vignette|Drapeau de la fierté canadienne Cet article offre un aperçu général de l'histoire des personnes lesbiennes, gays, bisexuelles et trans (LGBT) au Canada. Les relations LGBT étaient considérées comme un crime pendant la période coloniale, jusqu'en 1969, date d'adoption de la loi C-150. Malgré cette loi, la discrimination persiste. Pour une liste plus détaillée des événements marquants de l'histoire LGBT canadienne, voir également une chronologie de l'histoire LGBT au Canada.
Le premier procès criminel pour homosexualité en Nouvelle-France a lieu en 1648. Les prêtres sulpiciens locaux condamnent alors un joueur de tambour militaire en poste à la garnison française de Ville-Marie, en Nouvelle-France, à la pendaison pour sodomie. Après l'intervention des Jésuites de Québec, sa peine est commuée à condition qu'il accepte le poste de premier bourreau permanent de Nouvelle-France. Comme seul le batteur est jugé, le consensus général de nombreux historiens est que son partenaire sexuel pourrait avoir été un homme des Premières Nations qui n’était pas soumis à la loi religieuse française..
Durant la période coloniale au Canada, un système de croyances et de valeurs européen est imposé aux Premières Nations. Dans ce cadre, des missionnaires sont parmi les premiers à remarquer ce qui s'apparente à la diversité de genre au sein des populations autochtones. Le jésuite Joseph-François Lafitau passe six ans chez les Iroquois à partir de 1711. À propos de ses observations sur les rôles de genre de la communauté, il écrit plus tard : .
Bien que les relations homosexuelles entre hommes soient également passibles de la peine de mort en Amérique du Nord britannique, les personnalités politiques se montrent aussi réticentes à l'appliquer que les autorités de la Nouvelle-France. Bien que de nombreux hommes soient condamnés à mort pour sodomie, il ne subsiste pratiquement aucune trace d'exécution pour ces pratiques au Canada. Ces condamnations sont généralement commuées ou graciées par les gouverneurs coloniaux. Deux figures politiques importantes de cette époque, Alexander Wood et George Herchmer Markland, font l'objet d'enquêtes criminelles suite à des allégations d'homosexualité, mais sont relâchées à condition de démissionner de leurs fonctions politiques.
En 1859, le Canada rapatrie sa loi sur la sodomie dans les Statuts consolidés du Canada : .
La sodomie demeure passible de la peine de mort jusqu'en 1869, date à laquelle une réforme du droit pénal canadien abolit la peine capitale pour tous les crimes, à l'exception des plus graves. En 1892, dans le cadre d'une refonte plus vaste du droit pénal, le gouvernement adopte une loi plus large visant toute activité sexuelle entre hommes (« grossière indécence »).
Des modifications apportées au Code criminel en 1948 et 1961 servent à stigmatiser les hommes gais en les qualifiant de « psychopathes sexuels criminels » et de « délinquants sexuels dangereux ». Ces étiquettes prévoient des peines d'emprisonnement indéterminées.
Années 1960 Le système de la Fruit machine est utilisé au Canada dans les années 1950 et 1960 dans le cadre d’une campagne visant à éliminer toutes personnes LGBT de la fonction publique, de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) et des Forces armées canadiennes. Un nombre important de personnes perdent leur emploi. Bien que le financement de ce système soit interrompu à la fin des années 1960, les enquêtes se poursuivent et la GRC constitue des dossiers sur plus de 9 000 personnes « présumées » LGBT.
L’affaire judiciaire de George Klippert suscite de nombreux débats sur l’homosexualité au Canada. Il est la dernière personne au Canada à être arrêtée, accusée, poursuivie, reconnue coupable et emprisonnée pour grossière indécence en raison de son orientation sexuelle avant la décriminalisation partielle de l'homosexualité en 1969. En 1965, Everett George Klippert est interrogé par la police dans le cadre d'une enquête pour incendie criminel dans les Territoires du Nord-Ouest. Il est arrêté après avoir avoué avoir eu des relations sexuelles avec d'autres hommes. Les psychiatres ayant conclu qu'il était peu probable qu'il cesse ces relations, il est déclaré délinquant dangereux et condamné à la prison à vie. Maclean's, le populaire hebdomadaire canadien, publie alors un article favorable aux homosexuels. Cela entraîne des appels croissants à la réforme de la loi canadienne sur l'homosexualité. Klippert est libéré en 1971.
Les relations sexuelles entre personnes de même sexe âgées de 21 ans ou plus sont décriminalisées au Canada à la suite du (projet de loi C-150) présenté en 1967 et adopté en 1969 par le ministre de la Justice et procureur général du Canada de l'époque, Pierre Elliott Trudeau, qui devint par la suite le premier ministre du Canada. Il déclare : .
Années 1970 En 1971, la première marche pour les droits des homosexuels au Canada, le rassemblement « We Demand », a lieu à Ottawa. Le Body Politic, une des premières importantes publications LGBT au Canada, est publié à Toronto et parait pendant une quinzaine d'années.
En 1972, une courte série documentaire, Coming Out, devient la première série télévisée canadienne consacrée à la communauté LGBT lors de sa diffusion sur la chaîne câblée Maclean-Hunter à Toronto.
En 1973, plusieurs villes canadiennes organisent des événements pour les droits des homosexuels en parallèle de la Semaine de la fierté 1973.
En 1974, quatre femmes lesbiennes, connues sous le nom des « Brunswick Four » (les Quatre de Brunswick), sont impliquées dans un incident historique à Toronto, en Ontario. Elles sont expulsées du Brunswick House, une brasserie populaire de la rue Bloor, puis arrêtées. Trois d'entre elles sont par la suite jugées devant la Cour de l'Ontario pour entrave à la justice.. Deux de ces trois femmes sont acquittées en , mais l'une d'elles, Adrienne Potts, doit purger une peine de trois mois de probation. L'historien spécialiste en questions LGBTQ+, Tom Warner, estime que cette arrestation et ses conséquences constituent un événement clé, qui marque le début d'un mouvement de libération gai et lesbien plus militant au Canada, à l'instar des émeutes de Stonewall qui ont politisé la communauté gaie et lesbienne aux États-Unis. Warner souligne également que ce fut l'une des premières fois qu'un sujet relatif à l'homosexualité ou au lesbianisme a bénéficié d'une importante couverture médiatique au Canada.
En 1975 et 1976, des manifestations de grande ampleur ont lieu après que la police a mené des descentes dans des établissements homosexuels à Québec et à Ottawa en prévision des Jeux olympiques de 1976, comme au sauna Neptune
Les descentes de police de 1977 dans les saunas Mystique et Truxx à Montréal ménent, en quelques mois, le Québec à devenir la première juridiction en Amérique du nord à interdire la discrimination fondée sur l'orientation sexuelle dans les secteurs public et privé. La Charte des droits et libertés de la personne interdit la discrimination en matière d'emploi, de logement et de certains services et autres activités, mais elle ne s'applique pas aux activités de compétence fédérale.
En 1978, la Loi sur l'immigration et la protection des personnes est modifiée, supprimant ainsi l'interdiction d'immigration faite aux hommes gais.
Années 1980
1980–1984 Le , le Service de police de Toronto perquisitionne quatre saunas gais de Toronto lors de l'opération Savon. Cet événement est aujourd'hui considéré comme un tournant majeur de l'histoire LGBT canadienne, car il déclenche une mobilisation communautaire sans précédent (comparable aux émeutes de Stonewall de 1969) pour protester contre les agissements de la police. L'une des marches de protestation organisées durant cette mobilisation est généralement reconnue comme la première Marche des fiertés de Toronto.
En 1982, le Canada rapatrie sa Constitution, à laquelle il ajoute la Charte canadienne des droits et libertés. L’article 15 de la Charte, qui garantit l’égalité « devant et sous la loi » et le « droit à une égale protection et à un égal bénéfice de la loi sans discrimination », ne mentionne pas explicitement l’orientation sexuelle, mais est conçu pour être inclusif et permettre aux tribunaux de conclure que certains motifs de discrimination sont concernés. En 1995, dans l’arrêt Egan c. Canada, la Cour suprême du Canada statue que l’orientation sexuelle doit être incluse dans l’article 15.
En 1983, les Archives gaies du Québec sont créées.
En 1984, Pink Triangle Services devient la première organisation caritative gay enregistrée, devenant plus tard inclusive de toutes les personnes de la communauté LGBTQ+ et se rebaptisant PTS, un centre pour la célébration de la diversité sexuelle et de genre.
Dans les années 1980, plusieurs tentatives sont faites pour ajouter l'orientation sexuelle à la Loi fédérale sur les droits de la personne, un amendement qui n'a lieu qu'en 1996.
1985–1989 En 1986, l’orientation sexuelle est ajoutée au Code des droits de la personne de l’Ontario comme motif de discrimination interdit. À l’instar de la plupart des autres lois sur les droits de la personne au Canada, cette loi interdit la discrimination en matière d’emploi, de logement, de services et de certaines autres activités des secteurs public et privé, mais elle ne s’applique pas aux activités de compétence fédérale.
La même année, Egale Canada est fondée.
Au début de 1987, l'orientation sexuelle est incluse dans la nouvelle Loi sur les droits de la personne du Yukon et, plus tard cette année-là, ajoutée au Code des droits de la personne du Manitoba.
En 1987, l’Alliance de la Fonction publique du Canada négocie des avantages sociaux pour les partenaires de même sexe des employés du gouvernement des Territoires du Nord-Ouest, une première au Canada pour les travailleurs du secteur public.
En 1988, Svend Robinson, député du Nouveau Parti démocratique, devient le premier député à faire son coming out, déclarant publiquement son homosexualité devant la Chambre des communes.
La même année, l'Église unie du Canada devient la première Église au Canada à autoriser l'ordination des personnes gaies et lesbiennes.
Années 1990
1990–1994 En 1990, les employés du gouvernement du Yukon deviennent les deuxièmes du secteur public au Canada dont les partenaires de même sexe sont admissibles aux avantages sociaux, comprenant même un régime dentaire.
En 1991, l'orientation sexuelle est ajoutée à la Loi sur les droits de la personne de la Nouvelle-Écosse.
En 1992, Kim Campbell, alors ministre de la Justice et procureure générale du Canada, qui deviendra par la suite la première femme première ministre du Canada, annonce la levée de l'interdiction faite aux personnes homosexuelles de servir dans les Forces armées canadiennes, leur permettant ainsi de servir ouvertement et de vivre sur les bases avec leurs conjoints. Le Canada est l'un des premiers pays modernes à autoriser les personnes homosexuelles dans l'armée, à la suite de la décision de la Cour d'appel de l'Ontario dans l'affaire Haig c. Canada. L'orientation sexuelle est également intégrée aux lois sur les droits de la personne du Nouveau-Brunswick et de la Colombie-Britannique.
En 1993, l’orientation sexuelle est ajoutée à la Loi sur les droits de la personne de la Saskatchewan.
La même année, la Cour suprême du Canada rejete une plainte pour discrimination fondée sur l’orientation sexuelle dans l’affaire Canada (Procureur général) c. Mossop, car la Charte canadienne des droits et libertés n’a pas été invoquée comme argument.
En 1994, la Cour suprême statue que les personnes gaies et lesbiennes pouvaient demander le statut de réfugié en raison de leur orientation sexuelle.
La même année, une descente de police dans un bar de Montréal, le Katacombes, où 175 personnes sont accusées à tort et de manière malveillante de se trouver dans une maison de débauche, provoque finalement un scandale qui mène à la démission du chef de police.
1995–1999