Massimo Rocca, né le à Turin et mort le à Salò, est un journaliste, écrivain et homme politique italien.
Biographie
Journaliste anarchiste-individualiste Connu comme journaliste sous le pseudonyme de Libero Tancredi, il collabora dans sa jeunesse à de nombreux journaux anarchistes et révolutionnaires, d'abord à la revue syndicaliste révolutionnaire Pagine libere de Angelo Oliviero Olivetti puis au quotidien socialiste Avanti !. C'est à cette époque qu'il rencontra Benito Mussolini qui était alors directeur du journal.
Il fut le fondateur d'un « courant » anarchiste-individualiste appelé le « novatorisme » (novatorismo) qu'il exprima à travers Il Novatore anarchico puis dans Il Novatore à New-York à partir de 1908. Entre autres, il exprimait un culte des minorités rebelles et l'exaltation de la violence. L'un de ses plus proches collaborateurs et ami était Alfredo Consalvi.
Par la suite, il collabora à la revue Mussolini, Utopia, dans laquelle il publia l'article « La Guerra aristocratica », mais aussi à La Lupa de Paolo Orano.
La campagne interventionniste En 1914, il s'engagea activement dans le camp interventionniste aux côtés de Mario Gioda, Maria Rygier, Edoardo Malusardi et Oberdan Gigli avec qui il fonda le journal La Sfida (1 seul numéro) puis La Guerra sociale dans lequel il défendit l'intervention militaire de l'Italie dans la Première Guerre mondiale au nom de la guerre révolutionnaire contre le militarisme des Empires centraux. La même année marqua le tournant interventionniste de Benito Mussolini et la création du Popolo d'Italia (), journal auquel Rocca collabora. Membre fondateur du Faisceau d'action révolutionnaire interventionniste avec Filippo Corridoni, Alceste De Ambris et Cesare Rossi, Rocca s'engagea par la suite comme volontaire dans la Légion Garibaldi qui combattit pour la France dans l'Argonne. Le , l'Italie entra en guerre. Rocca rentra en Italie pour s'enrôler dans l'armée royale.vignette|371x371px|La Guerra sociale. Les débuts du fascisme Après la guerre, il ne participa pas au rassemblement de San Sepolcro, mais se rapprocha du mouvement fasciste au cours de l'année 1920. En 1921, il se présenta aux élections sur la liste Bloc national. Lorsque Mussolini s'opposa au fascisme intransigeant des Ras au sujet du pacte de pacification avec les socialistes (), Massimo Rocca se rangea du côté de Mussolini pour la transformation du mouvement fasciste en parti politique. Au congrès de Rome de , qui officialisa la création du parti, Rocca fut élu membre du Directoire national du Parti national fasciste (PNF), intégrant ainsi les rangs de la direction du parti.
Après la Marche sur Rome () et la formation du premier gouvernement, Mussolini, Rocca devint un fervent défenseur d'une politique de normalisation. Les graves événements de Turin, où les escadrons de Piero Brandimarte perpétrèrent le massacre d'antifascistes, le poussèrent, ainsi que Mario Gioda, à condamner ces actes. Les deux hommes politiques plaidèrent pour une intervention auprès de Mussolini, qui aboutit à la dissolution du Parti fasciste de Turin et à la transformation des escadrons squadristes en Milice interne au parti.
Membre du Grand Conseil et révisionnisme De janvier à , il fut membre du Grand Conseil du fascisme et, brièvement, secrétaire national adjoint du PNF (du au ). À ce titre, il soutint la fusion du parti avec l'Association nationaliste italienne. Toujours en 1923, il fonda avec Giuseppe Bottai la revue Critica fascista, acte fondateur du révisionnisme, dont Massimo Rocca allait devenir une des figures. Les révisionnistes condamnaient le fascisme intransigeant, le racisme et le squadrisme violent, mais aussi le légalisme conservateur qui prônait un tournant libéral du fascisme. « Entre les deux parties, le médiateur était le « révisionnisme », qui contre l’illégalisme fasciste exigeait le respect des lois en vigueur et contre le légalisme conservateur luttait pour une nouvelle légalité ».
Après une première victoire de Roberto Farinacci, qui parvint à exclure Rocca du parti en 1923, Mussolini intervint et imposa une suspension de trois mois, dite « salomonienne ». Au cours des mois suivants, Massimo Rocca radicalisa de plus en plus ses positions, à tel point que Bottai lui-même prit ses distances. vignette|302x302px|Massimo Rocca en 1922. En 1924, Rocca fut confirmé comme député sur la liste fasciste. Ses adversaires n'eurent cependant aucune difficulté à obtenir son exclusion définitive du Parti fasciste peu après, ce que Mussolini lui accorda cette fois-ci suite à l'incident qui avait éclaté publiquement lors de son voyage en Sicile. Le , Rocca fut agressé Via del Tritone à Rome par le secrétaire du Parti fasciste de Gênes et par les commandants des milices génoises. Cependant, ses positions « légalistes » ou « normalisatrices », avaient encore de l'influence, à tel point que, dans le discours à la Chambre du , Emilio Lussu a pu demander avec ironie à Mussolini de choisir entre Roberto Farinacci et Massimo Rocca, provoquant des protestations dans l'hémicycle de Montecitorio.
La crise qui suivit l'assassinat de Matteotti survint, durant laquelle – après une période initiale où il chercha son soutien en l'accueillant à nouveau dans le journal PNF – Mussolini, ayant besoin d'un fascisme intransigeant, l'isola de plus en plus. Achille Starace et Roberto Farinacci l'attaquèrent violemment à Montecitorio lorsque – lors de la séance du à la Chambre des députés – Rocca s'opposa au projet de loi sur la réglementation des associations, présenté par Mussolini et visant avant tout à la dissolution de la franc-maçonnerie. Le , avec les Aventins et les communistes, Rocca fut également déclaré déchu de la Chambre des députés.
Disgrâce et exil à l'étranger Après la consolidation définitive de la dictature fasciste, Massimo Rocca fut déchu de sa nationalité italienne et contraint de se réfugier en France. Ce fut le début d'une période plus trouble de sa vie. Installé en Belgique, il entra en contact avec les services secrets du régime fasciste et devint l'administrateur n° 714 de l'OVRA, sous le pseudonyme d'Omero et collabora à Il Merlo de l'ex-antifasciste Alberto Giannini. En 1938, il recouvra sa nationalité italienne et continua son activité en donnant des articles dans des journaux étrangers comme L'Atelier et en participant à des conférences organisées par le Rassemblement national populaire (RNP) de Marcel Déat. vignette|288x288px|Invitation officielle à la conférence de Massimo Rocca au Centre de culture du Rassemblement national populaire (RNP) tenue le 16 mai 1944 au 128, rue du Faubourg-Saint-Honoré. Après avoir adhéré à la République sociale italienne (RSI) en 1943, bien qu'ayant fui en Allemagne, et prit en Belgique la direction du journal La Nuova Repubblica, hebdomadaire venant remplacer le journal A Noi et édité par l’Ambassade (l’adresse du journal est celle du Consulat). En , Rocca fut arrêté par les Alliés, emprisonné à Anvers et condamné en Belgique à 15 ans de prison, peine réduite ensuite à 9 ans, puis finalement amnistié en , date à laquelle il retourna libre en Italie.
Journalisme après la guerre Après la guerre, il travailla dans le journalisme et publia plusieurs ouvrages dont Come il fascismo divenne una dittatura en 1952 et Il primo fascismo en 1964. En contact avec Concetto Pettinato et le Mouvement social Italien (MSI), il porta un jugement très négatif sur la « bouffonnerie » de l'action du MSI. Dans une lettre à Pettinato datée du 24 novembre 1956, il écrivait : « Ici s'est ouvert le congrès du MSI ; j'ai été invité à la séance inaugurale, et je ne te cache pas ma peine. J'ai l'impression que ces nouveaux byzantins discutent de tout, sauf des choses importantes. Et tu sais dans quelles conditions se trouve l'Italie, à l'intérieur, et dans la politique internationale, laquelle peut dégénérer demain en une nouvelle catastrophe, sans que nous puissions la prévenir, l'empêcher et peut-être même pas l'utiliser en vue d'un moindre mal. Tu as raison ; parler de socialisation, ou encore de plans Vanoni ou du contraire dans ces circonstances est une plaisanterie, et de très mauvais goût ».À partir de la fin de 1948, il reprit sa collaboration avec Il Merlo giallo d'Alberto Giannini. Il y affirmait que tout ce que Mussolini avait « accompli ou tenté d'accomplir de positif, d'unitaire, de "juste/droit" en somme » renaîtrait « tôt ou tard, sous des étiquettes différentes, combinées en guise de pudique paravent ». Il fallait en somme selon lui « inventer » un contenant adapté à l'époque afin de pouvoir poursuivre les idéaux « positifs » du fascisme.
Concernant l'orientation à adopter, Rocca précisait ne pas partager la « tendance de gauche » du MSI, à laquelle il opposait ce qu'il y avait de « juste/droit » dans le fascisme, à savoir la « volonté mussolinienne de renforcer la nation comme un tout organique », qui n'avait pu se réaliser en raison des « exigences factieuses du parti ».
Peu avant sa mort, Rocca était intervenu dans le premier épisode de la série-documentaire Nascita di una dittatura (diffusée de novembre à décembre 1972) de Sergio Zavoli.
Il mourut en 1973 à l'âge de 89 ans.
Publications
Dio e Cristianesmo (Contradditorio con un ministro evangelico), New York : Novatore, 1910.
La tragedia di Barcellona, Roma, Biblioteca Del Novatore, 1911. Dopo Tripoli e la guerra balcanica. Appunti storici per fissare le responsabilità, Lugano, Rinascimento, 1913. L'anarchismo contro l'anarchia. Studio critico documentario, come Libero Tancredi, Pistoia, Rinascimento, 1914. Dieci anni di nazionalismo fra i sovversivi d’Italia (1905-1915), Milano, Casa editrice Rinascimento, 1918. Il trattato di Rapallo. Una pagina di storia ancora aperta, Milano, Popolo d'Italia, 1921. Idee sul fascismo, Firenze, La Voce, 1924. Fascismo e finanza, Napoli, Ceccoli, 1925. Le fascisme et l'antifascisme en Italie, Paris, Alcan, 1930. La crisi della civiltà contemporanea, Milano, M.S.I.-Federazione provinciale milanese, 1949. Come il fascismo divenne una dittatura. Storia interna del fascismo dal 1914 al 1925 seguita da La fine e il socialismo di Mussolini, Milano, Edizioni librarie italiane, 1952. Le incertezze della scienza moderna, Padova, CEDAM, 1959. La sconfitta dell'Europa. La politica internazionale del Ventennio vista dall'estero, Milano, ELI, 1960; Sanremo, Mizar, 1988. Il primo fascismo, Roma, Volpe, 1964.
Notes et références
Bibliographie
Alessandro Luparini, Anarchici di Mussolini. Dalla sinistra al fascismo tra rivoluzione e revisionismo, Montespertoli, M.I.R., 2001. Stephen B. Whitaker, The Anarchist-Individualist Origins of Italian Fascism, Peter Lang Publishing Inc, 2002. Renzo De Felice, Mussolini il rivoluzionario, Einaudi, 2005 Renzo De Felice, Mussolini il fascista II L'organizzazione dello Stato fascista 1925-1929, Einaudi, 1969.
Liens externes
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