La Lupa est un journal hebdomadaire publié à Florence, entre 1910 et 1911, par Paolo Orano.
Histoire Le premier numéro de La Lupa paraît le . En introduction, le journal écrivait : « La Lupa est une publication hebdomadaire dirigée par quelqu’un qui se trouve à égale distance de tous les points de l'échiquier politique, une publication hebdomadaire offrant une critique indépendante de l'ensemble des affaires italiennes et étrangères, une feuille de principes, sans préjugé envers ceux ayant des principes différents, pourvu qu'ils soient présentés avec franchise et sincérité ». Pour ce premier numéro, Orano demanda à Enrico Corradini un article sur « Nationalisme et syndicalisme ». Orano « tint toutefois à insérer une note de la rédaction dans laquelle il réaffirmait que les sympathies tissées depuis un certain temps entre les intellectuels de l'impérialisme nationaliste et ceux du syndicalisme n'étaient que d'ordre esthétique et éthique ». Dans ce même numéro, Arturo Labriola écrivit quelques lignes pour fixer la ligne de démarcation : « Selon lui, il existait deux types de nationalisme : celui, sombre, des entrepreneurs publics et de l'industrie militaire navale, et celui, noble, « de la culture, soutenu par les syndicalistes », qui éduque et unifie les hommes « dans la pensée traditionnelle de la patrie » et « crée la nation du travailleur » ».Plusieurs collaborateurs défendaient un nationalisme fondé sur l'énergie et la volonté et soutenaient la guerre en Libye contre l'Empire ottoman, la considérant comme une révolution. Le magazine devint une tribune à la fois pour les syndicalistes révolutionnaires inspirés par Georges Sorel et pour les nationalistes antiparlementaires rattachés au concepts de la nation prolétarienne développé par Enrico Corradini qui fut un des premiers contributeurs de la revue.
Héritage
Dans son ouvrage Rivoluzione delle camicie nere : lo stato totalitario (1939), Paolo Orano, alors fasciste convaincu, écrira au sujet de La Lupa :« La négation de l'expansion coloniale devenait l'un des motifs les plus propagés et crus en Italie (…) L'histoire se vengerait un jour, en contraignant l'anticolonialiste Giolitti à l'entreprise libyenne. Mais en 1911, l'air avait déjà changé. Nous, syndicalistes, avions mené très loin l'œuvre de déventrement du socialisme de parti, et Pagine libere ainsi que La Lupa avaient déjà exercé une action rectificatrice dans le monde prolétarien, tandis que le mouvement nationaliste dirigé par Enrico Corradini entrait dans le vif de la polémique et de l'action.
Il est à noter que la volonté d'expansion coloniale a été l'une des premières causes de la différenciation profonde entre la légion des syndicalistes révolutionnaires et le socialisme officiel et électoraliste. Notre certitude d'accomplir une mission rénovatrice et vitale était renforcée par l'idée d'élargir la sphère sociale sur le terrain pratique du prolétariat, qui devait devenir l'héritier d'une richesse nationale, et non de l'apathie et de la misère de l'État et de la société bourgeoise. Dès ce moment, le socialisme — que je définissais alors comme « ennemi de la mer » et, parce qu'anticolonialiste, ennemi de l'intérêt social ouvrier proprement dit — nous apparut comme absolument inférieur et étranger à la vie italienne.
Nous revenions au patriotisme pur, à une conception nationale du travailleur, par opposition à l'internationalisme vide et ambigu des socialistes. Nous avons revu et ressenti dans notre prolétariat notre peuple, et la préoccupation, par ailleurs acritique, de l'intérêt prolétarien des « prolétaires du monde entier » nous quitta l'âme. Le monde redevenait, pour nous syndicalistes révolutionnaires, l'Italie. Et dans notre Lupa s'accomplit la fraternisation entre nationalistes et syndicalistes. La signature d'Enrico Corradini apparut aux côtés de celle de Paolo Orano dans le même numéro de ce périodique si cher à mon âme, né pour proclamer l'absolue nécessité de l'entreprise de Libye ».
Collaborateurs Dans la liste hétérogène des collaborateurs, on trouvait des nationalistes corradiniens (Corradini, Raffaello Giolli), de jeunes libéraux nationalistes (Alberto Caroncini, Giovanni Borelli, Alfredo Poggi), des syndicalistes et des anarchistes pro-nationalistes par haine de la démocratie (Luigi Goglia, Libero Tancredi), des désabusés du principe de l'arbitrage international (Cesare Spellanzon), des chercheurs spécialistes de Sorel (Charles Lucas de Pesloüan), des antiféministes (Rosetta Pittaluga), mais aussi des antinationalistes (Mario Rosazza), des défenseurs de la Turquie (Vittorio Racca), des anarchistes (Antonio Agresti, Giovanni Diotallevi), des partisanes d'une possible émancipation féminine (Donna Paola, par ailleurs nationaliste) et, sur des thèmes variés (antiétatisme, ruralisme, régionalisme méridional), une douzaine ou une quinzaine de syndicalistes divers (Guido Angelotti, Baldino Baldini, Piero Belli, Alighiero Ciattini, Attilio Deffenu, Michele Giuà, Guido Pasella, Fiorino Dal Padulo, Attilio Rossi).
Notes et références
Bibliographie
Willy Gianinazzi, Intellettuali in biblico « Pagine libere » e i sindacalisti rivoluzionari prima del fascismo, Bozze definitive, 1996.
Liens externes
Biblioteca Sebastiano Satta : Collection La Lupa
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