L'Akpéma (ou Akpema, Akpendʋ) est un rite initiatique féminin traditionnel pratiqué par le peuple kabyè, principalement dans la région de Kara, au nord du Togo. Il marque le passage des jeunes filles à l'âge adulte et leur intégration dans la communauté, à l'instar de l'Evala pour les garçons. Il se déroule chaque année en juillet et août de chaque année, après les cérémonies Evala, dans la préfecture de la Kozah.
Description Le rite Akpéma concerne généralement les jeunes filles âgées d’environ 18 ans. Contrairement à certaines initiations masculines qui s’étendent sur plusieurs années, l’initiation Akpéma se déroule en une seule année.
Selon la tradition, les jeunes filles doivent se préparer physiquement et psychologiquement avant la cérémonie. Les familles des initiées participent activement à l’organisation en réunissant divers biens destinés aux sacrifices rituels et aux festivités, notamment des céréales (maïs, sorgho ou mil), de l’huile rouge, des graines de baobab décortiquées, du sel, du piment, de la volaille ainsi que des moutons selon les moyens de la famille.
Ces biens servent notamment aux offrandes dans les sanctuaires traditionnels et à l’accueil des invités durant les cérémonies.
Déroulement du rituel
Préparation et « Azola » vignette|upright|gauche|Rasage rituel de la tête. Les parents de l'initiée doivent réunir plusieurs biens essentiels : un sac de maïs, un sac de sorgho ou de petit mil, un bidon d'huile rouge, un bol de graines de baobab décortiquées, du piment, du sel, plusieurs têtes de volaille, deux ou trois moutons (selon les moyens financiers) ainsi qu'une enveloppe d'argent. Ces ressources servent à réaliser les sacrifices, à nourrir les invités et à rémunérer les accompagnantes qui chantent en l'honneur des familles durant le rituel.
La première étape rituelle s'appelle « Azola ». La jeune fille est assise sur un tabouret traditionnel (« Kpéré ») devant un petit mortier (« Sowa »). Sa tante maternelle lui rase alors la tête et pratique des scarifications sur les joues à l'aide d'un instrument tranchant nommé « Houno ». On immole ensuite une volaille et parfois un mouton en l'honneur des ancêtres (« Dana ») pour implorer leur protection tout au long du parcours initiatique.
Retraite et procession Après l'Azola, les initiées entrent en retraite. Elles se rendent, entièrement nues, la hanche ceinte de perles (« Kédjissi ») appelées aussi « tchikita », la tête rasée et une fine tige (« Doka ») à la main droite, en silence, jusqu'à une forêt sacrée ou un sanctuaire perché sur une montagne. Ce déplacement est suivi de petites filles non initiées (« Kakpayissi »), âgées de huit à dix ans, qui les accompagnent.
Épreuves de virginité La tradition exige que les jeunes filles soient vierges avant l'initiation, car celle-ci les prépare au mariage. Dans certains villages, l'épreuve de virginité consiste à s'asseoir sur une pierre sacrée : si la jeune fille a déjà eu des rapports sexuels, du sang s'écoulerait de son sexe ou, selon d'autres versions, un essaim d'abeilles viendrait la piquer, voire un python se glisserait entre ses jambes. Aujourd'hui, seules les filles certaines de leur virginité insistent pour s'asseoir sur la pierre, cet acte étant devenu source de fierté familiale.
Signification sociale L'Akpéma permet aux jeunes filles kabyè de s'habituer à l'endurance, au courage et à la sauvegarde de certaines vertus qui leur confèrent un statut particulier dans la société. Au terme de l'initiation, les jeunes filles reçoivent une petite incision sous l'oreille, signe qu'elles « sortent d'une bonne famille » et sont désormais considérées comme des femmes accomplies.
Danse Tchimou et ostentation La fin de l'initiation est marquée par une parade où toutes les Akpéma du canton se réunissent. Des prêtres traditionnels donnent le départ de la procession, et les initiées des années précédentes chantent pour vanter la pilosité pubienne des nouvelles initiées, la comparant à une brousse sauvage, aux roseaux ou à de hautes herbes « qui blessent ». La présence de caméras est alors formellement interdite.
Une fois la parade achevée, les nouvelles Akpéma peuvent se rendre au marché, simplement vêtues d'un slip et d'un soutien-gorge, la hanche toujours ceinte des perles « Kédjissi ». La cérémonie se clôt par la danse Tchimou : le fiancé de la jeune fille organise chez elle une fête où il étale ses richesses offrant des quantités importantes de « souloum » (bière de sorgho) devant la communauté. Cette ostentation vise à rassurer la jeune fille sur la fortune de son futur époux et à garantir qu'elle n'entrera pas dans une famille indigente .
Évolutions et controverses
Christianisation de l'Akpéma Il y a quelques années, sous l'impulsion du père Adjola, l'Église catholique a accepté d'initier les jeunes filles à l'intérieur même de l'église, suscitant un débat sur la possible « désacralisation » du rite traditionnel. Des chercheurs comme Nadiédjoh Tchélegué ont ainsi analysé l'impact de la célébration ecclésiale de l'Akpéma sur son caractère sacré originel.
Interdiction des caméras La photographie et la captation vidéo sont strictement prohibées tout au long des processions et des épreuves. Tout contrevenant s'expose à un lynchage, à une conduite devant la justice et à la destruction de son matériel. Cette interdiction vise à préserver l'intimité des initiées et le caractère sacré du rituel.
Représentations médiatiques et documentaires L'Akpéma a fait l'objet de plusieurs documentaires, dont Akpéma (2011, 52 min), réalisé par une cinéaste de la communauté kabyè, qui suit l'initiation de sa propre sœur et met en lumière les transformations contemporaines de la cérémonie.
Voir aussi
Evala Culture kabyè
Notes références
Catégorie:Culture togolaise