thumb|Iconographie chrétienne du miracle à l'abbaye Notre-Dame-de-la-Pierre (1543).

Un miracle est un fait extraordinaire, dépourvu d'explication scientifique, qui est alors vu comme surnaturel et attribué à une puissance divine. Il est accompli soit directement, soit par l'intermédiaire d'un serviteur de cette divinité.

Il s'agit là d'une notion religieuse non reconnue par la science, pour laquelle le concept de phénomène inexplicable (généralement associé aux miracles) n'existe pas. La science ne connaît que des phénomènes inexpliqués, c'est-à-dire non encore élucidés en l'état actuel du savoir.

Les historiens qui se situent du côté de la science réfutent le concept de « surnaturel » pour expliquer quelque événement que ce soit. Leur approche est celle que définit Ernest Renan : « C'est au nom d'une constante expérience que nous bannissons le miracle de l'Histoire. »

Par là même, la lecture historico-critique des textes religieux, en particulier de la Bible, diffère fondamentalement de l'interprétation apologétique des mêmes textes, qui recherche une preuve de sa propre foi tout en acceptant la notion de miracle. Mieux encore, pour l'exégète comme pour l'historien, mais aussi pour le théologien, le miracle est avant tout porteur d'une signification. Si le miracle n'a pas de sens, il ne peut être considéré comme tel. Le miracle, dans le judaïsme comme dans le christianisme, est un message que Dieu adresse à l'homme. L'exégèse se donne pour tâche de déchiffrer ce message.

Le miracle dans les religions monothéistes

Judaïsme

En hébreu biblique, un même mot, נס (nés), désigne à la fois un miracle et un étendard. Les commentateurs juifs n'ont pas manqué d'observer que les miracles étaient des signes visibles de loin, comme les étendards.

Ces signes, qui expriment la volonté divine, se manifestent dès le commencement de l'histoire du peuple d'Israël, qu'il s'agisse de la substitution du bélier lors de la ligature d'Isaac ou de la voix de YHWH dans l'épisode du Buisson ardent. Cependant, le miracle le plus souvent évoqué dans le judaïsme, tant dans le Tanakh que dans les commentaires, la liturgie et les rites, reste celui de la sortie d'Égypte, l'événement fondateur de Pessah.

Un miracle, dans la Bible hébraïque, peut également faire office de châtiment divin, comme le Déluge ou les plaies d’Égypte.

Christianisme

Nouveau Testament

Dans les évangiles, les miracles de Jésus occupent une place importante. C'est ainsi que 205 versets sur les 425 de l'Evangile de Marc leur sont consacrés.. Les miracles sont notamment des guérisons par la foi et des exorcismesPierre Geoltrain (dir.), Aux origines du christianisme, Gallimard, 2000, passim.. La transformation de l'eau en vin aux noces de Cana est le premier miracle mentionnéPatrick Sbalchiero, L'Église face aux miracles : de l'Évangile à nos jours, Fayard, Paris, 2007 . Il y a également eu des résurrections, comme la résurrection de Lazare, ou des provisions miracles, comme la multiplication des pains. D'autres sont rapportés dans les Actes des Apôtres, comme la guérison d'un boiteux par la prière de Pierre et Jean.

Période patristique Augustin d'Hippone (354-430) définit le miracle : « tout phénomène ardu, insolite et étonnant au-dessus du pressentiment et des capacités naturelles de l'homme, opéré par Dieu comme signe du salut et argument de la foi. ». Il répond à l'objection selon laquelle le miracle irait contre la loi inscrite par Dieu dans la nature, dans l'idée que Dieu se contredirait. Or, selon Augustin, le miracle est surnaturel relativement aux hommes, mais naturel selon Dieu.

Période médiévale vignette|Pluie de sang en Provence, juillet 1608.

Le thème de l'hostie ensanglantée, qui a pour fonction catéchétique de prouver la présence réelle du Christ dans l'eucharistie, se double d'un second thème, omniprésent au Moyen Âge : celui de la profanation. Cette « fiction théologique », pour reprendre la formule de Jean-Louis ScheferJean-Louis Schefer, L’Hostie profanée. Histoire d’une fiction théologique, Paris, P.O.L., 2007., suit toujours un scénario identique, que l'on retrouve par exemple dans la légende du miracle des Billettes. Elle permet d'incriminer les Juifs et de porter contre eux l'accusation de déicide.

Catholicisme

Pour que le catholicisme juge miraculeux un phénomène extraordinaire, il faut que ce phénomène ait eu un effet conforme au dessein de Dieu. Le miracle se caractérise avant tout par son rapport à l'avancement de la foi : si l'effet a été positif, il est possible de parler de miracle. Inversement, si l'effet est négatif, le phénomène extraordinaire sera interprété comme l'intervention possible d'un esprit, mais non comme l'intervention effective de Dieu.

Concernant les guérisons miraculeuses, le pape Benoît XIV (1740 à 1758) a édicté sept critères de reconnaissance. : la maladie doit être grave ou incurable ; le diagnostic réel de la maladie doit être certain et précis (posé par des médecins officiels) ; la maladie doit être organique ; aucun traitement ne doit être à l’origine du processus de guérison ; la guérison doit être soudaine et instantanée ; cette guérison doit être totale et non pas une régression de certains symptômes ; la guérison doit être définitive.

Pour les catholiques, il existe peu de miracles en Occident latin (250 récits de miracles depuis le début du christianisme).

Au et au début du , les catéchismes catholiques enseignaient que les miracles irréfutables pousseraient les sceptiques à se convertir.. Depuis l'encyclique Divino afflante Spiritu de Pie XII en 1943 et le concile Vatican II, l'Église catholique tend à approfondir l'examen critique des miracles..

John Paul Meier rappelle les exigences de l'investigation historique pour les écrits relatant des miracles : s'appuyer sur la critique des sources, celle des formes et de la rédaction. L'investigation requiert la réponse à la question de savoir si le rapport concernant le miracle est un ajout tardif survenu au cours de la tradition orale, ou lors de l'intervention d'un auteur ultérieur, ou bien si ce rapport remonte bien au personnage censé avoir accompli le miracle ou en avoir été bénéficiaire. Si cette dernière possibilité est confirmée, il reste à examiner l'état d'esprit des témoins supposés du miracle, ainsi que le psychisme de l'auteur du miracle ou de son bénéficiaire. Toutefois, cette méthode ne permet pas d'aller au-delà, et de répondre à la question de savoir si ces miracles en question peuvent avoir eu lieu.

Selon le Dictionnaire Jésus de l'École biblique de Jérusalem, les miracles rapportés dans l'Écriture sainte présentent trois dimensions. D'abord un aspect psychologique subjectif rendu par l'adjectif merveilleux ; ensuite un aspect objectif correspondant à l'adjectif prodigieux, selon lequel le miracle impossible à réaliser par l'homme, relève des opérations divines ; enfin un aspect sémiologique relevant d'un signe exprimant des vérités importantes liées au salut apporté par Dieu..

Protestantisme Rudolf Bultmann (1884- 1976) est un penseur luthérien allemand de sentiment profondément religieux dont l'exégèse a marqué fortement, et marque toujours certains courants religieux pas seulement protestants, mais aussi catholiques. Bultmann récusait la réalité des miracles rapportés par l'Ecriture Sainte, leur reprochant d'être en contradiction avec les lois d'airain de la nature. Au merveilleux récusé des miracles, il a fait place à la merveille de la conscience qui perçoit l'action de Dieu dans les évènements soumis aux lois universelles. Selon lui, un éveil de la conscience produit par la foi, n'a que faire de les lois régissant les phénomènes. La foi se situe dans la pure subjectivité de l'âme qui adhère à la spiritualité du christianisme. La logique de l'approche de Bultmann est de ne retenir des miracles que leur signification salutaire vivifiante et hautement spirituelle..

Dans les églises protestantes, il y a deux positions. La position cessationiste et continutioniste. Dans la position cessationiste, développée par le théologien Jean Calvin et adoptée par plusieurs églises réformées, les miracles et les dons du Saint-Esprit étaient réservés pour la fondation de l’Église chrétienne, puis ont disparuPatrick J. Hayes, Miracles: An Encyclopedia of People, Places, and Supernatural Events from Antiquity to the Present, ABC-CLIO, USA, 2016, p. 56. Dans la position continutioniste, adoptée par les églises luthériennes, les miracles et les dons du Saint-Esprit sont encore pour l’église contemporaineUlinka Rublack, The Oxford Handbook of the Protestant Reformations, Oxford University Press, USA, 2017, ..

280px|thumb|right|Imposition des mains pour la guérison dans l’église Living Streams International, à Accra, au Ghana, 2018 Pour une majorité de chrétiens évangéliques, le biblicisme fait en sorte que les miracles décrits dans la Bible sont encore d'actualité et peuvent être présents dans la vie du croyant, avec la foi et la prière, par le Saint-EspritSébastien Fath, Du ghetto au réseau: Le protestantisme évangélique en France, 1800-2005, Édition Labor et Fides, Genève, 2005, .James Innell Packer, Thomas C. Oden, One Faith: The Evangelical Consensus, InterVarsity Press, USA, 2004, .. Les guérisons, les succès scolaires ou professionnels, la naissance d'un enfant après plusieurs tentatives, la fin d'une addiction, etc., sont des exemples tangibles de l'intervention de Dieu par la foi et la prière, avec le Saint-EspritFranck Poiraud, Les évangéliques dans la France du , Editions Edilivre, France, 2007, .. Dans les années 1980, le mouvement néo-charismatique a remis une emphase sur les miracles et les guérisons par la foiGeorge Thomas Kurian, Mark A. Lamport, Encyclopedia of Christianity in the United States, Volume 5, Rowman & Littlefield, USA, 2016, p. 1069. Une place particulière est ainsi réservée aux guérisons par la foi lors des services ou pour des campagnes d'évangélisationCecil M. Robeck, Jr, Amos Yong, The Cambridge Companion to Pentecostalism, Cambridge University Press, UK, 2014, .Béatrice Mohr et Isabelle Nussbaum, Rock, miracles & Saint-Esprit, rts.ch, Suisse, 21 avril 2011..

Islam Dans la religion sunnite, les karāmāt (کرامات, plur. de karāmah, lit. « générosité, grandeur d'âmeD'après . ») désignent des miracles accomplis par un saint. Selon la terminologie de la théologie islamique, le mot, pris au singulier (karama) prend un sens voisin de « charisme », faveur ou don spirituel accordé par DieuD'après .. Ces miracles sont indifféremment des réalisations défiant les lois de la Nature (par exemple la téléportation chez Taï al-Arz), des prophéties vérifiées ou la « divination du secret des cœurs. »

Historiquement, la Cela se reflète dans les récits des miracles des wali, rapportés par les principaux auteurs de l’Âge d'or islamiqueB. Radtke, P. Lory, Th. Zarcone, D. DeWeese, M. Gaboriau, F.M. Denny, Françoise Aubin, J.O. Hunwick et N. Mchugh, article « Walī » in Encyclopaedia of Islam, . (entre 700 et 1400), ainsi que par quelques éminents érudits du . Selon l'orthodoxie sunnite, tous les miracles accomplis par un saint ne sont possibles que par la grâce de Dieu et constituent, soit un (k̲h̲āriḳ li’l-ʿāda), ou, en d'autres termes, Pour autant, le sunnisme a toujours affirmé qu'un miracle, aussi extraordinaire soit-il, ne saurait être le signe d'une mission prophétique : cette clause est conforme à l'affirmation que la doctrine de Mahomet est l'unique sceau des prophètes.