Les Forces de systèmes sans pilote () sont une branche des forces armées russes dédiée à la guerre des drones. Elle a été créée le .
Histoire
Contexte alt=Photo couleur d'un soldat en tenue de combat autour d'un petit drone disposé sur une rampe|gauche|vignette|Soldat russe déployant un drone de reconnaissance Orlan-10 en Ukraine, le . L'usage de drone est ancien dans l'armée russe. L'URSS en utilisait une large gamme pour des missions de reconnaissance, comme le Tupolev Tu-123 mis en service au milieu des années 1960. La plupart de ces modèles sont abandonnés avec la chute de l'URSS mais l'armée russe continue d'expérimenter avec des drones, que ce soit pour des missions de reconnaissance ou d'attaques. Cependant, la Russie ne fabrique pas de drones à échelle industrielle dans les années 2000 et 2010 et les unités qui les emploient sont souvent hétéroclites et en sous-effectif. La seule exception à cela est un régiment de la 45e armée de l'air et des forces de défense aérienne formé en 2016 et employant notamment des drones Orlan-10.
L'armée russe change de politique en matière de drones avec l'invasion de l'Ukraine. L'armée ukrainienne, théoriquement plus faible que son adversaire, réussit cependant à arrêter l'attaque russe, en partie grâce à l'utilisation massive de drones de tous types (aériens, mais aussi terrestres, maritimes ou sous-marins). Le front se fige rapidement dans une guerre de position, dans laquelle les aéronefs classiques ne peuvent plus jouer leur rôle: l'Ukraine en a trop peu, et les défenses anti-aériennes des deux belligérants empêchent de les utiliser. Dans ce contexte, la Russie a rattrapé progressivement son retard sur l'Ukraine, en achetant des drones iraniens et en développant ses propres capacités de production. L'usage de plus en plus massif de drones pousse les deux camps à modifier l'organisation de leur armée pour continuer à développer cette nouvelle doctrine militaire.
Création vignette|Dronistes russes en action en Ukraine en . En conséquence, le Ministère de la Défense russe crée le un quartier-général pour une future force des systèmes sans pilote (cette création ayant été annoncée dès le , quelques mois après la création de l'équivalent ukrainien). Le personnel pour ce quartier-général est puisé dans l'Académie militaire de l'État-major général de Moscou et doit superviser le développement, l'équipement et l'entraînement de spécialistes des drones dans tous les échelons des troupes russes. Pour cela, des unités sont mises sur pied à tous les niveaux: des sections d'état-major dédiées aux drones sont créées dans les commandements des branches de l'armée, ainsi que dans ceux des corps d'armées, divisions, brigades et régiments. Au moment de la création de ces structures, l'armée ukrainienne est nettement en avance sur son adversaire dans l'organisation de sa propre force de drones: elle dispose déjà de cinq brigades, neuf régiments et douze bataillons dédiés, en plus d'avoir intégré un bataillon de drones à chacune de ses brigades.
La force des systèmes sans pilote est une branche de l'armée russe, mais n'a pas la même autonomie que les troupes aéroportées ou les forces des missiles stratégiques. En termes de fonctionnement et d'organisation, elle est plus proche des troupes du Génie. Cependant, en , les observateurs internationaux ne savent pas à qui doit répondre le commandement de la force des systèmes sans pilote. Au même moment, il est d'ailleurs difficile de savoir qui est à la tête de cette force. D'après des blogueurs militaires russes, ce serait Youri Vaganov, un homme d'affaires né à Stepanakert en 1982, sans expérience militaire mais qui est devenu au fil de la guerre l'un des plus gros fournisseurs de drones pour l'armée russe. Son second serait le colonel Sergueï Ichtouganov, un officier parachutiste décoré.
Programme de développement Les objectifs de l'armée russe pour sa force des systèmes sans pilotes sont ambitieux: elle doit atteindre un effectif de 210000 hommes et compter 977 unités dont 35 brigades et régiments, 11 divisions, 150 bataillons et 206 compagnies, auxquelles viennent s'ajouter un grand nombre d'autres unités de tailles plus réduites. Pour atteindre ces objectifs, l'armée russe prévoit un plan en quatre phases, exposé en mars 2026 dans la revue officielle Pensée militaire.
Au , les structures de commandement stratégique sont mises en place au sein des Forces aérospatiales (VKS). Cinq détachements de drones d'attaque équipés de drones de type Shahed et Geran sont alors constitués sur les bases aériennes de Millerovo, Primorsko-Akhtarsk, Chatalovo, Koursk et Oktyabrskoïe, en Crimée occupée. Au , le 77e régiment de drones est constitué sous les ordres du district militaire Est, ainsi qu'un bataillon de drones rattaché à la 5e armée combinée. Le plan prévoit ensuite la création de bataillons de drones dans plusieurs divisions et brigades aéroportées, de détachements de drones d'attaque au sein des unités aériennes, ainsi que les cadres de futurs régiments et bataillons dans les différents districts militaires, les armées combinées, les unités blindées et l'infanterie de marine. Des régiments de drones navals doivent également être créés au sein des flottes de la mer Noire et de la Baltique, ainsi qu'une division de drones pour la Flottille de la Caspienne, sur le modèle ukrainien. En 2026, le programme prévoit la constitution de régiments de drones dotés de leurs effectifs complets dans les districts militaires de Léningrad, de Moscou, du Sud et de l'Est, ainsi que d'un régiment de drones d'attaque navals au sein de la Flotte du Nord. La réalisation de cette phase nécessite toutefois un financement supplémentaire de de roubles, qui n'est pas prévu dans le budget 2025-2026, ce qui constitue un risque notable pour la mise en œuvre du plan de développement. La phase suivante prévoit la création de bataillons de drones au sein de huit armées combinées, ainsi que d'un régiment de drones d'attaque navals pour la Flotte du Pacifique. Les Forces aérospatiales russes doivent également recevoir six régiments et un escadron de drones supplémentaires. Certaines unités sont cependant constituées en avance sur le calendrier prévu (qui est par ailleurs assez mal connu pour cette phase) : plusieurs bataillons sont transformés en régiments dès l'été 2026 et la mise sur pied des brigades doit être achevée au même moment. La dernière phase, prévue entre 2026 et 2028, prévoit notamment la création d'une brigade de drones placée en réserve de l'État-major général des Forces armées, ainsi que de nouvelles structures de commandement pour les forces ne relevant pas directement des armées, notamment le FSB et la Rosgvardia. Les bataillons de drones des armées combinées doivent progressivement être transformés en régiments. À terme, le programme prévoit également la formation et l'intégration d'au moins 204 bataillons de drones au sein des brigades de fusiliers motorisés et de chars, des bases militaires et de divers régiments, d'ici 2028.
Recrutement vignette|Panneau publicitaire de recrutement pour les forces des systèmes sans pilote à Nijni Novgorod, en .D'après des documents de planification russes découverts par Important Stories, l'armée entend recruter 78800 personnes dans la force des systèmes sans pilotes d'ici la fin 2026. Sur ce nombre, environ 20800 doivent provenir du système de conscription ou de prolongations de contrats de personnes servant déjà dans l'armée. Le reste doit être constitué de vétérans d'unités d'aviation, mais surtout d'étudiants sortis directement des universités du pays. Les profils recherchés reflètent la spécialisation demandée par le pilotage de drones: l'armée cherche des passionnés de jeux vidéos, des joueurs d'e-sport ou en encore des amateurs d'aéromodélisme, ayant tous des compétences en termes de coordination œil-main ou de conscience situationnelle. Dans la mesure où ces compétences sont plus techniques que physiques, les recruteurs russes ciblent davantage les femmes, avec par exemple des efforts de publicité pour la Journée internationale des femmes ou des unités entièrement féminines dont les noms évoquent les femmes pilotes soviétiques de la Seconde Guerre mondiale. Pour atteindre ses objectifs, l'armée russe implante des cours de pilotages de drone dans au moins 32 universités, pour un total d'environ 2000 étudiants à la fin de l'année 2025 ou au début 2026. A cela s'ajoute divers autres sites d'entraînement, installés dans des usines de fabrication de drones ou dans des centres d'entraînement militaires dans les régions ukrainiennes occupées de Donetsk, Louhansk, Zaporijjia ou Sébastopol.
Début 2026, l'effort de recrutement des étudiants est visible dans toutes les universités russes, souvent avec des méthodes coercitives. Certaines universités ont des quotas d'étudiants à fournir à l'effort de guerre. Les étudiants ayant de mauvais résultats sont envoyés en priorité aux recruteurs, et les universités les menacent de les expulser s'ils ne s'engagent pas dans l'armée. Parallèlement, l'armée promet à ces étudiants que leur service ne durera qu'un an, loin de la ligne de front et avec une paie de plusieurs millions de roubles, et qu'à son terme, ils pourront réintégrer leur université avec une bourse d'étude. En réalité, ces contrats sont impossibles à rompre, ne mentionnent pas de bourse et prévoient dans un appendice que les signataires pourront être transférés dans n'importe quelle autre branche de l'armée russe (y compris l'infanterie) s'ils ne satisfont pas les exigences pour piloter des drones, des constats que font la plupart des étudiants mis sous pression. En , certaines de ces recrues avaient ainsi été transférées dans l'infanterie d'assaut. De plus, le rôle de pilote de drone n'est pas aussi sécurisé que le promettent les recruteurs de l'armée russe: au moins un millier d'entre eux ont été tués en Ukraine.
Malgré ces efforts, les objectifs de recrutement ne sont pas atteints à la mi-2026, d'après le journal ukrainien Kyiv Post, qui s'appuie sur des analyses de la Conflict Intelligence Team et sur des témoignages de blogueurs nationalistes russes. Ces difficultés reflètent la situation générale de l'armée russe au même moment, qui n'arrive pas à reconstituer ses effectifs. Ainsi, au lieu des étudiants escomptés, les recrues de la force des systèmes sans pilotes sont souvent des hommes de plus de 50 ans, pauvres, aux parcours difficiles et issus d'entreprises ou d'institutions publiques elles aussi mises sous pression pour remplir des quotas de recrutement.
Références
Catégorie:Forces armées de la Russie