1846 - 1877), Arsène Alcide (1848 - 1872), Victor Henry (1852 - 1912) et Marie Victorine (1858 - 1882).

Carrière militaire Contexte vignette|gauche|La citadelle de Namur, où la afdeeling des forces armées du Royaume uni des Pays-Bas est en garnison à l'époque. En 1815, après le démembrement du Premier Empire de Napoléon Bonaparte, l'ancien département français où vit la famille Lavallé devient le Grand-Duché de Luxembourg, territoire fondé par le Congrès de Vienne et octroyé à titre privé et héréditaire à la maison d'Orange-Nassau. Le premier Grand-duc de Luxembourg est alors Guillaume, qui est également nommé souverain du tout nouvel état-tampon créé entre la France et la Prusse : le Royaume uni des Pays-Bas, qui incorpore la Belgique actuelle.

Malgré la séparation légale entre les deux entités, Guillaume considère son grand-duché comme la dix-huitième province de son royaume et le soumet à la loi fondamentale, ce qui lui permet, entre autres, d'y recruter des soldats afin de les incorporer aux forces armées du Royaume uni des Pays-Bas. C'est dans ce contexte qu'à 19 ans, en 1828, le jeune Jean-Philippe Lavallé est appelé à la circonscription et tire au sort le numéro 5, ce qui le contraint à se faire incorporer, à partir du , au sein de la afdeeling, en garnison dans la citadelle de Namur. Dans cette unité, tous les officiers sont « hollandais », excepté le colonel Dupont, namurois.

Révolution belge vignette|Le Drapeau d'Honneur décerné à la « commune de Namur », pour sa participation active à la révolution belge. Les émeutes d'août 1830 à Bruxelles se propagent rapidement dans les autres provinces belges du Royaume uni des Pays-Bas, déclenchant la révolution belge. La ville de Namur n'est pas épargnée : dès le soir du , lendemain de la représentation de La Muette de Portici au théâtre royal de La Monnaie, des manifestations éclatent vers , dissipées par la schutterij (la « garde communale », ancêtre de la Garde civique) qui a reçu l'ordre de se rassembler pour l'occasion. Une garde bourgeoise est créée dès le lendemain afin de maintenir l'ordre public car de nouveaux troubles ont lieu. Le , la garnison de la citadelle doit effectuer une sortie afin de disperser un nouveau rassemblement populaire. En conséquence, le , le général , chef du grand commandement militaire et plus haut gradé, demande le pouvoir mettre Namur en état de siège, ce qu'il obtient.

Le , la réaction du roi Guillaume face à l'insurrection est mise en marche : un détachement de l'armée, commandé par son deuxième fils, le prince Frédéric, attaque Bruxelles et Louvain en vue de reprendre le contrôle de ces deux villes. Toutefois, à la surprise générale, les volontaires belges résistent et tiennent le choc : l'attaque de Louvain est repoussée le jour-même, tandis que les troupes royales s'enlisent dans les combats des « Quatre Jours de Bruxelles ». C'est ce que l'histoire retient comme étant les Journées de Septembre. Ces évènements marquent particulièrement la population et finissent de propager la révolution dans l'ensemble des provinces belges et du Grand-Duché de Luxembourg.

À Namur, une partie du corps de volontaires qui avait été envoyé pour défendre Bruxelles revient après la victoire du et contribue à soulever la ville. Le , une fusillade éclate sur la Place d'Armes et une émeute s'ensuit. La foule attaque la citadelle la porte Saint-Nicolas puis la porte de Fer avec l'aide de renforts arrivés des villages voisins et de déserteurs de la garnison. Jean-Philippe Lavallé compte parmi les soldats assignés à la défense de cette deuxième porte mais ils refusent de tirer sur leurs compatriotes et, à l'instar d'autres soldats d'origine belge, il choisit de déserter. On dénombre une trentaine de morts et immeubles sinistrés dans les combats ce jour-là. La citadelle, quant à elle, capitule le .

Guerre belgo-néerlandaise

Après sa désertion de l'armée néerlandaise, Jean-Philippe Lavallé rentre à Saint-Mard avec 1,5 florin néerlandais que lui a donné un civil. Quelques semaines plus tard, il est rappelé, cette fois sous le drapeau de la Belgique, pour incorporer la compagnie du bataillon du 2e régiment de ligne des nouvelles forces armées belges. Il est toujours basé à Namur, sous le commandement du colonel Jean-Baptiste Henri Frédéric Dollin Du Fresnel. On le retrouve dans la campagne du Limbourg et plus précisément lors du . En effet, on sait qu'il tombe gravement malade et qu'il est hospitalisé, passant le réveillon 1830-1831 aux soins d'un infirmier originaire d'Halanzy, dans sa Gaume natale.

Après sa guérison, il participe à la bataille de Louvain le , l'un des épisodes de la campagne des Dix-Jours, pendant laquelle il dit se souvenir d'avoir été passé en revue par le premier roi des Belges, Léopold, à Diest. Il prend ensuite part au avant que la guerre ne se termine par la signature de la convention de Zonhoven, le . Il poursuit son engagement de soldat jusqu'en 1839 et est successivement caserné à Gand (3e régiment de ligne), à Ypres et à Mersch.

Carrière civile vignette|Rumont, dans le département de la Meuse, en France. Jean-Philippe Lavallé termine sa carrière militaire au même moment que la scission du Grand-Duché de Luxembourg par le traité des XXIV articles, daté du . Sa Gaume natale demeurant sous la couronne de Léopold Ier, Jean-Philippe devient belge de facto. Il revient vivre à Saint-Mard, où il travaille comme terrassier. En 1840, il œuvre comme piqueur au percement d’un canal à Donchery, dans le département des Ardennes, en France. Dans le même pays, en 1845, il est engagé pour la construction de la route entre Bar-le-Duc à Verdun, qui lui permet de rencontrer Marie-Thérèse Larcher, avec laquelle il se marie l'année suivante. Le couple s'installe alors dans le village natal de Marie-Thérèse : Rumont, dans le département de la Meuse.

En 1870, Jean-Philippe revient temporairement à Saint-Mard pour participer à la construction de la liaison ferroviaire qui relie la ligne Bruxelles-Luxembourg de la Grande Compagnie du Luxembourg (à hauteur de la gare de Marbehan), à la gare de Montmédy, en France, le tout commandité par la Compagnie du chemin de fer de Virton.

Fin de vie et postérité En 1911, Jean-Philippe réside chez son dernier fils, Victor Henri et sa femme Mathilde, agriculteurs à Rumont, qui habitent au numéro 34 du Quartier Noël. Le , celui que l'on croyait être le « dernier combattant de 1830 », Philippe Demoulin, décède dans son village d'Arquennes, dans la province de Hainaut. La nouvelle fait grand bruit en Belgique et c'est alors qu'à Saint-Mard, on se souvient de Jean-Philippe Lavallé. Un journaliste du Petit bleu le retrouve à Rumont en et fait paraitre son témoignage, bien vite relayé par d'autres presses régionales, telles que Le Progrès et L'Ardennais, mais aussi par Le Parisien qui dépêche un journaliste pour l'interviewer.

Le bourgmestre de Saint-Mard, François-Joseph Piessevaux, décide alors à son tour d'aller à la rencontre du vétéran, accompagné de Georges Lorand, député libéral de Virton et journaliste au quotidien belge Le Soir. À l'occasion de cet entretien, le vieil homme confie, entre autres, recevoir une pension de francs belges et n'être à ce moment, récipiendaire d'aucune décoration, simplement d'un diplôme de membre d'honneur de la Société des enfants des combattants de 1830. À 103 ans et demi, il ajoute avec humour que . Les deux hommes lui indiquent alors qu'ils souhaiteraient le célébrer comme il se doit à Saint-Mard, en sa présence. Il répond qu'il est favorable à l'idée mais que cela lui parait difficile puisque qu'il confie que la dernière fois qu'il y est revenu c'était à pieds voilà 28 ans, et qu'il ne se sent plus capable d'une telle marche de à son âge.

Quelques mois plus tard, Victor Henri Lavallé, qui l'hébergeait jusqu'alors, décède et Jean-Philippe n'a plus d'enfant en vie. Sa petite-fille et ses enfants vivent à Landrecourt-Lempire à 45 kilomètres de là, tandis que le reste de la famille Lavallé demeure à Saint-Mard. Ayant mentionné l'envie de revenir finir ses jours dans son village natal, les autorités de Saint-Mard mandatent trois hommes pour rapatrier l'ancien combattant en automobile : le notaire Charles Hubert, Joseph Girardin et Nicolas-Joseph Lavallé. Après avoir été accueilli en triomphe à Saint-Mard, Jean-Philippe s'installe chez l'un de ses cousines, à Villette, en Meurthe-et-Moselle, non loin de la frontière belge, en . L'évènement local est relaté dans plusieurs journaux, notamment dans L'Ardennais du .

Le , Jean-Philippe fête ses 104 ans et reçoit, à cette occasion, le titre de chevalier de l'ordre de la Couronne, remis par le colonel du 2e régiment de ligne et le bourgmestre Piessevaux et octroyé par un arrêté royal daté de la veille. Une aubade est organisée par les autorités lors de laquelle La Brabançonne est jouée en son honneur par l'Harmonie locale, ce à quoi Jean-Philippe répondit par : . Il reçoit également un subside de francs belges de la part du ministre de l'Intérieur, Paul Berryer, à qui il répond en lui envoyant une photographie de lui où il est inscrit .

Décès Le , Jean-Philippe Lavallé meurt alité à son domicile, d'une maladie respiratoire qui l'encombrait depuis deux jours. Son arrière petit neveu Jean Girardin, dit que :

Funérailles nationales vignette|Stèle en hommage à Jean-Philippe Lavallé, initialement apposée sur la façade de sa maison. Jean-Philippe Lavallé reçoit des obsèques nationales, célébrées le samedi , à Saint-Mard. L'hommage débute à à la maison communale où a lieu la levée du corps. Le cercueil est recouvert du drapeau du 2e régiment de ligne, représenté par le colonel Descamps et une députation d’officiers. Les honneurs militaires lui sont rendus par 100 hommes du 10e de ligne venus d'Arlon.

Le cortège se dirige ensuite vers l'église Saint-Médard, qui est comble. On y trouve un parterre de personnalités, dont le colonel Deruette représentant le roi des Belges, Albert Ier, monsieur Guelton représentant le gouvernement belge, le comte Emmanuel de Briey, gouverneur de la province de Luxembourg et une panoplie de militaires de tout rang. On note aussi la présence des écoliers du village.

Le journal Le Polissoir mentionne que :

La dépouille de Jean-Philippe Lavallé est ensuite emmenée jusqu'au cimetière de Saint-Mard avant d'être transférée, en 1925, dans le nouveau cimetière, dans une crypte où une plaque renseigne :

Postérité vignette|L'ancienne Grand-Place de Saint-Mard porte le nom de Jean-Philippe Lavallé depuis la fusion des communes de Belgique de 1977. Une stèle en petit granit de par 50, est apposée sur la façade de la maison natale de Jean-Philippe Lavallé. Lorsque celle-ci est rasée, la stèle est déplacée devant la chapelle du Charnier, rue Léon Colleaux ;