Les mouvements Dada et surréalistes sont souvent rapprochés. De nombreux peintres et poètes ont successivement inscrit leur art dans l'un puis l'autre mouvement, en particulier à Paris. La nature du lien entre ces deux mouvements culturels et artistiques a fait très tôt l'objet de débat et de controverse, tant parmi la critique universitaire que, plus tôt, par les acteurs eux-mêmes de ces mouvements. Tantôt ceux-ci insistent sur les différences qui séparent les deux mouvements, tantôt ils font valoir la filiation historique qui les unit, soit pour magnifier le surréalisme comme un dépassement d'un dadaïsme ayant montré ses limites, soit pour au contraire dénoncer le second mouvement comme un rabougrissement du premier. Pour d'autres, enfin, la transition entre Dada et le surréalisme, doit avant tout être pensée à l'aune de la rivalité personnelle entre leurs deux chefs de file, les poètes Tristan Tzara et André Breton.
Définitions
Dada et surréalisme sont deux courants souvent rapprochés, qui sont ensemble dans la conscience collective non seulement deux mouvements artistiques du mais également l'incarnation même de l'art moderne. Il s'agit de deux mouvements distincts, même s'ils sont souvent réunis, les historiens de l'art présentant souvent Dada comme le mouvement qui aurait ouvert la voie au surréalisme, même si cette présentation ne trouve de traduction dans la réalité qu'en un seul lieu : à Paris.
Dada
vignette Le mouvement Dada est né à Zurich en 1916, en Suisse neutre, sous l'impulsion de jeunes gens qui refusent la Grande guerre. Dans un contexte où la guerre et ses atrocités provoquent une crise des valeurs, ces artistes cosmopolites, poètes et peintres, venus de toute l'Europe, se détournent du conflit mondial et du système culturel et social y ayant abouti. Ils sont de diverses nationalités. Ces réfractaires se réunissent au Cabaret Voltaire, créé par Hugo Ball, et fondent une revue : DADA. Mouvement de révolte, Dada refuse toute théorie et témoigne de son besoin d'indépendance.. Le Manifestes Dada proclamé par le poète roumain Tristan Tzara en , assume la contradiction, revendique l'abolition de la logique et exalte le mouvement de la vie. Le retentissement du manifeste est international. Bientôt, Dada s'affirme en Allemagne, où il prend une dimension clairement politique, en Espagne, à New York, à Paris et aux Pays-Bas. Le mouvement s'éteint au début des années 1920.
Il est difficile de définir ce mouvement. , écrit Tzara dans son Manifeste. Mouvement « anti-art » qui utilise les moyens de l'art., revendiquant des œuvres libres de toute signification, il se distingue par son amour du paradoxe et de l'effronterie, face à l'absurdité d'un monde que la guerre a rendu fou.
Surréalisme
vignette Le mouvement surréaliste est né à Paris en 1924. Il est fondé par des artistes ayant participé au mouvement Dada à Paris, et réunis autour du poète André Breton qui publie cette année-là le Manifeste du surréalisme. Dans ce texte Breton définit le surréalisme comme .
Guidé par l'idée que la nature humaine est fondamentalement irrationnelle, le mouvement surréaliste connait un succès mondial jusqu'à son déclin à la fin des années 1940. Un article de Jean Schuster dans Le Monde en 1969 est parfois considéré comme l'acte de dissolution officielle du mouvement.
Perspective historique
C'est à Paris que s'opère la transition entre Dada et surréalisme. Appelé à Paris par le peintre Francis Picabia et le poète André Breton, Tristan Tzara s'installe à Paris en . Selon l'historien des arts Marc Dachy, en déterminée par le petit groupe de ceux qui deviendront les surréalistes. . Le groupe dadaïste à Paris est donc très tôt traversé de tensions qui aboutissent à l'éclatement du groupe en 1923 et la naissance du surréalisme l'année suivante.
Le procès Barrès
Au printemps 1921, une première fracture apparait entre André Breton et ses amis et les dadaïstes. André Breton souhaite organiser une parodie de procès, dans laquelle l'écrivain nationaliste Maurice Barrès serait inculpé pour . Breton souhaite dénoncer le patriotisme anti-dreyfusard d'un Barrès ayant renié sa jeunesse anarcho-socialiste, et interroger par là . Cependant, ce projet divise fortement les dadaïstes. Tzara, Picabia, Georges Ribemont-Dessaignes, Erik Satie et Clément Pansaers, n'aiment pas l'idée d'un tribunal, surtout révolutionnaire, même parodique. Lors de l'événement Tzara adopte une attitude qui tourne l'entreprise en dérision, affirmant . Autrement dit, de Dada n'entend pas tomber dans la récupération idéologique.
Le Congrès pour la détermination des directives et la défense de l'Esprit moderne
C'est en 1922 que la divergence de fond qui sépare André Breton et ses amis de Dada est portée sur la scène publique. En février, Breton prépare un « Congrès pour la détermination des directives et la défense de l'Esprit moderne » et forme un comité composé notamment de Fernand Léger, Amédée Ozenfant, Robert Delaunay, Georges Auric, Jean Paulhan et Roger Vitrac. Tzara exprime sa réticence à rejoindre un groupe dont il juge la composition trop éclectique. Breton s'emporte dans la presse et accuse Tzara dans Cœmedia d'être . Dès lors Breton est désavoué : Satie considère désormais les membres de la revue Littérature comme de faux Dadas.
La Soirée du Cœur à barbe et la fin de Dada vignetteSelon Marc Dachy, la fin de Dada a , à l'occasion de la « soirée du Cœur à barbe » : une manifestation dadaïste sabotée par Paul Éluard, André Breton et leurs amis.
Breton forme autour de lui un nouveau groupe et une nouvelle revue : La Révolution surréaliste. Louis Aragon écrit Une vague de rêves, un texte qui anticipe le Manifeste du surréalisme.
De l'autre côté, Francis Picabia, excédé par Breton, prétend ironiquement lancer un nouveau mouvement : l'instantanéisme, en essayant d'y rallier Pierre Albert-Birot. Il présente ce prétendu mouvement dans le dernier numéro de sa revue 391 et à l'occasion de son ballet Relâche.
Continuité ou solution de continuité ?
La relation entre les deux mouvements est discutée par la critique. Dans une première perspective . Dans une deuxième, . Pour l'historien Jean-François Fourny, ces deux lectures sont insuffisantes, et il faut surtout tenir compte de . C'est pour lui la rivalité entre les deux hommes qui explique le mieux la transition d'un mouvement à l'autre.
Spontanéité dadaïste et automatisme surréaliste
Dada et surréalisme ont en commun la place prépondérante qu'ils accordent au hasard dans la création.
Bien que Dada se présente d'abord comme une entreprise de destruction, voulant faire table rase de toutes les valeurs traditionnelles, de toutes les institutions, ciblant indifféremment , il exalte . Le hasard est pour les dadaïste un moteur de la création, une . Le nom même du mouvement a été trouvé, selon la légende, au hasard dans un dictionnaire. On cite souvent un autre épisode fondateur : Jean Arp insatisfait de son travail, le déchire et le jette à terre, puis constate que les morceaux jonchant le sol correspondent à l'effet qu'il recherchait.
De même, le surréalisme fait , et exalte la puissance de la rencontre fortuite. La magie de la rencontre frappante est au cœur de Nadja, œuvre majeure d'André Breton. Pour explorer les puissances créatrices du hasard, les surréalistes mettent au point des techniques et des jeux, parmi lesquels, les expériences de sommeil hypnotique, les récits de rêve, le cadavre exquis et l’écriture automatique, qui donne .
La continuité entre la spontanéité dadaïste et l'écriture automatique est soulignée par Tristan Tzara dans un entretien avec René Crevel en 1924, où il dénie le caractère novateur du surréalisme, et précise que la spontanéité doit s’appliquer non seulement à la poésie mais aussi aux actes de la vieHenri Béhar, notices de .
Notes et références
Annexes
Articles connexes Dada Surréalisme 1923 en dadaïsme et surréalisme 1924 en dadaïsme et surréalisme
Bibliographie Monographie
Articles et chapitres d'ouvrage . . . .
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