Le caporalato est un phénomène d’intermédiation, informelle et illégal, du travail à but lucratif mis en œuvre par un caporale, ou caponero (contraction de caporale et nero) lorsque celui-ci est d'origine migrante.

Historique Le caporale est Figure ancienne des campagnes italiennes, notamment dans le Mezzogiorno. Il tire sa force de sa capacité à mobiliser rapidement des travailleurs et des travailleuses dans certains secteurs : ceux où la pénurie de main-d'œuvre peut être catastrophique, l'agriculture maraîchère et l'arboricultureRomain Filhol, Du « caporale » au « caponero ». L'intermédiation de main-d’œuvre agricole migrante en Italie du Sud, Mélanges de l’École française de Rome - Italie et Méditerranée modernes et contemporaines [Online], 129-1 | 2017, URL: http://journals.openedition.org/mefrim/3333; DOI: https://doi.org/10.4000/mefrim.3333)Cristina Brovia, Sous la férule des caporali, Études rurales [Online], 182 | 2008, URL: http://journals.openedition.org/etudesrurales/8837; DOI: https://doi.org/10.4000/etudesrurales.8837). vignette|Cette photographie montre la récolte manuelle de la tomate dans une région d'Italie du Sud. A droite, le caporale (intermédiaire de main-d'œuvre) compte le nombre de caisses récoltées. Durant la dernière décennie, les syndicats et les médias ont parlé . C'est le cas de la Flai-CGIL, à travers l’Osservatorio Placido Rizzotto Letizia Palumbo, Maria Grazia Giammarinaro et al. Le condizioni di lavoro e di vita delle lavoratrici agricole tra sfruttamento, violenza, diritti negati e forme di agency. In : VI Rapporto Agromafie e caporalato. Ediesse, Futura, 2022. Les ouvriers et ouvrières agricoles refusent ce mot : pour eux, .

Le phénomène du caporalato reste ambigu. D'un côté, le caporale tire illégalement un profit du travail des autres. Lui seul détient l'accès au travail agricole pour des populations précarisées et marginalisées, généralement des femmes, des migrants ou les deux. Sa position de pouvoir expose les hommes et les femmes à des abus, largement documentésAlessandro Leogrande. Uomini e caporali: viaggio tra i nuovi schiavi nelle campagne del Sud. Feltrinelli Editore, 2016Marco Omizzolo (dir.), “Sfruttamento e caporalato in Italia. Il ruolo degli enti locali nella prevenzione e nel contrasto”, Rubbettino Editore, 2023. Les chercheurs soulignent qu’il serait réducteur de le rendre responsable de l'exploitation au travail dans les campagnes italiennes.

Le caporale répond à un besoin réel des exploitants. Le contexte de spécialisation agricole entraîne des besoins fluctuants en main-d'œuvre. L'exemple de la tomate est parlantRomain Filhol, “Squats, camps et « ghettos » de l’« or rouge » : production de tomates, migrations saisonnières et encampement des travailleurs agricoles migrants en Italie du Sud”, EchoGéo [Online], 74 | 2025, URL: http://journals.openedition.org/echogeo/30819; DOI: https://doi.org/10.4000/15prf. Les structures collectives de placement de main-d'œuvre ont été détruites progressivement ; le caporale occupe une position forte : certains auteurs n’hésitent pas à parler de monopoleDomenico Perrotta, "Vecchi e nuovi mediatori. Storia, geografia ed etnografia del caporalato in agricoltura", dans Meridiana, 2014, p. 193-220.

La mobilisation politique des ouvriers agricoles sans terre (les braccianti) avaient amené les syndicats de travailleurs à contrôler le marché du travail agricole ; l'interdiction progressive de ces pratiques a permis la résurgence du caporale, que l'on pensait disparuFrancesco Di Bartolo. "Dalle lotte sociali alla globalizzazione delle rivolte: il movimento bracciantile nelle zone capitalistiche del Mezzogiorno". Meridiana: rivista di storia e scienze sociali: 77, 2, 2013, 175-201.

La permanence du caporalato dans les campagnes italiennes, malgré la promulgation de différents textes législatifs visant à le combattreNotamment la loi n° 199 du 29 octobre 2016 intitulée « Dispositions en matière de contraste aux phénomènes de travail au noir, de l’exploitation du travail en agriculture et de réajustement salarial en agriculture », dite Loi Martina du nom de son ministre signataire., met en lumière son rôle dans le fonctionnement des filières agroalimentaires italiennesRaeymaekers T, Perrotta D (2022). Caporalato Capitalism: Labour Brokerage and Agrarian Change in a Mediterranean Society. THE JOURNAL OF PEASANT STUDIES, 0, 1-22 URL: https://www.tandfonline.com/doi/full/10.1080/03066150.2022.2072213 [10.1080/03066150.2022.2072213]. Plusieurs chercheurs estiment que cette persistance met en évidence les limites des politiques publiques mises en place. Elles devaient combattre un approvisionnement en main-d’œuvre de filières agroalimentaires qui reposait sur une force de travail nombreuse, flexible et faiblement rémunéréeMaurizio Ambrosini, “Immigrant Work and the Production of Italian Agrifood: The Variants of Subordinate Integration”, Journal of Immigrant & Refugee Studies, URL: https://www.tandfonline.com/doi/full/10.1080/15562948.2024.2424164#abstract DOI: 10.1080/15562948.2024.2424164).

Certains auteurs évoquent un encadrement légal de l’intermédiation de la main-d’œuvre agricole ; les politiques répressives ont des résultats limités en matière de condamnationsRomain Filhol, "Caporali et capineri dans l'encadrement de la main-d'œuvre agricole migrante en Italie". Dans Lavaud-Legendre B. (dir.), Externalisation de l'activité dans l'agriculture De l'opportunité migratoire aux risques d'exploitation ? Mare & Martin Ed., 2025.

Notes et références

Catégorie:Travail en Italie