La classe Kortenaer est une classe de frégates anti-sous-marines de la Marine royale néerlandaise. Comme d’autres types de frégates des années 1970 et 1980, ces navires utilisent un système de propulsion COGOG, reposant sur deux types de turbines à gaz distinctes : l’une pour la navigation de croisière et l’autre pour la vitesse maximale. Les frégates de la classe Kortenaer remplacent les destroyers anti-sous-marins des classes et Friesland. Entre 1978 et 1982, douze unités sont construites : dix par les chantiers De Schelde à Vlissingen et deux par Wilton-Fijenoord à Schiedam. Seules dix frégates servent finalement dans la Marine royale néerlandaise. Deux unités sont vendues à la Marine grecque alors qu’elles sont encore en construction et sont remplacées par deux frégates de la classe Jacob van Heemskerck, une variante spécialisée dans la défense aérienne dérivée de la classe Kortenaer. Les navires livrés à la Grèce prennent le nom de classe Elli. Après la fin de leur service aux Pays-Bas, huit frégates supplémentaires sont vendues à la Grèce en 1992, tandis que les deux dernières sont cédées aux Émirats arabes unis. Par la suite, trois de ces navires sont retirés du service actif, dont l’un est transformé en superyacht sous le nom de Yas.
Contexte La classe Kortenaer est conçue comme une frégate de lutte anti-sous-marine destinée à remplacer les deux classes de navires du même type déjà en service dans la Marine royale néerlandaise : les classes et Friesland. Le comité de planification néerlandais souhaite équiper ces frégates du plus grand nombre possible de systèmes compatibles avec les normes de l’OTAN, afin d’assurer leur interopérabilité avec d’autres classes de frégates de l’Alliance. Dans ce cadre, les Pays-Bas proposent également des accords de coopération à d’autres marines, notamment à la Royal Navy britannique. Ces propositions sont toutefois refusées. Les ingénieurs néerlandais décident alors de concevoir une plateforme standardisée, appelée par la suite « conception standard ». Cette conception permet le développement de variantes spécialisées dans la lutte anti-sous-marine ou dans la défense antiaérienne, tout en respectant les standards techniques de l’OTAN.
Conception et description La coque du navire s’inspire des conceptions françaises contemporaines, caractérisées par des ponts supérieur et principal continus, un unique gouvernail et une étrave de type clipper. Les frégates sont conçues pour offrir un bon comportement en mer, avec un rapport longueur-largeur plus faible que celui généralement adopté pour des navires de taille comparable. Les bâtiments intègrent également un niveau élevé d’automatisation, destiné à réduire le personnel nécessaire dans la salle des machines ainsi que l’effectif total de l’équipage. Les opérations de conduite et de combat peuvent ainsi être centralisées dans la salle des opérations. Lors de leur mise en service, les frégates de la classe Kortenaer mesurent 130,5 mètres de longueur hors tout, pour une largeur de 14,6 mètres. Leur tirant d'eau atteint 4,3 mètres au niveau de la coque et 6,2 mètres à la base de l’hélice. Le déplacement standard est d’environ 3 100 tonnes et atteint 3 690 tonnes à pleine charge. Au cours de leur carrière, les modifications apportées à l’armement et aux radars entraînent des variations de déplacement entre les différentes unités de la classe. Grâce au degré élevé d’automatisation du navire, l’équipage est réduit, passant de 196 à 176 officiers et marins.
Les frégates de la classe Kortenaer comportent quinze cloisons étanches. Leur propulsion repose sur un système COGOG (Combined Gas or Gas) associant deux turbines à gaz de croisière Rolls-Royce Tyne RM1C, développant chacune 3 700 kilowatts, et deux turbines à gaz Rolls-Royce Olympus TM3B, d’une puissance de 19 200 kilowatts chacune. L’ensemble entraîne deux hélices à pas variable. Cette configuration permet aux navires d’atteindre une vitesse maximale d’environ 30 nœuds, tandis que la vitesse de croisière est de 20 nœuds. L’autonomie atteint environ 4 700 milles nautiques à 16 nœuds lorsque seule une turbine Tyne est utilisée. L’alimentation électrique est assurée par quatre générateurs diesel SEMT-Pielstick PA4 de 750 kilowatts. Les bâtiments disposent également de systèmes redondants, comprenant deux chaudières auxiliaires et des évaporateurs. Les installations de propulsion sont réparties dans quatre compartiments successifs, de l’avant vers l’arrière : les auxiliaires, les turbines Olympus, les turbines Tyne associées au réducteur, puis les auxiliaires arrière. Afin d’améliorer la stabilité en mer, les frégates sont équipées d’une paire de stabilisateurs à ailerons Denny–Brown.
La conception initiale prévoit l’installation de deux canons navals OTO Melara de 76 mm/62 calibres en affûts simples, l’un placé à l’avant du navire et l’autre installé à l’arrière au-dessus du hangar. Après la construction des quatre premières unités, le canon arrière de 76 mm est toutefois remplacé par un canon antiaérien Bofors de 40 mm/L70. Les canons de 76 mm peuvent tirer un obus de 6 kg à une distance maximale d’environ 8,6 milles nautiques lorsque l’élévation atteint 85 degrés. Par la suite, les systèmes installés à l’arrière sont de nouveau modifiés : ils sont remplacés sur l’ensemble des navires par un système d’armes rapprochées SGE-30 Goalkeeper de 30 mm à sept tubes, destiné à la défense rapprochée contre les menaces aériennes et les missiles, avec une portée d’environ 2 kilomètres.
Chaque navire est équipé de deux lanceurs quadruples pour missiles antinavires Harpoon. Chaque missile peut parcourir environ 70 milles nautiques à une vitesse proche de Mach 0,9 et emporte une charge militaire d’environ 227 kg. Les frégates disposent également d’un lanceur octuple Mark 29 destiné aux missiles antiaériens Sea Sparrow, avec une capacité maximale de 24 missiles embarqués. Le Sea Sparrow possède une portée d’environ 8 milles nautiques, atteint une vitesse de Mach 2,5 et transporte une charge militaire d’environ 30 kg. En complément, les bâtiments sont dotés de deux affûts doubles de tubes lance-torpilles Mark 32 de 324 mm, destinés aux torpilles Mark 46 Mod 5. Celles-ci peuvent atteindre une portée d’environ 5,9 milles nautiques à une vitesse de 40 nœuds et sont équipées d’une charge militaire d’environ 44 kg.
À l’origine, les frégates de la classe Kortenaer sont équipées d’un système de leurres à paillettes Knebworth/Corvus à lancement par roquettes, remplacé par la suite par des lanceurs SRBOC à six tubes. Les navires disposent également d’un système de guerre électronique comprenant un brouilleur ESM/ECM Ramses ainsi que le système de gestion des opérations SEWACO II. La détection et la conduite de tir reposent sur plusieurs radars : un radar de veille aérienne LW 08 opérant dans la bande D, un radar de veille de surface ZW 06 fonctionnant dans la bande I, ainsi que des radars de conduite de tir STIR et WM 25 opérant dans les bandes I/J. Pour la lutte anti-sous-marine, les frégates sont équipées d’un sonar de coque installé à l’étrave, de type SQS-505 ou SQS-509, ou d’un sonar remorqué SQR-19 TACTASS. À l’arrière, les bâtiments disposent d’un pont d’envol et d’un hangar. L’installation est initialement conçue pour mettre en œuvre jusqu’à deux hélicoptères Westland SH-14B Lynx, mais en pratique un seul appareil est généralement embarqué lors des opérations en temps de paix.
Construction et service Le gouvernement néerlandais commande une première série de quatre navires le . Une deuxième série de quatre unités est commandée le , suivie d’une troisième série de quatre le . Les huit premiers navires sont construits par les chantiers Royal Schelde. Les neuvième et dixième unités sont réalisées par Wilton-Fijenoord, tandis que les deux dernières sont de nouveau construites par Royal Schelde. Le , un contrat est signé avec la Grèce pour la vente d’une coque alors en construction, avec une option pour une seconde unité. Cette option est exercée le . Les deux navires concernés correspondent aux sixième et septième unités de la deuxième série, initialement prévues sous les noms Peter Florisz et Witte de With. Les frégates restantes de la classe Kortenaer sont d’abord employées pour des missions de patrouille dans l’océan Atlantique jusqu’aux années 1990. Par la suite, leurs opérations se concentrent davantage en mer Méditerranée et dans le détroit d’Ormuz. Elles participent notamment à des déploiements de l’OTAN liés aux opérations de blocus durant les guerres de Yougoslavie, ainsi qu’à des missions dans le détroit d’Ormuz et le golfe Persique pendant la guerre du Golfe. En 1993, le Bloys van Treslong est envoyé dans la mer des Caraïbes afin de faire respecter le blocus imposé par les Nations unies à Haïti. En 2001, les frégates de la classe Kortenaer effectuent leur dernière mission sous pavillon néerlandais, lorsque le Philips van Almonde est déployé dans le golfe Persique dans le cadre de l’opération Enduring Freedom. Toutefois, les réductions budgétaires affectant les forces armées entraînent progressivement le retrait anticipé de la classe du service dans la Marine néerlandaise.
Le , la Grèce signe un accord visant à acquérir d’autres navires de la classe Kortenaer, avec un premier groupe de trois unités. Les frégates Banckert, Callenburgh et Van Kinsbergen sont les premières à être transférées. Elles sont ensuite suivies par le Kortenaer, la seconde frégate Peter Florisz, Jan van Brakel, Philips van Almonde et Bloys van Treslong. Les deux dernières frégates de la classe sont finalement cédées aux Émirats arabes unis dans le cadre d’un contrat signé le , après avoir subi une modernisation aux chantiers Royal Schelde.
Navires de la classe Les navires portent le nom de capitaines et d'amiraux néerlandais : Classe KortenaerNomPennant numberHomonymeConstructeurPose de la quilleLancementCommissionFin de serviceStatutF807Egbert Bartholomeuszoon KortenaerRoyal Schelde8 avril 197518 décembre 197626 octobre 19781997Vendu à la GrèceF808Gerard Callenburgh2 septembre 197526 mars 197726 juillet 19791994Vendu à la GrèceF809Jan Hendrik van Kinsbergen2 septembre 197516 avril 197724 avril 19801995Vendu à la GrèceF81025 février 197630 septembre 197829 octobre 19801993Vendu à la GrèceF811Piet Hein28 avril 19773 juin 197814 avril 19811998Vendu aux Émirats arabes unisPeter FloriszF8122 juillet 197715 décembre 1979 — —Vendu à la Grèce en 1982Witte de WithF813Witte de With13 juin 197827 octobre 1979 — —Vendu à la Grèce en 1982F816Abraham Crijnssen25 octobre 197816 mai 19816 janvier 19831997Vendu aux Émirats arabes unisF823Philips van AlmondeWilton-Fijenoord octobre 197711 août 19792 décembre 19812002Vendu à la GrèceF824Willem Bloys van Treslong5 mai 197815 novembre 198025 novembre 19822003Vendu à la GrèceF825Jan van BrakelRoyal Schelde16 novembre 197916 mai 198114 avril 19832001Vendu à la Grèce (ex-Willem van der Zaan)F82621 janvier 19818 mai 1982 octobre 1983Vendu à la Grèce
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