Le temple antique de Sanxay est un édifice cultuel de l'Antiquité romaine, situé dans la commune française de Sanxay (département de la Vienne en région Nouvelle-Aquitaine). Sa construction date de la seconde moitié du , et, comme l'ensemble du site antique de Sanxay, il est fréquenté jusque dans le courant du , c'est-à-dire pendant la période de la « paix romaine ».
Aux côtés du théâtre et des thermes (à vocation thérapeutique), c'est en effet l'une des composantes encore visibles de ce site important, vraisemblablement associé à une agglomération secondaire (vicus) de la cité des Pictons (chef-lieu : Limonum/Poitiers), qui s'est développée à partir d'un sanctuaire des eaux daté de l'époque de l'empereur Auguste.
Il est construit sur le plan général d'un (temple à plan centré), mais il se distingue par sa octogonale entourée d'une galerie péristyle en forme de croix grecque, au centre d'un péribole presque carré de près de fermé par quatre portiques. Il est difficile de préciser à quel dieu il était voué, mais une double dédicace à Apollon et Mercure, dont les cultes sont liés à l'eau, offre une hypothèse plausible de réponse à ce problème.
Les vestiges gallo-romains de Sanxay, dont celles du portique et de l'enceinte du temple, connus depuis le , ont été classés au titre des monuments historiques en 1882, à l'occasion d'une campagne de fouilles menée de 1881 à 1883, sous la direction de l'archéologue belge Camille de La Croix.
Localisation et environnement archéologique vignette|redresse|gauche|alt=Plan en couleurs d'un ensemble de monuments antiques.|Alignement des monuments de Sanxay (plan C. de La Croix).
Le temple de Sanxay est l'une des composantes d'un site antique qui est certainement celui d'une agglomération secondaire. Celle-ci se trouve à l'extrême ouest du département de la Vienne, en limite de celui des Deux-Sèvres, à une trentaine de kilomètres au sud-ouest de Poitiers. Le nom de « site d'Herbord », parfois donné à cet ensemble de vestiges antiques, est celui d'un hameau voisin.
Dans l'Antiquité, le site de Sanxay se situe dans le territoire des Pictons, en bordure d'un couloir de circulation mettant en relation les provinces du nord de la Gaule et la Bretagne insulaire d'une part, et les régions du sud et l'Hispanie d'autre part. La proximité de (Poitiers) joue certainement un rôle important. L'agglomération semble occuper, dans l'Antiquité, le centre d'un réseau de voies ; celles-ci n'ont toutefois pas perduré après l'abandon du site dès le haut Moyen Âge.
En l'état actuel des connaissances, les vestiges de l'agglomération secondaire sont répartis sur un peu moins de et s'inscrivent, à l'exception du théâtre et d'un petit , sur un terrain alluvionnaire descendant en pente douce dans le lobe convexe d'un méandre de la rive gauche de la Vonne qui emprunte l'un des plis hercyniens. Outre le temple, cette partie du site comprend une vaste esplanade dotée en son centre d'une tholos circulaire (notée « petit temple » sur le plan et dans les publications de Camille de La Croix), d'un ensemble thermal à la fonction complexe et plusieurs fois remanié ainsi que de nombreux bâtiments dont la destination ne peut être précisée car ils sont détruits ou enfouis et n'ont encore fait l'objet d'aucune fouille récente.
L'alignement parfait observé entre, de l'ouest à l'est, la du grand temple, la tholos de l'esplanade et le de la rive droite ne peut être fortuit ; ces trois édifices à vocation religieuse, même si un doute subsiste pour la tholos, s'inscrivent dans un programme architectural global du site.
Historique Chronologie du monument vignette|alt=Photographie en couleurs des ruines d'un mur interrompu par un amas de pierres.|Au deuxième plan, four à chaux recoupant le portique oriental. Des monnaies gauloises et républicaines, décrites par le numismate Anatole de Barthélemy, sont retrouvées à l'emplacement du temple, mais il est difficile d'en tirer des conclusions sur l'ancienneté de l'occupation humaine en raison de l'incertitude sur la durée de circulation de ces pièces..
Fréquenté entre les règnes d'Auguste et de Claude, un premier édifice cultuel est édifié sur le site. Il n'en subsiste que quelques vestiges du mur d'enceinte, dans l'angle sud-est, et des traces d'une aire de crémation sacrificielle sous une branche du portique, avec sept niveaux successifs d'occupation. La , vraisemblablement construite en bois à l'emplacement du grand temple qui lui a succédé, a totalement disparu, ses vestiges sans doute détruits lors des fouilles du . Ce premier temple, consacré au culte de l'eau, est probablement voué à Apollon et/ou Mercure.
Le grand temple semble édifié en plusieurs étapes : la et sa galerie remontent sans doute à la première moitié du et recouvrent les vestiges du précédent temple et son aire de crémation, alors qu'au moins l'un des portiques, qui clôture la cour vers l'est, fait l'objet d'une modification plus tardive (début ou première moitié du ).
Aucune monnaie postérieure au n'est retrouvée dans le temple, ce qui suggère qu'à cette époque le monument est abandonné probablement victime des effets de la crise du troisième siècle puis de la montée en puissance du christianisme sous l'impulsion locale d'Hilaire de Poitiers et de Martin de Tours. Après examen des monnaies et médailles qu'il a trouvées, mais qui n'ont pas été inventoriées à l'époque et dont beaucoup d'entre elles ont été perdues, Camille de La Croix estime pour sa part que le temple est détruit .
Un four à chaux, qui recoupe l'un des portiques périphériques du temple, témoigne de cet abandon : à une époque indéterminée, il a servi à l'extraction de la chaux contenue dans des éléments calcaires de décor et de sculpture du temple. La récupération a été presque systématique pour les blocs de grand appareil calcaire jusque dans les fondations des bâtiments.
Mentions historiques, fouilles et études Un manuscrit du moine bénédictin Léonard Fonteneau, mort en 1780, mentionne pour la première les vestiges d'une « station gallo-romaine » à Sanxay ; la nature des édifices n'est toutefois pas précisée. Il faut attendre 1865 pour qu'une commission dirigée par Alphonse Le Touzé de Longuemar soit chargée par la Société des antiquaires de l'Ouest de faire les premiers relevés sur le site, mais, faute de crédits, aucune fouille ne peut être engagée ; par contre, ces travaux, même rudimentaires, suscitent la curiosité de promeneurs et de collectionneurs privés ou institutionnels, qui commencent à piller les ruines. vignette|gauche|alt=Photographie en noir et blanc de murs de pierre et de tas de terre.|Temple en cours de fouille en 1883. La première et la seule campagne de fouilles sur l'ensemble du site intervient entre 1881 et 1883 ; elle est l'œuvre du père jésuite belge Camille de La Croix. Les terrains sont simplement loués pour le temps des fouilles, et de La Croix doit rendre les parcelles dans un état apte à l'agriculture en fin d'opération : il lui faut combler les excavations et débarrasser le sol des pierres, y compris vestiges archéologiques, gênant les labours. Il lève des plans précis du site, réalise des dessins, prend des photos et publie un premier compte-rendu, dans lequel les monuments (thermes, théâtre, temples et « habitations ») sont identifiés et décrits . La seconde moitié du voit d'ailleurs se déployer en France une intense activité archéologique, principalement tournée vers les monuments de l'Antiquité romaine.
Les ruines gallo-romaines de Sanxay, incluant nommément les thermes, le théâtre, l'enceinte et le portique, sont classées au titre des monuments historiques par arrêté du . et, dans le prolongement, Jean Camille Formigé puis son fils Jules à partir de 1924, tous deux architectes en chef des monuments historiques, effectuent un relevé de ces ruines.
La reprise des fouilles archéologiques dans les thermes, le temple et le théâtre, entre 1985 et 1994, renouvelle la vision de l'ensemble du complexe ; ces opérations accompagnent la mise en valeur du site.. En outre, à la même époque, des investigations (sondages et prospection géophysique) montrent que certaines structures périphériques sont toujours présentes, enfouies mais non détruites après les fouilles de Camille de La Croix.
Description vignette|gauche|alt=Dessin en couleurs et en 3D d'un temple antique.|Hypothèse de restitution. vignette|alt=Plan d'un monument antique.|Plan schématique. Le temple de Sanxay correspond à la définition générique d'un : il se présente comme un édifice cultuel à plan centré d'inspiration celtique. La forme octogonale de sa , sans être la plus répandue, n'est pas exceptionnelle. La galerie à portique qui entoure la , par contre, affecte un plan unique en l'état actuel des connaissances ; elle développe quatre branches aux quatre points cardinaux, bien plus étendues qu'à (Chassenon, en Charente), où elles se limitent à des escaliers d'accès au podium du temple. Cette conception donne au temple un « aspect majestueux » et témoigne, selon Myriam Fincker et Francis Tasssaux, d'une « architecture savante »..
Le temple proprement dit est implanté en position centrale dans un péribole délimité par quatre galeries ou portiques ; cet ensemble, comme dans la plupart des cas quand aucune contrainte ne s'y oppose (topographie, monument antérieur) est orienté vers l'est.
Le sol naturel sur lequel le temple est établi constitue une terrasse en légère pente du nord vers l'est et le sud, ce qui a nécessité des travaux de remblaiement pour asseoir le monument sur une surface horizontale et a entraîné des disparités importantes dans l'architecture de ses composantes. C'est ainsi que la terrasse supérieure, qui supporte le temple, domine de celle qui, plus proche de la rivière, est destinée aux thermes ; entre les deux et à un niveau intermédiaire ( en contrebas du temple), se trouve l'esplanade à la tholos, dont le sol accuse une légère pente vers le sud et l'est.
vignette|gauche|alt=Photographie en couleurs de deux arcs de maçonneries au sol.|Vestiges de la . De forme octogonale et construite en , la s'inscrit dans un cercle de de diamètre ; intérieurement, sa largeur maximale est de . Ses fondations sont constituées d'un anneau de blocs calcaires non jointifs destinés à drainer l'eau d'une nappe phréatique. Son mur en petit appareil, large de , est renforcé intérieurement dans chaque angle par un pilastre engagé large de peut-être destiné à supporter la toiture ; la présence de ces pilastres confère à la un plan intérieur de forme dodécagonale. Elle comporte deux portes simples , à l'est et à l'ouest, mais cette dernière ne permet pas une communication directe avec la cour du temple ; leurs piédroits sont des blocs de grand appareil. Le sol est sans doute revêtu d'un dallage, même si aucun élément n'en a été retrouvé. Rien ne démontre que cette ait été pourvue du sous-sol voûté que Jean Camille Formigé représente sur ses aquarelles mais dont son fils Jules reconnaît le caractère hypothétique.
Ces différentes caractéristiques suggèrent que des fenêtres l'éclairent en partie haute et qu'elle se termine par une toiture conique ou à huit pans ou par une coupole de pierre pourvue à son sommet d'un oculus ; sa hauteur peut être estimée à , compte tenu de ses dimensions au sol.
Lors des fouilles de 1882, l'inspecteur général des monuments historiques Juste Lisch attribue les ruines de la à celle d'un château d'eau, contre l'avis de Camille de La Croix et de Marius Vachon.
Portique cruciforme vignette|alt=Photographie en couleurs d'un ensemble de murs arasés au niveau du sol.| et portique cruciforme.