Kenneth Robert Lum, OC, DFA , né le à Vancouver (Colombie-Britannique), est un universitaire, artiste multimédia, écrivain et commissaire d’exposition canadien. D’abord près des membres de l’École de Vancouver, il joue avec les autres membres de ce groupe un rôle clé dans la reconnaissance de la photographie comme domaine important de l’art contemporain au Canada, spécialement sur la côte du Pacifique où la ville de Vancouver, dans les années 1980, cherche à établir sa réputation de ville culturelle à l’instar de San Francisco aux États-Unis. Par la suite son œuvre prend un caractère plus personnel, allant du conceptuel au représentationnel; il explore le thème de l’identité à travers la langue, l'image projetée et les rapports de force entre groupes sociaux de cultures différentes.

Études

Ken Lum est né dans une famille d’immigrants chinois dont le grand-père vint travailler à la construction du chemin de fer Canadian Pacific en 1908. Comme bien d’autres familles d’immigrants les Lum s’étaient installés dans l’est de Vancouver où le jeune Kenneth fit ses études primaires et secondaires. Il obtint d’abord un baccalauréat en Sciences biologiques à l’Université Simon Fraser en 1980, mais un cours de Jeff Wall le poussa à se réorienter vers les arts plastiques et il obtint une maitrise en arts visuels à l’Université de la Colombie-Britannique en 1985. Au cours de ces années de formation croitra en lui la volonté de rapprocher l’ « art » et la « culture populaire », ainsi qu’à privilégier le « concept » plutôt que les « compétences techniques » de l’artiste, lui-même s’en remettant pour ses projets artistiques à des collaborateurs photographes et à des gens de métier.

Carrière universitaire

thumb|left|”Melly Shum Hates Her Job” (1990) Affiche encadrée sur l’ancienne rue du musée de la Photographie de Rotterdam, Pays-Bas.

Sa carrière universitaire débutera à l’Université de Colombie-Britannique en 1990 où il dirigera le programme d’arts visuels de 2000 à 2006. À ce titre, il conseillera aux étudiants de « se souvenir que le monde est beaucoup plus vaste, beaucoup plus complexe et contradictoire que ce que vous pouvez apprendre dans [notre] département ou tout autre de l’université » et que « le monde est souvent rude et que le véritable défi consiste à maintenir son idéal face à cette rudesse ». Il est important pour les étudiants de se souvenir d’où ils viennent et où ils se situent par rapport aux autres et au monde qui les entoure. En congé de cette université de 1995 à 1997, il donna cours à l’École nationale supérieure des beaux-arts de Paris. À partir de 2005, il enseignera comme professeur diplômé au Bard College, Annandale-on-Hudson jusqu’en 2007.

Au cours des années qui suivirent il sera invité par de nombreuses universités au Canada et à l’étranger : Akademie der Bildenden Künste (Académie des beaux-arts) ( Münich), Académie des arts de Chine (Hangzhou), Académie d’arts plastiques de Fort-de-France (Martinique), Académie royale des beaux-arts d’Amsterdam (Pays-Bas), Maine College of Art (Portland, Maine), California College of Arts de San Francisco (Californie) et Banff Centre for Arts and Creativity (Alberta). Depuis 2012, Ken Lum est titulaire de la chaire Marilyn Jordan Taylor Presidential Professor of Fine Arts à la Stuart Weitzman School of Design de l’Université de la Pennsylvanie à Philadelphie .

Artiste multi-média

thumb|right| “Four boats stranded : Red and Yellow, Black and White” (2000) installation sur le toit de la Vancouver Art Gallery.

Ken Lum définit ainsi l’objectif de sa démarche artistique : « Au départ, ce qui m’intéressait, c’était de réussir à présenter des éléments que je voyais, les éléments dominants des scènes urbaines publiques, de les dessiner, de les réunir ensemble, et de les transférer dans le contexte d’une galerie».

Artiste pluridisciplinaire, Ken Lum a créé des performances, des sculptures faits de meubles loués, des photographies où le portrait est orné de faux logos commerciaux, de peintures sur lesquelles apparaissent des textes en langues incompréhensibles, des miroirs également couverts de textes. À travers cette parodie de la société de consommation, il met en relief les craintes et les disparités sociales générées par un monde de plus en plus global, mais dans lequel les cultures s’entrechoquent sans nécessairement se comprendre. Toutefois, alors que nombre d’artistes partageant ce point de vue prennent position sur ces questions identitaires, Lum laisse au spectateur la responsabilité de décoder le sens de ses messages où se devinent les souvenirs de sa propre famille arrivant dans un pays inconnu dont le langage leur était alors incompréhensible. Ainsi l’un de ses premiers projets datant du milieu des années 1980, Portrait-Logo, juxtapose des photographies de gens ordinaires auxquelles il adjoint des textes qui, souvent empruntés au vocabulaire publicitaire, constituent en fait des commentaires sur les stéréotypes engendrés par le genre, l’ethnicité ou la position sociale. Il déstabilise ainsi le spectateur et le force à découvrir par lui-même « où est l’erreur ».

Outre son œuvre personnelle, Ken Lum s’est investi dans de nombreuses commandes d’art public réalisées dans diverses villes à travers le monde : Vienne (Autriche), les Engadines (Suisse), Rotterdam, Leyden et Utrecht (Pays-Bas), Saint-Louis (E.U.A.), Toronto et Vancouver (Canada). Ces œuvres font souvent allusion au processus de formation de l’identité sociale dans des contextes historiques marqués par la confrontation entre cultures différentes. Ainsi, à Vancouver, il a monté sur le toit de la Vancouver Art Gallery en 2001 une installation composée de quatre bateaux échoués qui peuvent être vus comme un commentaire sur l’immigration et l’acculturation : une longue pirogue des Premières Nations, un bateau cargo, un bateau à vapeur (le Komogata Maru) et un bateau de la Royal Navy ayant transporté George Vancouver dans ses expéditions. Chaque bateau est disposé à l’un des points cardinaux du bâtiment et peint d’une couleur faisant allusion aux origines ethniques de ses propriétairesO'Brian, Melanie, « Ken Lum: Four Boats Stranded: Red and Yellow, Black and White”. Brochure de la Vancouver Art Gallery, 2001..

Il s’est également joint à des équipes d’ingénieurs et d’architectes pour la construction de grands travaux comme le remplacement du pont Walterdale sur la Saskatchewan Nord près d’Edmonton, la conception d’un espace public appelé Huron Square dans le quartier chinois de Toronto ou le plan d’ensemble du complexe d’épuration des eaux Lions Gate à Vancouver.

En 2015, il devait se joindre à Paul Faber et A. Will Brown pour concevoir et réaliser Monument Lab : Creative Speculations for Philadelphia, un projet tenant à la fois de l’art urbain et de la planification urbaine dans la cour de l’hôtel de ville de Philadelphie. Le projet consiste en un pavillon devant permettre le dialogue entre artistes et intellectuels engagés dans la planification des cinq grands espaces urbains de la ville.

Comme artiste, Ken Lum est représenté par la New York City gallery Magenta Plains, par la Galerie Nagel-Draxkler (Berlin et Cologne), par la Royale Projects (Los Angeles), par Art & Public (Genève), par Nelson Fr eeman (Paris), par la galerie Lothar Albrecht (Frankfort), par la Michael Klein Arts (New York) et par la Misa Shin Gallery (Tokyo).

Écrivain

À titre d’écrivain, il a rédigé des articles de 1999 à 2001 pour la revue en ligne London Art et a cofondé en 2004 le Yishu Journal of Contemporary Chinese Art dont il a été le rédacteur-en-chef. En plus de nombreux essais pour des catalogues d’expositions à travers le monde, il a été conférencier invité à diverses conférences internationales comme la World Museums Conference tenue en 2010 à Shangai et à la 15e Biennale de Sydney.

En 2020 et 2022, il s’attaqua au théâtre avec deux pièces, The Cook et The Expulsion, traitant des sentiments antichinois dans la période ayant suivi la guerre civile aux États-Unis, alors que, l’esclavagisme ayant été aboli, les grandes compagnies minières et ferroviaires firent appel à de la main d’œuvre étrangère, en grande partie chinoise, laquelle se heurta à l’hostilité de la population locale.

Commissaire d’expositions

Ken Lum a été impliqué dans la conception et la mise sur pied de nombreuses expositions tant au Canada qu’à l’étranger.

Il débuta avec la direction, de 1982 à 1984, de la Or Gallery, organisation non gouvernementale, de Vancouver. Durant cette période, il fut commissaire de l’exposition PoCo Rococo, tenue au Coquitlam Centre réunissant des étudiants de l’endroit et des artistes établis. Il continua en 2001 comme conseiller de l’exposition mise sur pied par Okwui Enwezor, intitulée The Short Century : Independence and Libertation Movements in Africa 1945 to 1994.

Il fut appelé en 2004 aux États-Unis pour la North West Annual du centre d’art contemporain de Seattle, puis l’année suivante en Chine pour la Shangai Modern 1919-1945, exposition sur l’art et la culture de Shangai pendant la période républicaine. La même année il fut co-commissaire et rédigea un essai pour la 7e Biennale de Sharjah dans les Émirats arabes unis.

Expositions

Expositions solo 2011 : Rétrospective à la Vancouver Art Gallery, Vancouver, Canada 2007 : Tang Contemporary Art, Beijing, Chine 2007 : Chosun Gallery, Séoul, Corée du sud 2002 : Centre culturel canadien, Paris, France 2002 : Musée canadien de la photographie contemporaine, Ottawa, Canada 2000 : Kunsthalle, Vienne, Autriche 1995 : Camden Art Centre, Londres, Grande-Bretagne 1991 : Kunstmuseum Luzern, Lucerne, Suisse 1990 : Witte de With, Rotterdam, Pays-Bas 1990 : Winnipeg Art Gallery, Winnipeg, Canada 1988 : Musée d’art contemporain, Montréal, Canada.

Expositions de groupe 2014 : Whitney, New York, États-Unis d’Amérique 2011 : Biennale de Moscou, Moscou, Russie 2008 : Biennale de Gwangju, Gwangju, Corée du Sud 2007 : Biennale d’Istanbul, Istanbul, Turquie 2006 : Biennale de Liverpool, Liverpool, Grande-Bretagne 2005 : Sharjah Biennal, Sharjah, Émirats arabes unis 2002 : Dokumenta 11, Cassel, Allemagne 2001 : Biennale de Venise, Venise, Italie 2000 : Biennale de Shanghai, Shangai, Chine 1998 : Biennale de Sao Paolo, Sao Paolo, Brésil 1997 : Biennale de Johannesburg, Johannesburg, Afrique du Sud 1995 : Biennale de Venise, Venise, Italie.

Honneurs et récompenses 1998 : Prix Killam pour les recherches exceptionnelles, Université de la Colombie-Britannique 1999 : Boursier, John Simon Guggenheim Fellowship 2003 : Prix Dorothy Somerset pour les contributions exceptionnelles en arts créatifs et de la performance 2007 : Prix en arts visuels de la Hanatyshyn Foundation 2011 : Prix spécial ArtMoves de la ville de Toruń, Pologne 2013 : Prix d’art du maire de Vancouver dans le domaine de l’art public 2015 : Doctorat honorifique, Université Simon Fraser 2017 : Officier de l’Ordre du Canada 2019 : Prix Gershon Iskowitz 2020 : Prix du Gouverneur général en arts visuels et en arts médiatiques 2023 : Prix Scotiabank pour la photographie.

Notes et références

Voir aussi

Bibliographie

La photographie au Canada . . . . . . .

Sur Ken Lum

Articles connexes Photographie au Canada École de Vancouver Photographie conceptuelle Photographie sociale

Liens externes

.

Catégorie:Naissance en septembre 1956 Catégorie:Artiste contemporain canadien Catégorie:Photographe canadien