La grève des cigarières de 1907 est un mouvement social majeur s'étant déroulé à Yverdon, dans le canton de Vaud, en Suisse. Ce mouvement, porté exclusivement par des femmes, est considéré comme une étape pionnière de l'histoire du syndicalisme féminin et de la lutte pour les droits des travailleuses en Suisse.
Contexte et genèse du conflit Au début du , l'industrie du tabac occupe une place centrale dans l'économie yverdonnoise, ville de . La manufacture de cigares Vautier emploie alors une main-d'œuvre majoritairement féminine, les « cigarières », soumises à des conditions de travail pénibles : journées de plus de dans une atmosphère saturée de poussière de tabac, pour des salaires très bas. Des ouvrières tentent de créer un syndicat. Le , une des ouvrières, Lucie Zingre, âgée de 27 ans, rédige un tract manuscrit « L’appel à toutes les ouvrières » appelant les cigarières à se réunir pour dénoncer leurs conditions de travail. En représailles, leur patron, Henry Vautier, licencie sept travailleuses le . En solidarité, une soixantaine de cigarières cessent le travail. C'est le déclenchement de la grève.
Extension du mouvement Plusieurs tentatives de conciliation ont lieu, notamment par Adolphe Gavillet, mais le patronat reste inflexible. Plusieurs manifestations sont organisées : le , puis le , qui réunit plus de . La grève est marquée par une organisation rigoureuse et une solidarité qui dépasse le cadre de l'usine, dans un contexte syndical et politique explosif en Suisse, qualifié de « Tempête rouge ».
Une figure centrale émerge durant ce conflit : Lucie Zingre, oratrice charismatique, qui devient la porte-parole des grévistes et parvient à tenir tête à la direction de l'usine ainsi qu'aux autorités locales. Elle est influencée politiquement à la fois par le militant libertaire François Porchet, dont elle a été la voisine, et par la figure de Margarethe Faas-Hardegger, militante anarchiste et féministe, et secrétaire syndicale de l'USS, qui vient à Yverdon début 1907 pour rencontrer les cigarières.
Dénouement Les gendarmes et l'armée sont déployés devant l'usine. Les sept licenciées sont menacées d’emprisonnement et condamnées à une amende de cinq francs. Un ultimatum patronal met fin au conflit le , après huit jours de grève, et sont licenciées.
Mais les cigarières d'Yverdon gagnent le soutien de la presse syndicale et de gauche, notamment grâce à l'action de Margarethe Faas-Hardegger. Un boycott des produits Vautier est organisé dans tout le pays, qui impacte profondément l'entreprise. Quelques mois plus tard, en , quelques anciennes employées créent une coopérative à Yverdon pour produire et distribuer leur cigarette, « La Syndicale ».
Vautier finit par plier et par accepter de signer en 1909 une convention collective contre la promesse de la fin du boycott par la Fédération suisse des ouvriers de l'alimentation et du tabac.
Postérité et mémoire vignette|Dessin de Fanny Vaucher réalisé avec une des héroïnes de la BD La Révolte des cigarières lors du BDFIL à Lausanne en 2026 La grève de 1907 est considérée comme la première grande grève de femmes en Suisse, et marque leur capacité à s'organiser de manière autonome, sans l'aide initiale des syndicats masculins. Elle ouvre la voie aux futures luttes pour l'égalité salariale et le droit de vote des femmes. L'événement a laissé une trace durable dans la mémoire ouvrière suisse. En 2024, la ville d'Yverdon-les-Bains rend hommage à ce mouvement en inaugurant la « Passerelle des Cigarières ».
Le conflit fait également l'objet d'une médiatisation culturelle au avec la publication de la bande dessinée La Révolte des cigarières (Eric Burnand et Fanny Vaucher), qui documente l'héroïsme de ces travailleuses.
Voir aussi Grève générale de 1918 en Suisse Suffrage féminin en Suisse Histoire du canton de Vaud L'Exploitée
Notes et références
Liens externes
Catégorie:Grève en Europe au XXe siècle Catégorie:Syndicalisme en Suisse Catégorie:Grève en Suisse Catégorie:1907 en Suisse Catégorie:Yverdon-les-Bains Catégorie:Syndicalisme révolutionnaire Catégorie:Boycott