Le Village alternatif anticapitaliste anti-guerre (VAAAG) est un village anarchiste et altermondialiste organisé entre le et le , en marge du sommet du G8 à Évian-les-Bains. Réunissant entre 3 et 4000 anarchistes et altermondialistes, le village est autogéré sur de nombreux points.

À la suite de la renaissance du mouvement anarchiste en Occident et à la propagation du mouvement altermondialiste, les deux étant liés dès le départ, les initiatives réunissant les deux mouvements se multiplient. Pour protester contre la tenue du G8, le village est lancé par un nombre relativement important de groupes et d'organisations anarchistes. Malgré des conflits internes avec Le Point G, un village féministe en non mixité situé à proximité du VAAAG, ces conflits, débats et liens créent une situation où les revendications féministes du Point G commencent à influencer le VAAAG et plus largement l'extrême gauche européenne.

Les anarchistes considèrent que la tenue du village est un ayant permis de réunir les mouvements altermondialiste et anarchiste et de faire acte de présence ; marquant ainsi la renaissance du mouvement anarchiste et son influence croissante sur l'extrême gauche de la période. Malgré cela, certains d'entre eux, comme Francis Dupuis-Déri, considèrent que le village aurait du s'ouvrir plus largement aux revendications féministes.

Histoire

Contexte : Chute de l'URSS, renaissance de l'anarchisme, naissance de l'altermondialisme À partir des années 1970, mais encore davantage à partir de la chute de l'URSS et des années 1990, le mouvement anarchiste renaît en Occident. Plusieurs facteurs poussent à cette renaissance, dont les évolutions du capitalisme de la fin du siècle (délocalisations, etc), la fin du support étatique communiste pour les partis marxistes-léninistes mais aussi le fait que les mouvements socialistes étatiques et communistes sont de plus en plus discrédités au sein de l'extrême gauche. Selon les historiens Spencer Beswick et l'historien marxiste Max Elbaum, à partir de la fin du siècle, les anarchistes débordent les autres courants d'extrême gauche, et l'influence des marxistes-léninistes sur les revendications et luttes populaires.

Le mouvement altermondialiste se forme dans la même temporalité et est influencé par les anarchistes qui le rejoignent dès le départ. Bien que tous les altermondialistes ne soient pas anarchistes, les deux mouvements convergent très largement ; ce qui résulte en l'adoption, par le mouvement altermondialiste, de procédures et pratiques politiques anarchistes. Le fait que les anarchistes investissent l'altermondialisme est une des raisons de leur propagation ; ils sont plus rapides que les communistes ou autres mouvements politiques à lier leurs luttes à l'altermondialisme ; ce qui les renforce.

Prémices et organisation En , le réseau No Pasaran commence à lancer l'idée d'organiser un campement anarchiste et altermondialiste à Évian pour la tenue du G8 ; un tel campement est envisagé pour la tenue du G8 au Canada en 2002, mais les autorités interviennent alors pour empêcher son organisation.

L'organisation est menée par des groupes locaux et un certain nombre de personnes qui reviennent des camps du réseau No Border. Forts de cette expérience militante, ils se mettent ensuite à l'organisation de ce projet. La concertation en amont voit des conflits avec des groupes de gauche non anarchistes et moins radicaux, comme ATTAC ou les trotskistes de la Ligue communiste révolutionnaire (LCR) ; ces deux groupes ne souhaitent pas d'un village autogestionnaire et quittent donc les discussions - cherchant à lancer un campement concurrent de taille moindre à la place.

À la suite de leur départ, l'organisation se poursuit sans eux, les anarchistes et altermondialistes se réunissant dans le Collectif des luttes antiautoritaires et anticapitalistes contre le G8 (CLAAACG8). Ce collectif réunit un nombre conséquent de groupes anarchistes en plus du réseau No Pasaran, dont les Fédérations anarchistes francophone, anglophone et italienne, la Confédération nationale du travail (CNT), le Collectif libertaire de Bordeaux, Alternative libertaire (AL), l'Organisation communiste libertaire (OCL), la Fédération des communistes anarchistes, Freie Arbeiter*innen-Union, l'Organisation socialiste libertaire (OSL), la coordination anti-OMC , ou encore la Red libertaria Apoyo Mutuo.

Un des organisateurs est l'historien de l'anarchisme Francis Dupuis-Déri. Ils disposent d'un lieu de campement qu'ils arrivent à négocier avec la mairie et qui est donc légal.

Village alternatif anticapitaliste anti-guerre (VAAAG) Le village se déroule du au , le sommet du G8 se tenant entre le 1 et le 3 - il se situe dans les environs de l'aérodrome d'Annemasse. Dès une dizaine de jours avant l'ouverture officielle, une première vague de militants se déplace sur le lieu afin d'y installer les infrastructures nécessaires à l'accueil de visiteurs et de nouveaux arrivants.

Le village s'installe et réunit entre 3 et 4000 personnes, ce qui le place derrière Anarchy 2023 dans la liste des plus grands rassemblements anarchistes du siècle. De nombreux points de son organisation et sa gestion sont autogérés ; le village est divisé en quartiers, comme pour les camps du réseau No Border, chacun de ces quartiers disposant de son assemblée générale prenant les décisions locales.

Un village féministe en non-mixité, Le Point G, se tient à côté du VAAAG. Ce village féministe s'installe sur un terrain cédé par le VAAAG, qui lui en confie la gestion. Cependant, malgré cette proximité initiale, des conflits émergent entre les militantes du Point G et ceux du VAAAG. Elles sont ainsi moquées pour leur choix de s'installer en non-mixité et, de manière générale, le VAAAG ne comprend pas leurs orientations - ce qui provoque une rupture entre les deux groupes, un certain nombre de militants les voyant comme faisant preuve de séparatisme. Malgré tout, Le Point G, ses militantes et les débats entourant cette question parviennent à innerver les mouvements anarchiste et altermondialiste avec qui elles sont en contact de leurs questionnements et revendications féministes.

De nombreuses projections sont organisées pendant la durée du village, des débats et discussions théoriques et pratiques s'engagent entre les participants. Certaines de ces projections voient la réunion de militantes du Point G et d'anarchistes du VAAAG, qui se retrouvent tout de même lors de ce type d'activités en commun.

En marge du rassemblement, certains anarchistes mènent des actions plus radicales, comme en cherchant à perturber le G8, contre lequel ils sont venus protester ; les locaux où le Parti socialiste (PS) tient une conférence sont caillassés.

Postérité

Réception au sein du mouvement anarchiste Dans un article publié en dans Le Monde libertaire, l'organe de presse de la Fédération anarchiste francophone (FA), plusieurs anarchistes représentant différents groupes organisateurs de l'événement semblent satisfaits de sa tenue. Ils parlent d'une et l'un d'entre eux, représentant la FA, écrit que :[Cette initiative nous a] permis de montrer qu'en étant uni, le mouvement libertaire pouvait être une force de mobilisation et de contestation incontournable mais aussi qu'il pouvait être porteur d'alternatives sociales en acte. Nous avons porté l'idée d'une rupture avec le capitalisme. L'objectif de la mobilisation libertaire contre le G8 [...] est d'affirmer et de faire exister un pôle politique et syndical anticapitaliste, antiautoritaire et révolutionnaire. Un pôle qui soit autonome des courants réformistes, des ONG ou de tous ceux qui veulent simplement humaniser le capitalisme.

Limites Dupuis-Déri soutient que, malgré le fait que le rassemblement innove et permette de réunir le mouvement anarchiste et altermondialiste, l'initiative présente aussi des problèmes internes pendant sa tenue, notamment dans sa gestion de ses liens avec Le Point G, qui aurait dû être soutenu plus largement dans ses choix politiques, selon l'historien anarchiste.

Références

Bibliographie

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