L’ulcère gastroduodénal (UGD, parfois graphié gastro-duodénal), aussi appelé ulcère de l'estomac, est une maladie qui a longtemps été considérée comme chronique, définie anatomiquement par une perte de substance de la paroi de l’estomac ou du duodénum dépassant la Ulcère gastroduodénal. Dictionnaire médical de l'Académie de Médecine..

L’ulcère implique le plus souvent une bactérie, l’Helicobacter pylori. Cette découverte fortuite. est due à J. Robin Warren et Barry J. Marshall et leur a valu le prix Nobel de médecine en 2005. Cependant, d’autres facteurs en facilitent la survenue comme le stress des patients en réanimation ou certains médicaments.

Causes ou facteurs de risque Avant la compréhension, à partir de 1982, du rôle d'une bactérie dans l’ulcère gastroduodénal, on l'interprétait classiquement comme résultant d’un déséquilibre entre des facteurs protecteurs de la muqueuse gastroduodénale (intégrité anatomique de la muqueuse, de la vascularisation pariétale, sécrétion de mucus par les cellules mucigènes, sécrétion de bicarbonate) et des facteurs d’agression (sécrétion chlorhydro-peptique majorée notamment par le stress), la prise de toxiques, dont l’alcoolisme, le tabagisme, le café, certains médicaments, dont l’aspirine (risque de d’avoir un ulcère) ou autres anti-inflammatoires non stéroïdiens, corticostéroïdes…

Cette conception classique a été remise en cause par la découverte du rôle prépondérant de l’infection par Helicobacter pylori.

Contrairement à une idée reçue, le « stress » (dans le sens courant d'« anxiété ») n'est pas un facteur de risque. Le terme d’ correspond à un stress physiologique lors de pathologie aiguë grave, notamment chez les patients en réanimation.

Les causes médicamenteuses sont indépendantes de la présence d’Helicobacter. Les ulcères sont causés dans ce cas par la suppression de la sécrétion de prostaglandines par l’estomac Wallace JL, « » Physiol Rev. 2008;88:1547-1565. qui est due à une inhibition de la cyclooxygénase 1 (COX-1). Les anti-inflammatoires de type anti COX-2 (appelé communément coxibs) provoquent beaucoup moins d’ulcères.

Dans certains cas, les ulcères peuvent être liés à une autre cause, comme dans le syndrome de Zollinger-Ellison.

Épidémiologie C’est l’une des maladies gastroentérologiques les plus fréquentes : on estime que 5 à 10 % des habitants des États-Unis développeront un ulcère gastrique ou duodénal dans leur vie.

Les ulcères duodénaux sont les plus fréquents : on trouve un ulcère gastrique pour dix ulcères duodénaux.

Les complications des ulcères diminuent en fréquence, avec l’utilisation de médicaments efficaces sur l’ulcère.

En France, on compte en moyenne 90 000 nouveaux cas d'ulcère gastroduodénal par an.

Symptômes Les signes de l’ulcère gastrique ou de l’ulcère duodénal sont très variables et peu spécifiques. Il n’existe pas d’élément clinique permettant d’affirmer le diagnostic avec certitude. La découverte d’un ulcère gastroduodénal à l'endoscopie digestive haute est possible chez des patients ne se plaignant de rien.

Les symptômes les plus courants sont : l’épigastralgie qui est une douleur localisée à la partie haute de l’abdomen et qui présente des caractéristiques : par exemple, une apparition dans les 2 à après les repas est soulagée par une prise alimentaire, surtout s’il s’agit d’aliments alcalins comme les produits laitiers. Elle se répète de façon quotidienne, donnant une impression de ; le pyrosis (sensation de brûlure rétrosternale), une dyspepsie (sensation d’inconfort lors de la digestion), des nausées ou des vomissements, une anorexie (perte d’appétit) avec amaigrissement, la pâleur d’une anémie ferriprive ou un méléna (diarrhée noirâtre due à du sang digéré) sont des signes moins constants.

Les signes cliniques évoluent par périodes où le malade souffre quotidiennement, entrecoupées de périodes sans gêne particulière. Il existe un rythme saisonnier à ces périodes qui seraient plus fréquentes au printemps et en automne.

On peut aussi constater des signes cliniques plus bruyants pouvant témoigner d’une complication d’emblée, lors notamment d’une perforation de la paroi digestive ou d’une hémorragie digestive majeure. La symptomatologie décrite ci-dessus est alors couverte par celle de la péritonite (douleur abdominale intense, iléus, ventre de bois à la palpation…) et ceux de l’état de choc hémorragique (pâleur intense, tachycardie, hypotension, angoisse…).

Diagnostic La fibroscopie œsogastroduodénale est l’examen de référence. Elle visualise l’ulcère, en détermine la localisation, s’il est isolé ou multiple. Des biopsies sont nécessaires en cas d’ulcère gastrique, pour vérifier l’absence de cancérisation. Les ulcères les plus fréquents sont situés sur la petite courbure de l’estomac et sur le bulbe du duodénum (partie postérieure). On recherchera également une colonisation par l’Helicobacter pylori, très souvent associé à l’ulcère gastroduodénal, et dont l’éradication permettra d’éviter des récidives.

Un transit œsogastroduodénal (radiographie de l’abdomen après avoir avalé un produit radio-opaque) peut être utile, si on ne peut avoir accès à une fibroscopie, ou si une symptomatologie évocatrice persiste, en l’absence de signe fibroscopique visible.

La radio d’abdomen sans préparation est en règle générale normale. On peut visualiser de l’air sous les coupoles diaphragmatiques en cas d’ulcère perforé : un scanner peut également être utile en cas de saignement, ou de suspicion de perforation.

Chez les personnes jeunes, on peut se contenter d’une simple recherche d’Helicobacter par une analyse des gaz respiratoires ou par la recherche d’antigènes spécifiques dans les selles, sans faire de fibroscopie McColl KEL « »], Helicobacter 2000; 5:S11-S15 ..

Complications Hémorragie La complication la plus fréquente est l’hémorragie digestive haute (correspond à plus d'un tiers de ces dernières Hearnshaw SA, Logan RF, Lowe D, Travis SP, Murphy MR, Palmer KR, « » , 2011;60:1327-1335.) se manifestant soit par une hématémèse (vomissement de sang), soit par un méléna (diarrhée noirâtre faite de sang digéré), soit simplement par une anémie. Son incidence annuelle est comprise entre 19 et 57 cas pour suivant les pays Lau JY, Sung J, Hill C, Henderson C, Howden CW, Metz DC, « » , 2011;84:102-113.. Il peut y avoir saignement abondant, par exemple sur érosion de l’artère gastroduodénale qui passe sur la face postérieure du premier duodénum.

La fibroscopie peut voir un saignement en cours, ou seulement la présence d'un caillot. Elle peut ne visualiser qu'un ulcère apparemment non compliqué.

La mortalité est autour de 5 % même si elle a tendance à baisser Lau JY, Barkun A, Fan DM, Kuipers EJ, Yang YS, Chan FK, « » , 2013;381:2033-2043..

Plusieurs scores de risque ont été développés afin d'estimer le pronostic de l'hémorragie digestive haute. Ils sont basés sur la clinique, la biologie, et parfois les données endoscopiques. Parmi ces scores, on peut citer le « Rockall score » Rockall TA, Logan RF, Devlin HB, Northfield TC, « » , 1996;38:316-321., le « » Blatchford O, Murray WR, Blatchford M, « » , 2000;356:1318-1321. et l'AIMS65 Saltzman JR, Tabak YP, Hyett BH, Sun X, Travis AC, Johannes RS, « » Gastrointest Endosc, 2011;74:1215-1224., seul ce dernier étant spécifique de l'hémorragie sur ulcère gastrique.

Perforation

L’ulcère peut se compliquer de perforation gastrique ou duodénale, avec constitution d’un pneumopéritoine ou d’une péritonite. Cette complication est cependant plus rare Malfertheiner P, Chan FK, McColl KE, « » 2009;374:1449-1461..

Autres En chronique, l’ulcère peut se compliquer d’anémie ferriprive, de sténose pylorique et de cancer gastrique.

Un ulcère gastrique peut se « cancériser » et un cancer gastrique peut prendre la forme d'un ulcère : ceci explique que la recherche d'un cancer gastrique soit systématique devant tout ulcère gastrique. Ceci ne concerne pas les ulcères duodénaux.

Traitement et surveillance Le traitement de l’infection à Helicobacter pylori repose sur une association d’antibiotiques et d’un inhibiteur de la pompe à protons. En raison de l’augmentation des résistances bactériennes, notamment à la clarithromycine, les recommandations récentes privilégient dans de nombreuses situations une quadrithérapie (avec ou sans bismuth), en particulier dans les pays à forte résistance comme la France. L'éradication de Helicobacter Pylori devra être contrôlée quelques semaines après le traitement d'éradication par un test respiratoire à l'urée pour les ulcères duodénaux et par biopsie endoscopique pour les ulcères gastriques, en raison de la nécessité d'une recherche de cancer gastrique.

Des pistes de recherches utilisant par exemple des nanoparticules"2012, Mucoadhesive and muco-penetrating delivery systems for eradication of Helicobacter pylori".semblent néanmoins plus à même de cibler plus précisément le biofilm de l'ulcère"Nbci 2015:Microbial biofilms and gastrointestinal diseases". et de diminuer l'impact des traitements.

La cicatrisation de l’ulcère est obtenue par un traitement anti-acide et quelques mesures hygiéno-diététiques : arrêt du tabac, sevrage alcoolique, etc.

Le traitement par anti-acide au long cours peut être proposé chez les patients toujours porteurs d’Helicobacter pylori ou à risque de récidive d’ulcère gastroduodénal.

Les pansements gastriques (sucralfate, sels de bismuth) sont des gels renforçant la muqueuse digestive et permettant une meilleure cicatrisation. Ils n'ont qu'un effet symptomatique sur la douleur.

La consommation de probiotiques limite le développement de la bactérie Helicobacter pylori mais ne peut l'éradiquer. On espère que ces probiotiques pourraient avoir des effets bénéfiques sur les gastrites Lesbros-Pantoflickova D, Corthésy-Theulaz I, Blum AL « Helicobacter pylori » J Nutr. 2007 Mar;137(3 Suppl 2):812S-8S ..

Traitement des complications En cas de complication, le traitement peut être médicamenteux ou chirurgical : perforation d’ulcère : sur estomac vide, un traitement médicamenteux peut être mis en place : aspiration par sonde gastrique, perfusion avec inhibiteurs de la pompe à protons et antibiotiques, surveillance en milieu chirurgical, sur estomac plein, la constitution d’une péritonite est beaucoup plus rapide, et une intervention chirurgicale est nécessaire en urgence (toilette péritonéale et drainage, suture de l’ulcère) ;