droite|vignette|Anneken Jans donnant son fils, juste avant sa propre noyade, gravure de Jan Luyken .
Anneken Jans de Rotterdam (aussi appelée Anna Jansz, Anneke Jans ou Anneke Esaiasdochter), née vers 1509 ou 1510 à Brielle et morte par noyade le à Rotterdam, est une martyre anabaptiste néerlandaise. Elle est principalement connue pour son testament spirituel adressé à son fils Ésaïe avant son exécution, ainsi que pour l’attribution traditionnelle du chant Ick hoorde de Basuyne blasen, appelé plus tard le Posaunenlied.
Elle appartient à la première génération des anabaptistes des Pays-Bas, dans le contexte des troubles religieux et politiques qui marquèrent les années 1530.
Biographie
Origines et famille Anneken Jans naquit vraisemblablement à Brielle, sur l’île de Putten, dans le comté de Hollande. Certaines traditions la font issue d’un milieu relativement aisé, mais ce point demeure incertain.
Elle épousa Arent Jansz de Lint, parfois désigné simplement sous le nom d’Arent Jansz, établi à Brielle. Le couple eut un fils, Ésaïe (Esaias Arentsz de Lint), encore très jeune lors de l’exécution de sa mère.
Entrée dans l’anabaptisme En 1534, Anneken Jans et son mari rejoignirent le mouvement anabaptiste. Ils furent alors associés à un groupe de dissidents religieux réuni à Brielle. Leur baptême d’adultes est généralement situé en février ou .
L’environnement religieux dans lequel s’inscrivit cette adhésion paraît avoir été d’abord marqué par le courant apocalyptique qui gravitait autour des prédicateurs liés à Münster. C’est le scénario le plus probable, car il explique le ton du chant qui lui est attribué. Il demeure toutefois possible qu’Anneken ait ensuite été rapidement en contact avec des milieux plus proches de David Joris, dont l’orientation était plus spiritualisante et moins révolutionnaire.
Persécution, exil et entourage de David Joris Après l’essor initial de la communauté anabaptiste locale, la répression s’intensifia. En 1534, ou peu après, son mari gagna l’Angleterre pour échapper aux poursuites. Anneken semble être demeurée un temps dans les Pays-Bas, où elle réussit à se soustraire aux autorités pendant plusieurs années.
Au cours de cette période, elle fut vraisemblablement en relation avec David Joris et son entourage. Certaines traditions la présentent comme une proche collaboratrice du réformateur, voire comme ayant partagé pendant un temps sa vie itinérante. La nature exacte de ce lien reste toutefois très incertaine et ne peut être définie avec certitude.
Il semble qu’Anneken ait ensuite rejoint son mari à Londres, où celui-ci mourut en . Ce séjour en Angleterre rend bien compte du fait qu’elle reparut peu après dans les Pays-Bas avec son jeune fils.
Arrestation À la fin de 1538, Anneken revint aux les Pays-Bas, accompagnée de son enfant et, semble-t-il, d’une compagne de voyage partageant sa foi et originaire de Louvain. Elle fut arrêtée à Rotterdam, ou dans ses environs immédiats, après avoir été reconnue et dénoncée.
Le motif immédiat de son arrestation paraît avoir été le fait qu’elle chantait, avec sa compagne, des cantiques anabaptistes au cours du voyage. Cet élément est rapporté de manière convergente par plusieurs traditions et peut être tenu pour plausible.
Procès et exécution Anneken Jans fut jugée pour hérésie et condamnée à mort à Rotterdam le . Elle fut exécutée le lendemain, , par noyade, peine fréquemment infligée aux anabaptistes dans les Pays-Bas du XVIe siècle.
La tradition situe l’exécution près de la Porte de Delft. Elle aurait ensuite été enterrée en terre profane, au Roode Zant près de Rotterdam.
Le fils d’Anneken Jans vignette|Anneke Jansz confie son enfant à l'aide-boulanger. Peinture d'Ary Lamme . L’épisode le plus célèbre de son martyre est celui de son jeune fils Ésaïe, qu’elle aurait confié à un passant au moment de partir au supplice. Le noyau du récit paraît ancien et solidement enraciné dans la mémoire anabaptiste : Anneken aurait demandé qu’on prenne soin de son enfant, promettant ses biens à qui accepterait de l’élever.
L’homme qui recueillit l’enfant est généralement présenté comme un boulanger de Rotterdam, parfois comme un simple garçon boulanger. Les détails varient, mais l’essentiel du récit est constant.
L’âge exact de l’enfant n’est pas entièrement certain. Les traditions oscillent entre quatorze et dix-huit mois. L’estimation la plus probable est qu’il avait environ quinze mois.
Ésaïe survécut et connut plus tard une ascension remarquable à Rotterdam. Devenu d’abord artisan puis brasseur, il occupa plusieurs charges municipales et fut à plusieurs reprises bourgmestre de Rotterdam à la fin du XVIe siècle. Il semble en revanche avoir appartenu par la suite à l’Église réformée, et non au courant anabaptiste de sa mère.
Œuvre et écrits
Le Posaunenlied Anneken Jans est traditionnellement tenue pour l’auteure du chant Ick hoorde de Basuyne blasen (« J’entendis sonner la trompette »), composé vers 1534-1536. Ce texte, marqué par un imaginaire apocalyptique, annonce la délivrance des fidèles et le jugement des oppresseurs.
Par son ton véhément et ses images de vengeance, ce chant se rattache plus naturellement au climat religieux qui accompagna la crise de Münster qu’au pacifisme mennonite postérieur. Cela suggère qu’Anneken Jans passa, au moins dans un premier temps, par un milieu anabaptiste de tendance plus radicale.
Lettre à David Joris Une lettre à David Joris, datée de 1536, lui est également attribuée. Elle témoigne, si l’attribution est retenue, de ses liens avec le cercle joriste dans les dernières années de sa vie.
Testament spirituel Le texte le plus célèbre associé à Anneken Jans est toutefois son testament spirituel adressé à son fils Ésaïe, rédigé peu avant son exécution. Conservé dans la tradition martyrologique anabaptiste, il exhorte l’enfant à suivre le chemin étroit des prophètes, des apôtres et des martyrs, à se joindre au « petit troupeau » méprisé du monde, à pratiquer la crainte de Dieu, la charité et la fidélité jusqu’à la mort. Ce texte la placerait dans la mouvance pacifique anabaptiste, la seule qui dura dans le temps.
Ce testament, rempli de citations et d’allusions bibliques, est devenu l’un des textes féminins les plus connus de la mémoire anabaptiste néerlandaise.
Postérité L'histoire d'Anneken Jans fut reprise dans des recueils de chants et surtout dans le Miroir des martyrs, qui contribua largement à fixer son image de mère croyante allant à la mort avec fermeté.
Le chant qui lui est attribué fut transmis dans des recueils spirituels anabaptistes, et son souvenir entra également dans la tradition chantée de plusieurs communautés issues de la Réforme radicale.
Sources
Els Kloek, 'Esaiasdr., Anneke ', dans : Lexique numérique des femmes des Pays-Bas, 2014.
Thieleman J. van Braght, Het Bloedig Tooneel der Doops-gezinde of Weereloose Christenen (Martyrs Mirror), Dordrecht, 1660 ; éd. augmentée, 1685. — Récit du martyre d’Anneken Jans de Rotterdam et texte de son testament spirituel à son fils Ésaïe. Voir notamment p. 453–454 Martyrs Mirror, Herald Press, Scottdale, Pennsylvania. Anneken Jans, « Ick hoorde de Basuyne blasen » (Posaunenlied), dans : David Joris, Een Geestelijck Liedt-Boecken, 1539 (recueil de cantiques spirituels). Anneken Jans, « Lettre à David Joris » (1536), conservée dans les recueils anabaptistes du XVIᵉ siècle.
Minne van der Staal, Anneke Jansz : historisch verhaal uit den eersten tijd der Hervorming, 1914. Werner O. Packull, « Anna Jansz of Rotterdam », dans : C. Arnold Snyder & Linda A. Huebert Hecht (dir.), Profiles of Anabaptist Women: Sixteenth-Century Reforming Pioneers, Waterloo (Ontario), 1996, p. 336-351. Werner O. Packull, « Anna Jansz of Rotterdam: A Historical Investigation of an Early Anabaptist Heroine », Archiv für Reformationsgeschichte, vol. 78, 1987, p. 147-173. Nathan Hershberger, « The Wounds of Hope: Scriptural Apocalypticism and the Wisdom of Anna Jansz », The Conrad Grebel Review, vol. 40, no 1, 2022.
« Anneke Jans’ executie », Doopsgezinde Gemeente Dordrecht. https://www.dgdordrecht.doopsgezind.nl (consulté le ). Els Kloek, « Esaiasdr., Anneke », Digitaal Vrouwenlexicon van Nederland, 2014. « Anna Jansz of Rotterdam », Martyr Stories. https://martyrstories.org/anna-jansz/ Mast, Gerald. « The Costly Discipleship of Anna Jansz ». https://mastgblog.wordpress.com/2015/01/28/the-costly-discipleship-of-anna-jansz/ « Arent Jansz de Lint / Esaias Arentsz de Lint », WikiTree. https://www.wikitree.com/wiki/De_Lint-17
Catégorie:Personnalité néerlandaise du XVIe siècle Catégorie:Personnalité mennonite