La Stoa du Milieu (, Mésē Stoá) était un portique ou stoa situé approximativement au centre de l'Agora d'Athènes. Elle divisait la place antique en deux zones inégales : une vaste zone nord et une zone sud plus réduite. Établie au pied nord de l'Acropole, elle s'étendait selon un axe est-ouest, au sud de l'Éridanos.
Histoire Au cours du , le versant sud de l'Agora connut une transformation radicale avec la construction de plusieurs nouveaux édifices formant la Place du Sud. La Stoa du Milieu fut le premier d'entre eux ; la recherche contemporaine date le début de sa construction aux alentours de 180 av. J.-C. Elle s'inscrit dans un complexe architectural d'ensemble comprenant également le Bâtiment Est et la Stoa sud II, auquel vint s'ajouter vers 150–140 av. J.-C. la Stoa d'Attale, édifiée sur le côté est de l'Agora, parachevant la fermeture de la place par des portiques selon le goût hellénistique. Vers la fin du , le monument disparut pour faire place à un escalier donnant accès à la terrasse s'étendant devant le portique, dont on distingue néanmoins encore les fondations. La Stoa du Milieu demeura en usage continu durant toute la période romaine.
Datation Les fouilles du remblai de construction du bâtiment ont livré une quantité considérable de matériaux de remblayage utilisés pour niveler le terrain en pente, dont environ 1 500 anses d'amphores timbrées. L'analyse de ces timbres, principalement rhodiens et cnidiens, indique que les éléments les plus récents du remblai remontent à la deuxième décennie du Plus précisément, la cessation des timbres sinopéens — dont la production s'interrompit vers 183 av. J.-C. à la suite de la prise de Sinope — fournit une date-limite pour la constitution du remblai d'environ 183 av. J.-C.
Commanditaire Bien que le commanditaire ne soit pas nommé dans les inscriptions conservées, la datation vers 183 av. J.-C. a conduit Virginia Grace à proposer l'attribution de la construction à Pharnace Ier. Cette année-là, Pharnace s'empara de Sinope et d'Amisos, prenant ainsi le contrôle de centres névralgiques du commerce céréalier en mer Noire. Un décret athénien découvert à Délos (daté de 160/159 av. J.-C.) honore Pharnace et mentionne une somme d'argent qu'il avait promise à Athènes, versée en plusieurs acomptes. Grace estime que les premiers versements financèrent vraisemblablement les importants travaux de terrassement et la construction de la Stoa du Milieu. L'hypothèse est jugée séduisante, mais la partie épigraphique de l'argumentation de Grace a été contestée, notamment du fait de la nouvelle datation du texte OGIS 771, qui se voulait décisive ; la question reste ouverte dans l'attente de nouvelles découvertes.
Les chercheurs pensent que des architectes étrangers furent probablement chargés de la conception du bâtiment, celui-ci présentant des éléments constructifs inhabituels pour l'architecture athénienne de l'époque. La question du commanditaire du complexe sud dans son ensemble reste débattue : H.-J. Schalles a proposé en 1982 une attribution qui, malgré les critiques formulées par M. Kohl en 2001, continue d'être retenue par une partie de la recherche. Une autre hypothèse attribue l'initiative de l'ensemble formé par la Stoa du Milieu, le Bâtiment Est et la Stoa sud II aux Attalides, ces transformations s'intégrant dans un programme cohérent de fermeture hellénistique de l'Agora dont la Stoa d'Attale constituerait l'aboutissement.
Description La Stoa du Milieu était le plus grand bâtiment de l'Agora athénienne, mesurant de long et de large. Elle était entourée de colonnades d'ordre dorique sur ses quatre côtés, et une colonnade intérieure d'ordre ionique courant en son milieu, reliée par une cloison, supportait la toiture. Le bâtiment était construit principalement en calcaire, avec une toiture en terre cuite.
Détails architecturaux Le bâtiment reposait sur un krepis (plateforme à degrés) constitué de dalles disposées de façon que chaque dalle reposât sur deux dalles sous-jacentes, afin d'éviter la coïncidence de joints verticaux. Des traces sur certains tambours indiquent qu'un parapet étroit courait entre les colonnes à l'est et vraisemblablement à l'ouest. La hauteur de ce parapet demeure incertaine.
La construction fit appel à des matériaux « modestes », principalement le calcaire, le marbre n'étant employé que pour les métopes et la terre cuite pour la sima.
L'architrave et la frise étaient à l'origine décorés de peintures, dont les traces sont conservées « de manière remarquable ».
Fonction La destination de la Stoa du Milieu, à l'instar de tous les bâtiments de la Place du Sud, demeure incertaine. Traditionnellement classée parmi les stoai à vocation commerciale, ses caractéristiques architecturales suggèrent qu'elle aurait pu servir de grenier municipal. La Stoa du Milieu partage en effet des traits caractéristiques communs avec les greniers antiques (tel le horreum romain), notamment une forme longue et étroite, un sol surélevé pour prévenir l'humidité, et une enveloppe extérieure fermée pour protéger contre les rongeurs et les intempéries. Si Pharnace Ier en était bien le donateur, un grenier aurait constitué un cadeau particulièrement approprié eu égard à sa maîtrise des grands ports céréaliers pontiques.
Vestiges
Au sud de la Stoa du Milieu s'organisait un complexe de trois bâtiments formant un ensemble cohérent. Le Bâtiment Est ( × ) reliait la Stoa du Milieu à la Stoa sud II à leurs extrémités orientales ; il s'ouvrait à l'ouest et à l'est, et sa longue pièce orientale était dotée d'un sol de marbre où l'on disposait vraisemblablement des tables, dont quelques encastrements de pieds ont été retrouvés. Quatre pièces s'ouvraient sur une esplanade occidentale située à un niveau inférieur. La Stoa sud II, également dorique, rejoignait le Bâtiment Est à la Cour à péristyle, aujourd'hui identifiée à l'Aiakéion, le sanctuaire du héros Ajax ; une fontaine était aménagée dans son mur de fond.
Des vestiges des parapets étroits courant entre les colonnes sont conservés, ainsi que des fondations, des degrés et la partie inférieure de quelques colonnes. À l'extrémité orientale, les degrés d'origine et des fragments de trois colonnes sont conservés en place. À l'extrémité occidentale, seules subsistent les lourdes fondations en conglomérat rougeâtre. Les vestiges fouillés portent des traces d'incendie intense, ce qui indique que la superstructure comportait d'importants éléments en bois.
Cohérence urbanistique Plusieurs indices convergents témoignent que la Stoa du Milieu, le Bâtiment Est et la Stoa sud II relevaient d'un projet d'ensemble concerté. Le petit côté sud de la Stoa d'Attale s'aligne strictement sur le mur central de la Stoa du Milieu ; l'axe du portique royal coïncide avec celui de l'Héphaïstéion, dont la façade est demeurait visible depuis la place, entre le Métrôon et le Temple d'Apollon Patroos ; enfin, l'axe est-ouest de la Stoa d'Attale passe par l'autel du Métrôon. Ces correspondances ne peuvent être fortuites et supposent la conception simultanée des bâtiments sud — qui reprenaient selon toute vraisemblance les fonctions juridiques de la Cour péristyle carrée démantelée au début du — et de la Stoa d'Attale, dont le rôle commercial complétait le dispositif.
Notes et références
Sources
Catégorie:Agora d'Athènes Catégorie:Architecture de la Grèce antique Catégorie:Architecture antique