La Semaine Noire de Madrid est la semaine de au cours de laquelle des membres des forces de l'ordre d'Espagne et des groupes d'extrême droite ont perpétré plusieurs assassinats. Le dimanche a été assassiné Arturo Ruiz García. Le lendemain, lundi 24, au cours d'une manifestation en protestation pour le crime de la veille, la police a tiré une bombe fumigène qui a tué María Luz Nájera Julián et cette même nuit a eu lieu le Massacre d'Atocha, commis par des membres de l'extrême droite qui ont fait irruption dans un cabinet d'avocats situé rue d'Atocha et ont assassiné par arme à feu cinq personnes qui y travaillaient, en blessant quatre autres.
Contexte historique En 1975, la violence policière s'est généralisée, avec l'utilisation de tueurs, pour freiner les mobilisations populaires de plus en plus nombreuses et fréquentes. Manuel Fraga Iribarne étant à la tête du Ministère de l'intérieur, plusieurs massacres ont eu lieu dans l'Espagne de la Transition. Le , s'est produit ce qu'on a appelé le massacre du ou les événements de Vitoria, au cours duquel la police a assassiné les ouvriers Romualdo Barroso Chaparro de dix-neuf ans, Francisco Aznar Clemente de dix-sept ans, Pedro María Martínez Ocio de vingt-sept ans, José Castillo García de trente-deux ans et Bienvenido Pereda Moral de trente ans, et a blessé par balle plus de cents personnes qui se trouvaient dans l'église de San Francisco en assemblée.
Il y eu aussi des assassinats lors des manifestations citoyennes protestant contre les événements de Vitoria. À Tarragone, le , Juan Gabriel Rodrigo Knafo, âgé de dix-neuf ans, est tombé dans le vide alors que, selon des déclarations de la police qui a dissimulé sa mort pendant des heures, il fuyait une charge policière. À Basauri, le , Vicente Antón Ferrero, de dix-huit ans, a été tué d'un tir dans la tête à moins de sept mètres, par un garde civil qui était en train de dissoudre un groupe qui tentait de faire une assemblée dans le cadre d'une grève en protestation pour les événements de Vitoria.
Le , Oriol Solé Sugranyes, âgé de vingt-huit ans, a été assassiné d'un tir par un garde civil à Burguete, après avoir participé à l'évasion de la prison de Ségovie. Le , Felipe Suárez Delgado, de vingt-huit ans, a été mitraillé par la Garde civile lors d'un contrôle routier, à Zarauz. Le , Manuel Garmendia Zubiarrain (Korta), de trente ans, a été assassiné par des tirs par la Garde civile à Bera. Le , s'est produit le massacre de Montejurra, au cours duquel ont été assassinés les ouvriers Ricardo García Pellejero de vingt ans et Aniano Giménez Santos de quarante ans, membres du Parti carliste, aux mains de tueurs fascistes et de mercenaires espagnols et étrangers.
Le , est arrivé au Ministère de l'Intérieur le successeur de Fraga Iribarne, Rodolfo Martín Villa. Pendant l'exercice de son mandat, des assassinats continuèrent à se produire. Le , l'étudiant grenadin Francisco Javier Verdejo Lucas, de dix-neuf ans, a été tué par un tir d'un garde civil à Almería alors qu'il écrivait sur un mur «Pain, T». Probablement «Pain, Travail et Liberté». Le , à Fuenterrabía, après la Parade, a commencé une manifestation au cours de laquelle la Garde civile a assassiné par arme à feu Josu Zabala de vingt-quatre ans. Le , la police a mitraillé, à Santa Cruz de Tenerife, Bartolomé García Lorenzo de vingt et un ans, qui est mort quelques jours plus tard. Le dimanche , à Santesteban, le garde civil José Roca, vêtu en civil, a tiré dans une discothèque sur Santiago Navas de dix-neuf ans, le tuant sur le coup, et sur José Javier Nuín de dix-neuf ans, qui est mort dans les jours qui ont suivi. Le , lors de la manifestation contre le référendum de la Loi de Réforme Politique, à Madrid, la police a arrêté Àngel Almazán Luna de dix-huit ans et l'a tué à coups de bâton.
Événements C'est cette atmosphère qui a précédé les événements de la Semaine Noire de Madrid, qui a commencé le avec l'assassinat par arme à feu d'Arturo Ruiz García, de vingt ans. Il avait assisté à une manifestation non autorisée réclamant l'amnistie pour les prisonniers politiques, organisée sur la Place d'Espagne par la Commission gestionnaire pro-amnistie. La police a dispersé les manifestants avec des bombes fumigènes et des charges de la police anti-émeutes. Le groupe de Ruiz García s'est trouvé dans la rue de la Estrella de Madrid avec quatre tueurs d'extrême droite franquistes, dont l'un a tiré sur le groupe au cri de "Vive le Christ Roi". Une balle a atteint Ruiz García au coeur.
Le gouvernement civil a publié une première note:«Devant l'agressivité de beaucoup de tels groupes, qui ont attaqué les forces de l'ordre avec des cocktails molotov, des pierres et d'autres moyens, la force publique a dû charger à plusieurs reprises, en utilisant les dispositifs anti-émeutes pour disperser les manifestants.»À l'annonce de la mort de Ruiz García, le gouvernement civil a publié:«Vers midi et demie on a appris que, dans la rue de La Estrella, proche de la rue de Silva, Arturo Ruiz García, de dix-neuf ans, participant à la manifestation, avait été blessé. Il a été emmené à la Maison de Secours de l'arrondissement du centre où il est arrivé décédé.»Finalement, le gouvernement a dû publier une autre note reconnaissant l'assassinat du jeune homme par des groupes liés à la police. Aucun membre de ces groupes n'a été arrêté.
Le lendemain, lundi , les assemblées d'étudiants de l'Université Complutense et de l'Université Autonome ont convoqué des grèves et ont proposé des rassemblements dans la zone de la place du Callao, près de l'endroit où avait eu lieu l'assassinat. Sur la Gran Vía, María Luz Nájera Julián, de vingt et un ans, a été atteinte à la tête par une bombe fumigène tirée par la police, qui l'a laissée dans le coma. Elle est morte quelques heures plus tard. Son assassin n'a jamais été identifié. Il y a eu aussi de nombreux blessés.
Ce matin-là, les Groupes de résistance antifasciste du premier octobre (GRAPO) ont pris en otage le président du Conseil suprême de justice militaire, le lieutenant général Emilio Villaescusa Quilis. L'après-midi, ils ont émis un communiqué dans lequel ils expliquaient que la séquestration était leur réponse à l'assassinat d'Arturo Ruiz la veille.
Cette même nuit, à dix heures et demie, deux hommes sont entrés dans le cabinet d'avocats du travail de la rue Atocha 55, à la recherche du syndicaliste des Commissions Ouvrières (CCOO) Joaquín Navarro, et ont tiré sur les neuf personnes qui s'y trouvaient. Trois avocats ont été tués, Enrique Valdelvira, Francisco Javier Sauquillo et Luis Javier Benavides, ainsi que l'étudiant Serafín Holgado et l'administratif Àngel Rodríguez Leal, tous du Parti Communiste (PCE) et de CCOO. Les quatre autres personnes présentes, Miguel Sarabia Gil, Alejandro Ruiz-Huerta Carbonell, Luis Ramos Pardo et Lola González Ruiz, ont été grièvement blessées.
Le Parti Communiste a convenu avec le gouvernement d'Adolfo Suárez de calmer les esprits et de se charger de la sécurité de sorte que l'enterrement des cinq assassinés, le , auquel assistait une foule nombreuse, s'est passé sans incidents. Deux semaines après, le , il a inscrit sa demande au registre des associations et a été légalisé le .
Le samedi , deux policiers de service à la Caisse Postale du quartier Campamento de Madrid, Fernando Sánchez Hernández de vingt-cinq ans et José María Martínez Moraux de vingt-deux ans, ont été assassinés. Quelques heures plus tard, dans un autre bureau du même établissement, dans le quartier Villaverde de la capitale, deux gardes civils ont été mitraillés et l'un d'eux, José María Lozano Sainz de vingt-deux ans, est mort. Les Groupes de résistance antifasciste du premier octobre (GRAPO) en ont revendiqué la responsabilité. Pendant les obsèques des policiers, qui ont eu lieu à l'hôpital militaire Gómez Ulla, lors de la sortie des cercueils, il y a eu des cris de «Franco, Franco, Franco!» et les membres du gouvernement ont été traités de traîtres. Le lieutenant général et vice-président du gouvernement Manuel Gutiérrez Mellado a demandé le silence. L'assassinat de ces membres des forces de sécurité a été condamné par un grand nombre de personnes importantes de tous milieux.
Le , au Palais de la Presse de Madrid, a eu lieu la première du documentaire Las armas no borrarán tu sonrisa (Les armes n'effaceront pas ton sourire), réalisé par Adolfo Dufour, à l'initiative de Manuel Ruiz, frère d'Arturo Ruiz, et produit par le collectif Les Oubliés de la Transition (COT) et Atrapasueños Cinema. Le documentaire, dont l'objectif est de faire connaître quelques-uns des crimes qui ont eu lieu pendant la Transition et d'éviter que les victimes tombent dans l'oubli, reprend les témoignages à la première personne de proches et de réprouvés, parmi lesquels ceux de Manuel Ruiz, d'Alejandro Ruiz-Huerta, avocat survivant du massacre d'Atocha ou de Javier Almazán, frère d'Àngel Almazán, assassiné au cours d'une manifestation en 1976.
Bibliographie
Gallego López, Manuel. Portomeñe Pérez, Carlos.
Références
Catégorie:Transition démocratique espagnole Catégorie:1977 en politique Catégorie:1977 en Espagne