La famille de Montmoret, ou Montmorot, est une famille de la noblesse de Franche-Comté, d'extraction féodale, attestée à partir du . Vicomtes de Lons-le-Saunier et seigneurs de Montmorot dans le Jura, ses membres sont attestés en Franche-Comté et en Bourgogne. La branche seigneuriale principale est généralement considérée comme éteinte au Moyen-Âge, tandis que la branche des seigneurs de Pélagey, Licona et Rotalier est attestée par les sources jusqu'au . Au delà, la continuité d'autres branches fait l'objet d'appréciations divergentes selon les auteurs.

Patronyme Selon les sources et les auteurs, les formes « Montmoret » et « Montmorot » sont toutes deux employées pour désigner les membres de la famille. Maurice de Puymège considère à ce titre « Montmoret » comme une simple variante de « Montmorot ».

Certains auteurs emploient les deux graphies selon les passages ou les ouvrages, comme François Ignace Dunod de Charnage au et Ernest Petit (Histoire des ducs de Bourgogne de la race capétienne, 1898-1903).

La graphie « Montmoret » est notamment utilisée par Jules Chifflet (1650) et Jean-Baptiste Guillaume dans son Histoire généalogique des Sires de Salins (1757)., puis reprise par plusieurs auteurs, notamment Alphonse Rousset (Dictionnaire géographique, historique, et statistique des communes de la Franche-Comté, 1856). et Roger de Lurion (Nobiliaire de Franche-Comté, 1890), qui distingue également une famille dite « de Montmorot », ou encore dans le Grand armorial de France (1948).

La graphie « Montmorot », attestée dans les sources médiévales, est employée par plusieurs historiens, parmi lesquels Louis Gollut (1592), Maurice Chaume (1943), Jean Richard dans Les Ducs de Bourgogne et la formation du duché (1954), René Locatelli (1992), Jean-Luc Mordefroid (1984), Serge Chenevoy (1982) et Jean-Marie Croizat (2004). Elle apparaît dans les documents francs-comtois et, plus fréquemment encore, dans les sources bourguignonnes relatives aux membres de la famille établis ou possessionnés en Bourgogne.

Origines Les sources médiévales permettent d’identifier les premiers membres attestés de la famille à partir du , tandis que les hypothèses relatives à leur ascendance demeurent discutées par les historiens.

Dans Les Nibelungen historiques du Jura, Jean-Marie-Croizat reconstitue les premières générations de la famille à partir du cartulaire de Saint-Marcel-lès-Chalon.. Celui-ci mentionne Hugues de Superalios comme père de Hugues et Thibert de Montmorot, ancêtre des premiers seigneurs de ce nom. Il rapporte également qu'avant 1077, Hugues de Superalios restitua l'église Saint-Aignan de Ruffey-sur-Seille au prieuré de Saint-Marcel, puis qu'aux environs de 1080 sa veuve Audeberge renouvela cette restitution avec ses fils Thibert, Robert, Humbert et Hugues de Montmorot.

L'historien franc-comtois Alphonse Rousset mentionne lui aussi Thibert parmi les premiers personnages connus de la famille. Il le qualifie de vicomte de Lons et indique qu'il vend avec Guy de Scey, l'église de Scey à Bernard, abbé de Baume, puis qu'il cède en 1083 l'Église Saint-Désiré de Lons-le-Saunier au même abbé.

Alphonse Rousset estime que la seigneurie de Montmorot fut partagée au entre la branche aînée des comtes de Bourgogne, seigneurs de Bourg-le-Comte ou Bourg-Dessus, et une branche cadette, seigneurs de Bourg-le-Sire ou Bourg-Dessous, dont les membres portèrent le titre de vicomtes et de sires de Montmorot. Il souligne toutefois que cette origine commune n'est pas démontrée de manière formelle, tout en précisant qu'elle repose selon lui sur des présomptions équivalant à la certitude.

L’abbé Maurice Chaume, dans un échange daté de 1928 avec Georges de Montmorot, estime que les premiers sires de Montmorot, vicomtes de Lons, descendent vraisemblablement, directement ou indirectement, d'une lignée issue des comtes de Bourgogne. Il précise toutefois que cette hypothèse reste théorique en raison de l’insuffisance des sources antérieures à 1100.

Cette hypothèse s’inscrit dans le contexte des pratiques successorales du comté de Bourgogne. François-Ignace Dunod de Charnage rappelle ainsi que l’ancienne coutume du comté de Bourgogne permettait de doter les puînés de portions de seigneurie relevant de l’aîné. Maurice de Puymège applique cette interprétation au cas des Montmorot en faisant d’Hugues de Superalios un fils de Renaud Ier de Bourgogne, bénéficiaire en apanage de la seigneurie de Montmorot et de la vicomté de Lons.

Une autre hypothèse, reprise notamment par Roger de Lurion, rattache la famille de Montmoret à celle de Scey., en reprenant une proposition formulée au début du par Nicolas-Antoine Labbey de Billy.

Le général Jean-Tiburce de Mesmay reprend également cette hypothèse, mais il y associe l’idée selon laquelle Thibert Ier, vicomte de Lons et vassal du comte Guillaume Ier de Bourgogne, aurait reçu en apanage l'immense terre de Montmorot, reprenant ainsi un élément caractéristique de la tradition rattachant les sires de Montmorot au lignage des comtes de Bourgogne.

Jean-Marie-Croizat propose enfin une reconstruction lignagère rattachant les premiers seigneurs de Montmorot à la famille des seigneurs de Bâgé et aux vicomtes de Beaune.

Histoire Implantation jurassienne et donations religieuses () L’ouvrage « Châteaux et vieilles demeures en Franche-Comté » décrit le château de Montmorot comme le centre d’une « châtellenie importante du domaine comtal ».

Des travaux consacrés aux bourgs castraux franc-comtois soulignent que les seigneurs de Ruffey-sur-Seille apparaissent au comme les « vicomtes de Montmorot ». Les auteurs de ces recherches rattachent le développement de Ruffey-sur-Seille à un important ensemble castral organisé autour d’un château, d’un bourg fortifié et de plusieurs établissements religieux.

Au , les seigneurs de Montmorot apparaissent parmi les principales familles de l’aristocratie châtelaine du Jura méridional. L’historien René Locatelli les décrit comme des « vicomtes de Lons-le-Saunier » associés aux sires de Salins, aux Cuiseaux, ainsi qu’aux lignages liés aux comtes de Bourgogne et de Vienne dans le mouvement de colonisation monastique des hautes terres jurassiennes.

Selon René Locatelli et Jean-Luc Mordefroid, Thibert II de Montmorot et ses successeurs jouent un rôle important dans la fondation et la dotation de plusieurs établissements religieux, notamment la chartreuse de Bonlieu et l'abbaye du Grandvaux à partir des années 1170.

Les membres de la famille sont attestés dans de nombreux actes de donation et d’hommage envers des établissements religieux de Bourgogne et de Franche-Comté, notamment les abbayes de Cîteaux, Baume-les-Messieurs, Château-Chalon, du Miroir et du Grandvaux, ainsi que les chartreuses de Bonlieu et de Vaucluse.

René Locatelli indique également que les seigneurs de Montmorot interviennent dans les conflits de défrichement, de pâturages et de juridictions opposant les maisons religieuses du Jura au tournant des . Il mentionne notamment Thibert de Montmorot, Humbert de Montmorot et Jacques de Montmorot, dit Aragon, parmi les représentants du lignage engagés dans les affaires politiques et religieuses régionales.

L'érudit franc-comtois Jules Chifflet rapporte, d'après un nécrologe de la cathédrale Saint-Etienne de Besançon, la mention de Jean de Montmoret, chevalier et maire de Besançon, auquel sont attribuées des donations au chapitre de Saint-Etienne. Maurice de Puymège situe ce personnage sous la graphie « Montmorot » vers 1200.

Au début du , Pierre de Montmoret, ou Montmorot, époux de Béatrix de Coligny, est également attesté parmi les représentants du lignage. Les sources relatives à cette période témoignent de la poursuite des donations et des relations entretenues par la famille avec les établissements religieux durant tout le .

Cette présence ancienne du lignage dans l'aristocratie franc-comtoise et ses relations avec les principales institutions ecclésiastiques de la région sont également relevées par Jean-Baptiste Guillaume, qui décrit la famille de Montmoret comme l'une des plus anciennes et des plus distinguées du comté de Bourgogne. Il indique que ses membres partageaient, avec les comtes de Bourgogne et d'autres grands seigneurs francs-comtois, l'honneur d'avoir leurs sépultures dans la cathédrale Saint-Etienne de Besançon ».. La famille est également mentionnée parmi les casati, familles nobles liées au chapitre de la cathédrale...

Transmission des principales seigneuries aux Vienne Au tournant des , les principales possessions de la famille, notamment les seigneuries de Montmorot et de Ruffey, passent à la famille de Vienne par le mariage d'Hugues V de Vienne avec Marguerite de Montmoret ou Montmorot, dame de Montmorot et de Ruffey.

Selon Jean-Claude Jeanjacquot, l’organisation des possessions des Vienne au début du siècle reflète largement l’étendue des domaines des Montmorot à la fin du siècle, hérités par cette alliance.

Gérard Pelot replace l’échange de la seigneurie de Montmorot en 1324, réalisé par Guillaume de Vienne, fils d'Hugues V de Vienne et de Marguerite de Montmoret, ou Montmorot, en faveur de la comtesse Jeanne de Bourgogne, dans un vaste mouvement de recomposition patrimoniale lié aux difficultés financières de la famille de Vienne et les nombreuses aliénations de ses domaines au tournant des et siècles. Parallèlement, les Chalon affermissent progressivement leur domination dans le Jura méridional, tandis que les Vienne réorientent leur puissance vers la Bresse et le duché de Bourgogne.

Présence en Bourgogne et service des ducs () A partir de la fin du , plusieurs membres de la famille sont attestés dans l'espace bourguignon comme baillis, châtelains, capitaines ou officiers ducaux et comtaux, ainsi qu’au sein des institutions ecclésiastiques et de la noblesse seigneuriale locale.

Richard de Montmoret ou Montmorot est attesté entre 1278 et 1297 comme bailli de Dijon du duc Robert II de Bourgogne. Dans une charte de 1297 citée par le père jésuite Claude-François Ménestrier, il est qualifié, sous la graphie « Montmorot », de « chevalier lay ». L’historien Jean Richard indique par ailleurs, également sous la graphie « Montmorot », que ce Richard de Montmorot, bailli de Dijon, appartenait à « une lignée comtoise fort ancienne », illustrant ainsi les liens entre les lignées de Franche-Comté et le service ducal bourguignon. L’abbé Maurice Chaume et Ernest Petit le mentionnent aussi, sous les deux graphies, parmi les officiers du duc de Bourgogne.

La documentation bourguignonne des cite encore plusieurs autres membres de la famille dans l’entourage des ducs de Bourgogne et des comtes de Bourgogne. Etienne de Montmoret est ainsi documenté entre 1321 et 1341 comme chevalier, seigneur à La Chapelle-lès-Sennevoy et bailli de Tonnerre. Le même Etienne, ou un homonyme, est mentionné comme procureur du duc au comté de Bourgogne, en 1339.

Des membres de la famille demeurent attestés en Bourgogne tout au long des , notamment dans la région de Laperrière-sur-Saône. Guillaume de Montmoret ou Montmorot, écuyer, apparaît en 1346 à l’occasion du partage de la succession de sa femme Jeanne de Mailly, issue de la famille seigneuriale de Laperrière.

Maurice de Puymège rattache cette branche de Laperrière aux seigneurs de Genlis en la faisant descendre de Richard de Montmorot, bailli de Dijon, conformément à la reconstitution proposée par Georges de Montmorot.