L'Autoportrait en femme martyre, également connu sous le nom d'Autoportrait en martyre ou d'Autoportrait en sainte est une œuvre de l'artiste italienne Artemisia Gentileschi. Réalisé entre 1615 et 1617, cet autoportrait représente l'artiste en martyre sans autre précision. Il s'agit d'un de ses cinq autoportraits connus et l'une de ses deux peintures à l'huile connues effectuée sur un panneau de bois de petit format. Cet autoportrait fait actuellement partie d'une collection privée aux États-Unis.
Description Une inscription au dos permet d'authentifier l'oeuvre comme étant bien de l'artiste Artemisia Gentileschi. L'inscription, rédigée en italien, se lit comme suit : Di Mano di Artemisia figlia di A.rili.Lomi/Pisano Nipote di Orzio, ce qui se traduit approximativement par : « Di Mano di Artemisia, fille d'A.rili.Lomi/Pisano, petit-fils d'Orzio ».
La question de savoir si Gentileschi s'était représentée elle-même ou si elle a voulu représenter une sainte a fait l'objet de nombreux débats. Keith Christiansen a souligné que, compte tenu des traits physiques de l'artiste, il s'agissait nécessairement d'un autoportrait. Le dessin des lèvres en arc, du nez aquilin et du visage rond de la femme correspondent en effet aux traits qu'elle a représentés dans ses autres autoportraits. Ces traits sont également similaires à ceux d'une autre de ses œuvres réalisée à la même époque, l'Allégorie de l'Inclination. Enfin, l'utilisation de drapés roses et de bleu lapis-lazuli rappelle celle de Marie-Madeleine, une autre de ses œuvres. Ces éléments permettent de considérer ce tableau comme un autoportrait.
L'artiste se représente en martyre, comme en témoigne la palme jaune qu'elle tient à la main un symbole du martyre dans l'iconographie chrétienne. Cette représentation trouve sa source dans l'Apocalypse dans la Bible chrétienne. Sans la palme, l'autoportrait d'une femme martyre ne serait sans doute qu'un simple autoportrait, aucun autre attribut n'étant présent. Au XVIIe siècle, il était courant de représenter des femmes comme des martyres bibliques. Les portraits de femmes étaient censés refléter l'innocence et l'idéal féminin était représenté par des traits et des actes de sainteté.
La médiéviste Enrica Guerra a suggéré que la proportion étrange de la main par rapport à la tête laisse penser qu'elle aurait été ajoutée ultérieurement. On sait en revanche que le turban a fait l'objet d'un ajout ultérieur dont la date est cependant inconnue. Il était courant à cette époque que de nombreux artistes se représentent avec un turban, mais cet attribut n'était pas destiné à représenter un saint. Le tableau ne semble pas avoir été rogné sur les bords et l'aspect est conforme à la composition originale de Gentileschi. Il est inhabituel, à cette époque, qu'un tableau représentant un martyr ne comporte pas l'attribut d'un saint spécifique.
Artemisia Gentileschi a peint cinq autoportraits connus. Trois d'entre eux représentent une sainte ou une martyr. Dans le premier Autoportrait en sainte Catherine d'Alexandrie réalisé à Florence vers 1615, Gentileschi s'est représentée avec les attributs de la sainte. Ce tableau peu connu a été adjugé 5,69 millions de dollars chez Christie’s à New York en . LAutoportrait en femme martyre est réalisé à la même période et sur le même type de support, un panneau de bois de petit format. Les deux autoportraits montrent une pose identique. Un calque a montré que les traits et le profil du cou sont identiques d'un panneau à l'autre et ont été reproduits probablement par une technique de report, comme un calque ou un carton, une technique qu'Artemisia Gentileschi maîtrisait et avait acquis de son père. Les éléments recueillis indiquent également que le premier Autoportrait en Sainte-Catherine de Sienne et l'''Autoportrait en femme martyre conservé dans une collection privée américaine se sont trouvés simultanément dans l'atelier et que l'artiste les a probablement travaillés simultanément. L'apparence juvénile d'Artemisia dans les deux œuvres indique qu'elle avait à ce moment dans la vingtaine et suggère que les deux tableaux dateraient de peu après son arrivée à Florence, c'est-à-dire environ 1613 à 1615.
Le second Autoportrait en sainte Catherine d'Alexandrie, une huile sur toile, est issu du même dessin préparatoire que le premier. L'Autoportrait en joueuse de luth et lAutoportrait en allégorie de la peinture utilisent des thèmes profanes.
Matériaux et techniques de peinture Le tableau a été réalisé à la peinture à l'huile sur un panneau de bois, un support peu habituel chez Artemisia Gentileschi, qui pratique généralement la peinture à l'huile sur toile.
Cette exception rapproche l'oeuvre du premier Autoportrait en sainte Catherine d'Alexandrie réalisé également sur un panneau de bois massif de petit format.
Gentileschi pratique les techniques propres à la peinture baroque de l'époque et les suiveurs du Caravage. Elle peint sur fond noir avec la technique du sfumato'', un dégradé subtil des couleurs, et réalise les motifs avec un grand réalisme. Mary Gerrard souligne que la taille du panneau peut suggérer une certaine intimité, le format réduit du panneau indiquant un usage privé de l'oeuvre qui relève d'un symbolisme particulier.
Histoire Ce tableau est une œuvre d'art de l'époque baroque. Au XVIIe siècle, le style baroque est pratiqué dans tous les arts, l'architecture, la peinture, la sculpture, la céramique, et bien d'autres formes d'expression. L'art baroque était généralement mis au service de la religion catholique et présent dans de nombreux lieux comme les églises, mais aussi l'espace public. L'iconographie représentait des moments importants de la Bible, connus et vénérés de tous, et les artistes recevaient de nombreuses commandes pour peindre des programmes religieux, notamment des saints. L'art baroque a la particularité de chercher à susciter l'émotion chez les spectateurs.
Ce tableau de style baroque typique aurait été réalisé par Gentileschi durant le séjour de l'artiste à Florence, d'après son apparence et des documents de fournisseurs retrouvés dans les archives. La date indiquée est 1614, mais comme le Nouvel An à Florence ne commençait qu'en mars, il s'agit techniquement de l'année 1615. L'œuvre est signée « Artemisia Lomi », un nom qu'Artemisia Gentileschi adopte lors de son séjour à Florence pour s'associer à son oncle Aurelio Lomi, qui y avait déjà acquis une certaine renommée. Yael Evan mentionne que Gentileschi souhaitait être traitée à l'égal des hommes peintres, notamment pour être admise dans une académie des beaux-arts.
Gentileschi, a peint cet autoportrait en martyre à l'âge de vingt-deux ans. Helen Clements décrit le tableau comme une représentation intime des sentiments de Gentileschi, mais malgré la grande douceur de ses traits, aucun appitoiement ne se dégage de l'œuvre. Clements émet l'hypothèse que Gentileschi se serait représentée en martyre pour exprimer le traumatisme du viol qu'elle a subi adolescente et pour laquelle elle a comparu devant la justice et été torturée au cours d'un procès violent. Elle estime que les autoportraits de Gentileschi révèlent son refus d'associer son passé à la pitié et au désarroi et réfute l'idée que Gentileschi se serait peinte en martyre uniquement en raison des événements passés. Susanna Scarparo, quant à elle, dépeint Gentileschi comme une peintre qui aspirait à la reconnaissance de son talent artistique plutôt qu'à la célébrité liée à son passé douloureux. Elle critique la façon dont les écrits précédents sur Gentileschi se sont concentrés sur ce point de son parcours personnel plutôt que sur ses talent d'artiste dans son œuvre peinte.
Gentileschi est l'une des rares femmes artistes célèbres du XVIIe siècle et la première à pratiquer la peinture de style italien de l'époque. Un de ses succès les plus notoires est d'avoir réussi à être la première femme à intégrer l'Académie des Beaux-Arts de Florence. Au cours de sa carrière, Gentileschi a principalement peint des femmes sur des thèmes religieux ou profanes .
Conservation On sait que le tableau a été réalisé à Florence. Il a appartenu à la collection d'Ignazio Hugford, qui l'a prêté pour une exposition florentine dans les années 1760. Hugford l'a conservé jusqu'en 1779. Plus tard, le tableau a fait partie de la collection de Martha Beavan, née Wallaston, de Leintwardine, dans le Herefordshire. En 1995, la galerie Newhouse possédait ce tableau dans sa collection privée. L'autoportrait a été vendu aux enchères chez Sotheby's à Londres le et adjugé pour la somme de 104 500 dollars .
Notes et références
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