Une âme perdue () est un film américain produit par Hal B. Wallis et réalisé par Lewis Allen, sorti en 1948.

Synopsis L'action se passe à la fin du . Après avoir passé plusieurs années à la Jamaïque, Olivia Harwood, qui vient de perdre son mari, a pris un bateau pour l'Angleterre. Elle est sollicitée par le médecin du bord pour soigner des malades atteints de paludisme, cette maladie qui vient d'emporter son époux, un missionnaire anglican. Elle contribue à la guérison d'un certain Mark Bellis. À l'arrivée à Liverpool, celui-ci vient la remercier, et s'enquiert des propos qu'il aurait pu tenir pendant son délire, mais Olivia le rassure à ce sujet ; puis, feignant un malaise, il se cache derrière la jeune femme pour ne pas être vu d'un policier. Artiste peintre sans ressources, il est hébergé à Londres dans le quartier animé de Covent Garden par Kitty Feathers, un ancien flirt mannequin et modèle, toujours entichée de ce personnage un peu secret qu'elle connait sous plusieurs identités ; en fait, Bellis est recherché par Scotland Yard pour cambriolage, vol et meurtre, et risque la pendaison ; aussi cherche-t-il un lieu de résidence plus calme, et il se rend à l'adresse que lui avait indiquée Olivia Harwood. Celle-ci tient un bed & breakfast dans le quartier de Kensington, et, malgré sa réticence, le numéro de charme de Bellis la convainc de lui louer une chambre. Aux petits soins pour son nouveau locataire, qui entretemps s'est remis à la peinture, Olivia accepte un jour de dénouer ses longs cheveux pour poser pour lui ; en voyant le résultat, elle est choquée par la vision que le portraitiste a eu d'elle, révélant des aspects de sa personnalité que son éducation puritaine avait enfouis au plus profond de sa conscience. Mark est lui-même troublé par la métamorphose érotique de sa logeuse. Olivia cède à son Pygmalion et ils deviennent amants. Offusquée après les avoir surpris en train de s'embrasser, l'autre locataire, vieille fille professeure de piano, quitte la pension, laissant le couple seul dans la maison.

Peu de temps après, Mark et son complice Edgar Bellamy tentent de braquer le transport d'une collection de tableaux de Gerrit van Honthorst en transit entre le musée du Louvre et la demeure de son riche propriétaire londonien. L'affaire échoue et les deux voleurs échappent de peu aux coups de revolver et à la police. Le lendemain, Mark, ne parlant que d'un manque d'argent, annonce à Olivia qu'il doit quitter l'Angleterre, ce qu'elle refuse catégoriquement, déclarant n'avoir jamais ressenti un tel amour, ni, croit-elle, avoir été ainsi aimée.

Olivia reprend contact avec son amie d'enfance Susan Freeman, qui a épousé un homme riche, l'honorable Henry Courtney, par ailleurs sujet à des poussées d'hypertension artérielle et à des malaises cardiaques, et soigné pour cela par un médecin d'Harley Street. Autour d'une tasse de thé, la conversation des deux femmes en vient à évoquer des lettres écrites par Susan à son amie alors en Jamaïque ; Susan semble contrariée de savoir qu'elles existent toujours, et Olivia promet de les détruire. Il s'avère que Susan est malheureuse en ménage, qu'elle a rencontré un homme qui l'aime, mais qu'elle est maintenant cloîtrée dans un manoir avec une belle-mère acariâtre et un mari autoritaire, soupçonneux et cruel ; de plus, après plusieurs années de mariage, elle n'a toujours pas d'enfant, ce dont elle se croit responsable. Devenue alcoolique, elle se réjouit de revoir son ancienne amie, lui donne de l'argent et, ignorant l'existence d'un homme dans la vie de la jeune veuve, l'invite à venir habiter chez elle. Un peu plus tard, Henry Courtney engage d'ailleurs Olivia comme dame de compagnie avec pour mission d'écarter sa femme de l'alcoolisme, et aussi de l'espionner pour son compte.

Renfloué par l'argent donné à Olivia par Susan, ayant pris pour les lire les lettres intimes et compromettantes de Susan, Bellis voit tout le parti qu'il peut tirer de la situation financière des Courtney. Sous son influence, Olivia leur vole des bons au porteur, tout en se rendant indispensable dans la maison. L'emprise de Mark est si persuasive qu'elle en arrive à trahir Susan en l'incitant à écrire une lettre à son soupirant Sir John Curle, lettre dont Mark fait une copie pour servir à un projet de chantage.

Mark continue de voir Kitty Feathers, qui lui rend visite dans la maison même d'Olivia lorsque celle-ci est chez les Courtney. Il lui donne en cadeau un médaillon offert par Olivia. Parallèlement, Mark est pisté par le détective privé Jarvis, qui a reconstitué son passé criminel effectué sous différentes identités.

Henry Courtney avoue à sa mère que c'est lui qui est stérile, et part voir un spécialiste en France. Pendant son absence, Susan revoit Sir John et lui confie sa détresse. Une nouvelle rencontre est prévue lors d'un dîner chez Lady Saper, cousine de Sir John, mais n'aura pas lieu, empêchée par le retour inopiné d'Henry Courtney. En effet, celui-ci revient plus tôt que prévu et interroge les deux femmes sur la disparition des bons au porteur ; il congédie Olivia et décide d'envoyer Susan dans un sanatorium en Écosse. Olivia fait alors chanter Courtney avec les lettres de Susan ; en réponse, Courtney lui produit le document sur le passé de Bellis remis par le détective, et menace de le communiquer à Scotland Yard. Olivia est abasourdie d'apprendre que Mark est un voleur et un meurtrier et, vaincue, accepte un échange. Mais Courtney l'a trompée en ne lui donnant qu'une copie et lui déclare que l'original est en lieu sûr pour être livré à la police. Ils se disputent violemment, ce qui provoque un sévère malaise chez Courtney, l'obligeant à garder le lit. Pour sauver son amant, Olivia met du poison dans le flacon d'un remède des Caraïbes qu'elle avait administré une première fois avec succès à Courtney, et l'innocente Susan, sous le regard de la femme de chambre, en donne à son mari en pensant le sauver. Henry meurt d'empoisonnement, tandis qu'Olivia brûle les lettres de Susan et le document de Jarvis. Olivia retrouve ensuite Mark à la gare de Charing Cross pour qu'ils quittent ensemble le pays pour la France, mais, quand il apprend la mort suspecte de Courtney, Mark insiste pour qu'elle reste afin que sa fuite n'éveille pas les soupçons. Lui se rend comme prévu à Paris, où il retrouve son comparse Edgar. Susan, qui évidemment n'a rien compris à la machination, est reconnue coupable de l'empoisonnement de son mari et risque la pendaison. Elle-même reconnait qu'elle souhaitait sa disparition, et commençant à perdre la raison, se persuade d'être la meurtrière. En proie à un terrible cas de conscience, Olivia s'apprête à révéler la vérité. À Paris, Mark prend connaissance de l'affaire par les journaux. Se rendant compte qu'il ressent maintenant un authentique amour pour Olivia, il revient à Londres et lui promet le mariage et une nouvelle vie en Amérique. Avertie du retour de Mark, l'inconséquente Kitty se rend au domicile d'Olivia, qui est bouleversée en voyant son médaillon au cou de cette inconnue qui se comporte en habituée des lieux. Le départ d'Olivia et Mark est prévu pour le soir. Dans le fiacre qui les conduit à la gare d'Euston, Mark fait une belle et enfin sincère déclaration de son amour. Mais au dernier moment, par un retournement de situation dont on comprend que Jarvis a été dès le début le Deus ex machina, la morale est sauve : l'amant diabolique est frappé par une dague vengeresse et l'âme perdue d'Olivia trouve sa rédemption sous le réverbère à gaz d'un poste de police.

vignette|redresse=0.9|Ray Milland fin 1947, après le tournage et avant la sortie du film

vignette|redresse=0.9|Geraldine Fitzgerald en 1940

Fiche technique

Titre français : Une âme perdue Titre original, anglais : Réalisation : Lewis Allen, assisté de Mark Evans Scénario : Leonard Spigelgass et d'après le roman de (1947) Direction artistique : Thomas N. Morahan Musique : William Alwyn Musique additionnelle : Victor Young Photographie : Mutz Greenbaum (sous le nom de Max Greene) Caméra : Cecil Cooney Son : W.H. Lindop, Leonard Trumm Montage : Vera Campbell Costumes : Edith Head, Producteur : Hal B. Wallis Société de production : Paramount Société de distribution : Paramount Pays de production : Langue de production : anglais Format : noir et blanc — 35 mm — 1,37:1 — son : mono (Western Electric Recording) Genre : film noir, thriller psychologique, mélodrame Durée : 112 minutes Dates de sortie : Royaume-Uni : États-Unis : Budget : de dollars US.

Distribution Ray Milland : Mark Bellis Ann Todd : Olivia Harwood Geraldine Fitzgerald : Susan Courtney, épouse d'Henry Courtney et amie d'Olivia Leo G. Carroll : Jarvis, détective privé Raymond Huntley : Henry Courtney : Edgar Bellamy, complice de Mark Bellis Martita Hunt : Mrs. Courtney, mère d'Henty Courtney Moira Lister : Kitty Feathers, mannequin, liée intimement à Mark Bellis Roderick Lovell : Sir John Curle : Miss Hattie Shoebridge, locataire âgée d'Olivia Harwood Finlay Currie : Dr Krylie, médecin du bord : Curtis, femme de chambre des Courtney Ivor Barnard : Mr. Watson, pasteur de la Société des missionnaires anglicans Ernest Jay : Smathers, agent de change Hugh Griffith : le coroner Zena Marshall : Lisette, grisette parisienne : Joe Helliwell, voyageur de commerce Guy Le Feuvre : Dr Pound : Rogers, majordome des Courtney

Autour du film Une histoire vraie et un roman à l'origine du scénario Le film s'ouvre sur le prologue suivant : .

L'histoire vraie en question est l'une des plus célèbres affaires criminelles britanniques du , le meurtre du Prieuré de Balham, ayant inspiré plusieurs romans, dont celui de sous le titre For Her to See (« À elle de voir ») en 1947.

Écrivaine britannique prolifique, Marjorie Bowen (pseudonyme de Margaret Gabrielle Vere Campbell) écrivait principalement des nouvelles et des romans historiques, policiers, fantastiques et d'horreur gothique. Elle les publiait sous divers pseudonymes masculins, dont celui de Joseph Shearing pour For Her to See. Le livre est une version romancée du meurtre non élucidé de l'avocat , empoisonné par l'antimoine en 1876. Son récit fait intervenir adultère, emprise mentale, trahison, vol, chantage, meurtre, tous éléments repris dans le film.

Le roman de Marjorie Bowen fût publié la même année aux États-Unis, mais sous le titre So Evil My Love, repris comme titre du film.

Tournage So Evil My Love est le premier film Paramount produit après-guerre en Angleterre. Le tournage a débuté le et s'est achevé le . Il a eu lieu aux Denham Film Studios, fusionnés à l'époque avec les Pinewood Studios sous le nom de D&P Studios, qui apparait au générique. Des extérieurs ont été filmés au Lincoln's Inn Fields à Londres.

Casting Les rôles principaux de ce film américain sont tenus par les Britanniques Ray Milland, oscarisé en 1945 et Ann Todd, et l'Irlandaise Geraldine Fitzgerald, qui s'étaient d'abord fait connaître tous les trois au Royaume-Uni. Ray Milland et Geraldine Fitzgerald poursuivront leurs carrières américaines, tandis qu'Ann Todd n'aura tourné à Hollywood qu'un seul film notable, Le Procès Paradine (1947), dirigé par son compatriote Alfred Hitchcock, qui l'emploiera de nouveau dans un épisode de la série TV Alfred Hitchcock présente en 1958. Pour So Evil My Love, Ann Todd est « prêtée » par le producteur J. Arthur Rank et la Rank Organisation, par ailleurs propriétaire des studios de Denham.

Plusieurs acteurs et actrices britanniques connus sont cités au générique, mais n'apparaissent que quelques secondes, ou ont été coupés au montage.

Costumes Les costumes des deux vedettes féminines sont signés Edith Head. Les autres sont dus à , de la firme (créditée Sophia Harris of Motley).

Musique